Kamikazes ou tireurs fous, même combat

Si les terroristes commettent leurs attentats pour une... (Photothèque Le Soleil)

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Si les terroristes commettent leurs attentats pour une cause particulière, beaucoup de tueurs de masse disent aussi agir au nom d'une idéologie. Ainsi, lors de la tuerie de Virginia Tech, en avril 2007 (photo), le meurtrier avait laissé une note dans laquelle il disait mourir comme Jésus-Christ et inspirer les faibles et les sans défense.

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(Québec) Pour Stephen Harper, les attaques de Martin couture-Rouleau et de Michael Zehaf Bibeau sur des militaires sont des actes «terroristes». Pour la cheffe du Parti vert Élizabeth May, il s'agit plutôt de gestes posés par de jeunes hommes «profondément troublés». Et chaque fois que quelqu'un ouvre le feu dans un endroit public, tout le monde se pose d'emblée la même question : tireur fou ou terroriste? Or des recherches montrent des similarités si frappantes entre les deux groupes qu'ils pourraient être deux facettes d'une même médaille...

«Essentiellement, ce sont tous des gens qui commettent des attaques-suicide», dit Adam Lankford, criminologue de l'Université de l'Alabama qui a publié l'an dernier dans la revue Homicides Studies la première étude comparant les terroristes kamikazes et les mass shooters, ces gens qui se mettent à tirer sur tous ceux qu'ils croisent dans un lieu public avant, souvent, de se suicider.

En général, les terroristes (même ceux qui meurent lors de leur attentat) sont vus comme des gens rationnels agissant de manière froide et calculée, et les tireurs fous comme des dépressifs instables qui ont perdu les pédales après une série de problèmes personnels ou familiaux. Mais en comparant 81 cas de tueurs de masse et de terroristes ayant perpétré des attaques-suicide aux États-Unis entre 1990 et 2010, M. Lankford a trouvé un portrait un brin différent.

Dans son échantillon, les terroristes se sont avérés à peu de choses près aussi nombreux que les tireurs fous à avoir vécu des problèmes familiaux (41 % c. 39 %) dans les années précédant leurs attaques, des ennuis au travail ou à l'école (75 % et 83 %) et à être isolés socialement (50 % et 48 %). En outre, on pouvait identifier un événement déclencheur, comme la mort d'un proche, une rupture amoureuse ou un congédiement, chez près de 60 % des terroristes et 70 % des tireurs fous.

Bref, les tueurs de masse et les terroristes (ceux qui s'arrangent pour mourir pendant l'attentat, du moins) semblent provenir d'une même catégorie de gens aigris, amers, qui ont connu le même genre d'échecs personnels avant de passer à l'acte et qui partagent tous les mêmes penchants suicidaires, à en juger par les témoignages de proches et par les lettres qu'ils laissent parfois - 67 % des terroristes-kamikazes le font, contre 11 à 56 % des tueurs de masse, selon le sous-type.

Certes, concède M. Lankford, les terroristes commettent leurs attentats dans un but relativement précis, afin d'aider, croient-ils, une cause particulière. Mais il signale que «beaucoup de tueurs de masse disent aussi agir au nom d'une idéologie même si, en fait, il est pas mal clair que c'était au moins en partie la maladie mentale ou des tendances suicidaires qui étaient en cause. Le tueur de Virginia Tech, par exemple, [Seung-Hui Cho, qui a tué 32 personnes et en a blessé 17 autres en 2007] a laissé une note dans laquelle il disait mourir comme Jésus-Christ et inspirer les faibles et les sans défense. Dans le cas de Marc Lépine [le tueur de la Polytechnique], il disait se battre contre le féminisme».

De même, Anders Breivik a volontairement ciblé une réunion de l'aile jeunesse du Parti travailliste norvégien en 2011, tuant 69 personnes.

Et puis, poursuit M. Lankford, même si les terroristes poursuivent tous, en façade, un but idéologique, ils le font d'une manière si irrationnelle - pourquoi se tuer alors qu'un colis piégé ferait autant de victimes? - qu'il semble que l'autodestruction soit, en fin de compte, leur motivation principale.

Santé mentale

On retrouve aisément ce mélange d'échecs et d'isolement social chez les auteurs des deux attaques de cette semaine contre des militaires canadiens.

Michael Zehaf Bibeau, 32 ans, a été condamné pour possession de drogue à plusieurs reprises au cours des années 2000; avant de tuer un soldat proche du parlement d'Ottawa, mercredi, il était sans abri et n'avait pas eu de contact avec sa famille depuis cinq ans.

Lundi, Martin Couture-Rouleau, 25 ans, a happé deux militaires avec sa voiture à Saint-Jean-sur-Richelieu, en blessant un et tuant l'autre, peu de temps avant d'être abattu par des policiers. Il avait fondé une entreprise en 2012, mais y avait tout perdu, avant de se tourner vers l'islam radical. La mère de son fils de 3 ans, de qui il était séparé, tentait également d'obtenir la garde exclusive de l'enfant.

Fait intéressant, note le psychiatre de l'Institut Pinel Gilles Chamberland, ce genre de parcours s'observe aussi souvent chez des gens qui ont des problèmes de santé mentale graves. Ça ne veut pas dire que tous les terroristes/tireurs fous ont une maladie mentale, bien entendu, mais c'est une possibilité, dit-il.

Ce n'est pas la maladie que l'entourage remarque en premier, mais une désorganisation progressive entraînant une «chute dans l'échelle sociale, dit Dr Chamberland. Ce sont des gens qui peuvent être à l'université, mais qui, tout d'un coup, commencent à manquer des cours, à échouer des cours, à s'isoler, et on peut éventuellement les retrouver itinérants dans la rue. Alors on utilise la drop sociale comme explication logique [dans le cas de Martin Couture-Rouleau], on dit que c'est ça qui l'a amené à faire [l'attentat], mais on pourrait aussi penser qu'une maladie mentale commençait à s'installer, parce qu'il a le parcours typique de quelqu'un qui commençait, par exemple, une schizophrénie», évoque le psychiatre.

Évidemment, avertit-il, il s'agit là d'une hypothèse basée sur le petit peu qui a filtré dans les médias. «On ne le saura jamais, mais on serait bête de ne pas examiner cette hypothèse-là.»

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