Denis Vaugeois: en toutes lettres

Denis Vaugeois, récipiendaire du prix Georges-Émile-Lapalme pour sa... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Denis Vaugeois, récipiendaire du prix Georges-Émile-Lapalme pour sa contribution au rayonnement de la langue française. «À l'école, je n'avais pas l'ambition d'être un premier de classe.»

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) «Prends ton temps.» Sourire en coin, Denis Vaugeois lance cette recommandation au serveur qui vient de prendre sa commande pour le dîner. Du temps, l'historien, éditeur et ex-ministre en a bien besoin pour faire le tour de son jardin professionnel, à la demande du Soleil, au lendemain de son passage à l'Assemblée nationale pour recevoir le Prix du Québec.

«J'ai dû reprendre mon texte une vingtaine de fois. Il a fallu que je retrouve les mémoires de Lapalme dans ma bibliothèque. Heureusement, je les avais annotées, comme j'en ai l'habitude avec les livres, ç'a été plus rapide...», explique-t-il, au sujet de son discours de remerciement, mardi, après avoir reçu le prix Georges-Émile-Lapalme, remis à une personnalité ayant contribué de façon exceptionnelle au rayonnement de la langue française. «Je suis loin d'être un puriste, alors de recevoir un prix de la langue française, c'est un honneur.»

Denis Vaugeois, 79 ans, possède une feuille de route longue comme le bras. Sa passion pour la littérature, les livres et les mots le guide depuis qu'il est gamin, alors qu'il s'arrêtait tous les jours, sur le chemin de l'école, à la bibliothèque de la rue Hart, à Trois-Rivières. Une année, alors qu'il étudiait au Séminaire, il avait emprunté 327 livres. Il s'en souvient facilement: c'était le numéro de la résidence familiale...

L'homme, volubile, possède -une mémoire phénoménale. Il faut le voir et l'entendre raconter une bataille épique de D'Iberville, à bord de son navire Le Pélican, comme s'il avait été témoin de ce fait d'armes, décrire avec moult détails son arbre généalogique ou celui du premier ministre Couillard, ou rappeler à son bon souvenir ce professeur de l'Université de Montréal, Jan de Groot, qui lui a fait apprendre par coeur, en latin, L'Énéide de Virgile. «Imaginez, 996 vers qu'il fallait réciter en scandant...»

À chaque question du journaliste succède une panoplie d'anecdotes et de diversions historiques. «Je ne suis pas capable de répondre simplement...», lance-t-il, l'air amusé, entre deux bouchées, dans un resto de la rue Maguire, juste à côté de la librairie qui porte son nom, mais tenue par sa femme et sa fille. Chaque jour, il se rend à l'étage pour s'occuper de sa maison d'édition, Le Septentrion. Au total, sa carrière d'éditeur a permis la publication de plus d'un millier de titres.

Prof de... maths

Son amour des mots et de la langue, Denis Vaugeois confie le tenir de sa mère, une fille de cultivateur devenue maîtresse d'école. La demeure familiale renfermait peu de livres, surtout des magazines français que lisait son père. «Ma mère me faisait apprendre des petits contes et des poèmes que je devais réciter. Dans les soirées, je faisais toujours mon petit numéro.»

De ses années d'enseignement, au Séminaire de Trois-Rivières et à Montréal, M. Vaugeois garde un excellent souvenir. Ironiquement, l'homme de lettres a un moment enseigné... les mathématiques. Un choix de carrière qui n'a pas duré. «Au quatrième cours de maths de la journée, disons que tu connais toutes les réponses par coeur, alors qu'en lettres, c'est toujours à recommencer.»

Euphorie de novembre 76

L'élection du Parti québécois en 1976 et sa nomination au poste de ministre des Affaires culturelles dans le cabinet Lévesque demeurent des souvenirs impérissables. Il avait décidé de faire le saut en politique en compagnie de son ami d'enfance Gérald Godin. «Gérald voulait se présenter dans Mercier pour battre Robert Bourassa. Il se disait trop marginal, trop poète pour les gens de Trois-Rivières. "Vas-y, toi, t'as l'air respectable", qu'il m'avait dit. On a finalement gagné tous les deux.»

