LES JEUNES DE LA RUE - 2e de 3

Les jeunes de la rue: l'école de la dernière chance

Michel Pitre avec Charles-Étienne, un de ses élèves... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Michel Pitre avec Charles-Étienne, un de ses élèves de l'École de la Rue.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) Une classe tout ce qu'il y a de plus ordinaire. Des livres sur des étagères, quatre ordinateurs au fond du local, des cartes géographiques au mur, une vingtaine de pupitres. Or, pour la poignée de jeunes qui la fréquentent, cette classe n'en est pas une comme les autres; c'est celle de la dernière chance.

«Si ça ne marche pas pour eux ici, ça ne marchera nulle part...», glisse Caroline Betty, la conseillère en orientation de l'École de la Rue de la Maison Dauphine, pionnière des sept établissements du genre au Québec. Enseignement personnalisé, horaire allégé sur quatre jours, début des classes à 9h45, moins d'élèves par groupe, tout est mis en oeuvre pour promouvoir la réinsertion scolaire des jeunes. La plupart touche un chèque d'Emploi-Québec pour terminer leurs études secondaires ou obtenir les préalables pour des études professionnelles.

Céline Brulotte et Michel Pitre sont aux premières loges depuis huit ans. Les deux professeurs ont appris à composer avec une clientèle qui réclame une bonne dose de patience, d'indulgence et de souplesse. Des jeunes de 16 à 24 ans au look atypique, souvent désorganisés, qui traînent des problèmes de toxicomanie, de déficit d'attention et d'hyperactivité.

«C'est un autre monde, mais ça fait partie de notre normalité», explique Mme Brulotte, qui enseigne le français et l'histoire. «Ce sont des jeunes très créatifs. C'est la société qui leur a accolé des étiquettes; nous, on essaie de ne pas les voir.»

Au bas de l'échelle

Kathleen est l'une des élèves de l'École de la Rue. Même si elle a presque atteint l'âge limite, à 25 ans, elle commence au bas de l'échelle, en première secondaire. La jeune fille à la chevelure trois couleurs a connu un lot sidérant de déveines et de malchances. «Je suis maintenant capable de me débrouiller seule. J'ai plus de motivation. Cette fois, je sens que je suis capable de réussir.»

«Il y en a qui ont lâché l'école depuis six ans. C'est une grosse côte à remonter, explique Caroline Betty. On leur montre à se créer une routine, à se coucher tôt au lieu de faire le party toute la nuit, à mettre leur cadran pour se réveiller, à prendre trois repas par jour. Plusieurs sont accrochés aux jeux vidéo et peuvent jouer jusqu'à 4h du matin. On part de loin...»

«Quand ils arrivent ici, ils ont le désir de réussir, mais ça enlève pas tous les problèmes», renchérit Michel Pitre, spécialisé en mathématiques et en sciences. «Revenir à l'école demande une bonne dose de courage. Le défi, c'est de conserver cette motivation. On leur apprend à chauffer le crayon...»

Ce qui, dans une école normale, vaudrait une réprimande à un étudiant est souvent ici passé sous silence. «On ne refuse pas un jeune qui est allé fumer un joint à l'extérieur et qui revient en classe, à moins qu'il soit incapable de suivre. On a une certaine tolérance, sinon il n'y aurait plus personne», explique Caroline Betty. Un minimum de 60 % de présences en classe est réclamé. «L'encadrement est plus large, mais il y a quand même un encadrement», observe M. Pitre.

Risque de décrochage

«Ce sont des jeunes qui risquent de décrocher du jour au lendemain, ajoute la conseillère en orientation. Parfois, ils prennent des breaks. "Caro, je vis trop d'affaires, je prends congé." Ils finissent par revenir.»

«J'ai déjà vu un jeune de 12 ans aller chercher son père ivre dans un bar et rester debout toute la nuit parce qu'il avait peur qu'il mette le feu. Comment voulez-vous que le jeune puisse aller à l'école le lendemain?» se désole Carole Dion, directrice de l'École de la Rue pendant 10 ans.

La plus belle récompense de la direction et des jeunes survient chaque fin d'année, en juin, lors de la remise des diplômes. Bon an mal an, entre 6 et 10 finissants; près de 140 au total depuis la fondation de l'École, en 1998. La fierté se lit dans les yeux. «Quelques parents assistent à la graduation. Ils sont tellement contents...» termine M. Pitre.

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