Personne n'avait vu venir la vague bleue du 15 novembre, pas même lui. S'en est suivi un épisode historique de fierté nationale. «Il y avait une euphorie pas possible. C'était le délire. Tu ne pouvais pas te promener sans voir quelqu'un te sauter au cou et pleurer.»

Le développement d'un réseau de bibliothèques publiques a constitué un legs important de son expérience ministérielle. «C'est quelque chose qui est inscrit profondément en moi», glisse-t-il, ne cachant pas son admiration devant les bibliothèques modernes, «de petits chefs-d'oeuvre architecturaux».

L'homme est peut-être sorti de la politique, la politique n'est pas sortie de l'homme. Il continue à suivre avec attention ce qui se passe à Ottawa, à Québec et à l'hôtel de ville de Québec. Il n'hésite pas à sortir les griffes lorsqu'il revient sur les fusions municipales, «une catastrophe» élaborée dans «un moment de distraction, de panique et d'improvisation» qui a fait gonfler les avis d'imposition et fait disparaître de grands pans de l'histoire des municipalités.

«Je me suis battu pendant 15 ans pour mettre dans le dictionnaire Larousse des noms comme Sillery, Beauport, Chicoutimi, toutes des villes chargées d'histoire et aux repères identitaires importants. Là, c'est fini....»

Harper : fourbe et manipulateur

De la même façon, Denis Vaugeois éprouve bien du mal à rester serein lorsqu'il est question de Stephen Harper. Le globe-trotter qu'il est constate à chacun de ses voyages le tort causé à l'image du pays par le premier ministre canadien, avec l'exploitation des sables bitumineux, le dénigrement d'une institution comme l'ONU, le déploiement des forces canadiennes en Afghanistan, sa politique pro-israélienne.

«Je le trouve fourbe et manipulateur. Honnêtement, comme politicien, tu ne peux pas faire pire. La seule façon d'en venir à bout serait une alliance entre les néo-démocrates et les libéraux» qui permettrait à un parti de laisser le champ libre à l'autre dans quelques circonscriptions.

Deux heures plus tard, l'homme doit retourner à ses occupations. Sa maison d'édition est à la porte d'à côté. Il repart, un livre sous le bras, bien entendu...

Questions en rafale à Denis Vaugeois

Un personnage historique

Pierre LeMoyne d'Iberville (1661-1706). Un personnage complet. Il sait écrire, il est instruit, il appartient à une grande famille, il se bagarre. Il est partout, dans tous les points chauds. Et il gagne. 

Un livre

Les découvreurs, de Daniel J. Boorstin, l'ex-directeur de la bibliothèque du Congrès à Washington. Tous les prétextes sont bons pour recommander ce livre qui offre une grande ouverture sur le monde.

Un auteur

Amin Maalouf. J'ai aussi un faible pour Erik Orsenna (L'exposition coloniale) et Gabriel García Márquez, même si je me suis repris plus d'une fois pour lire L'amour aux temps du choléra...

Un film

Maurice Richard, C.R.A.Z.Y.

Un musée

Le musée d'anthropologie de México, et de loin. 

Un tableau ou une sculpture

Je ne suis pas l'homme d'une seule oeuvre. J'adore l'art inuit. Miró et Dali. Les tableaux de Clarence Gagnon aussi, puisque liés à l'histoire.

Une pièce

de théâtre

Les belles-soeurs. J'ai découvert l'oeuvre de Michel Tremblay sur le tard. De mes années de collège, je retiens les pièces de Molière.

Un chanteur

J'aime tout. Quand je commence à écrire un livre, j'adopte un disque et je l'écoute sans arrêt. En classique, c'est Bach. Je suis un inconditionnel de Félix. J'aime aussi Johnny Cash: c'est très émouvant, il a du contenu.

Une ville

Comme milieu de vie, Québec est parfaite. J'adore Montréal, Boston, Paris bien sûr, et Barcelone.

Un politicien

Je l'attends encore...

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