Centre Portage: un temps pour fêter... sa sobriété

Marie-Hélène Bouchard, 31 ans, et Thomas Dufour, 18... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Marie-Hélène Bouchard, 31 ans, et Thomas Dufour, 18 ans, font partie des 70 jeunes réunis dimanche au Grand Théâtre pour célébrer un an de sobriété après leur cure au centre de réadaptation Portage.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) Ils ont consommé. Trop consommé. Certains ont perdu la confiance de leurs parents et amis, d'autres ont réussi à tirer leur épingle du jeu même s'ils étaient intoxiqués la plupart du temps. Ils étaient 70 jeunes, réunis dimanche au Grand Théâtre, pour fêter leur sobriété et un retour à la vie dite normale après leur cure au centre de réadaptation Portage.

Tombée dedans quand elle était petite

À seulement 31 ans, Marie-Hélène Bouchard a passé plus d'années avec le statut de toxicomane qu'avec toute autre étiquette. Elle est en quelque sorte tombée dedans quand elle était petite. «J'ai eu une famille [où les gens] étaient dépendants [à la consommation] à la base», a-t-elle admis. 

Elle avait une idée des effets que cela pourrait procurer, mais n'était pas consciente des conséquences que cela pourrait engendrer. 

Se qualifiant de «chaotique, tannante» à l'adolescence, elle a voulu répondre «à une petite révolte intérieure» en consommant des drogues dès l'âge de 11 ans. «Pour moi, c'était comme normal d'aller vers ça.»

Comme pour plusieurs jeunes du Portage, les drogues douces ont fini par ne plus faire l'affaire, et elle s'est rapidement dirigée vers du plus lourd. «J'ai tout de suite su que ça me faisait beaucoup trop de bien.» Les premières années ont paru salvatrices pour la jeune femme. «Ça m'a enlevé bien des peurs. Je suis devenue une petite bum, une petite punkette!»

Mais elle ne savait pas alors qu'elle amorçait une véritable traversée du désert qui allait durer jusqu'à ses 28 ans, année où elle est entrée au Portage.

Quitter son Abitibi natale

Durant toutes ces années «rocambolesques», elle a quitté son Abitibi natale pour venir vivre à Québec, il y a 16 ans. «J'ai quitté la maison à 13 ans.» Elle a malgré tout réussi à terminer des études universitaires, mais «tout était une montagne avec la consommation».

La première année en thérapie au Portage aura été difficile. C'était «deux mois, une rechute...», a-t-elle raconté. «T'as l'impression que tu n'y arriveras jamais.»

Portage s'est occupé d'elle et l'a prise dans le détour. C'est d'ailleurs un constat de plusieurs, y compris la direction de l'organisation : les jeunes qui y entrent, s'ils rechutent, finiront toujours par y retourner.

Cela fait maintenant deux ans que Marie-Hélène Bouchard n'a rien consommé. «Je suis devenue maman! J'ai un petit poupon de trois mois.» Remerciant ceux qui l'ont aidée, elle a décidé de devenir elle-même intervenante chez Portage, auprès des 12 à 17 ans.

Des exemples de résilience

Au-delà de l'hommage qui leur était rendu, la présence de 70 ex-toxicomanes du Portage fait partie du programme de thérapie des autres, ceux qui sont présentement sur le sinueux chemin de la réhabilitation. Tous les adolescents du centre de Portage à Saint-Malachie étaient présents au Grand Théâtre, dimanche, pour s'inspirer de leurs semblables. Une sorte de projection de ce qu'ils pourraient être à l'avenir, a illustré Serge Comeau, directeur du centre de Saint-Malachie. «Ils sont confrontés avec de la réussite, de la fierté et de la qualité», s'est-il réjoui, ayant vu plusieurs des jeunes sur la scène passer du pire au meilleur en quelques années. Pas de doute que de telles démonstrations font partie du programme de réadaptation. Rien n'est fait pour rien chez Portage, a-t-il dit. Ces exemples de résilience ne sont pas que pour les jeunes toxicomanes, mais aussi pour leurs parents. «Il y a des parents qui abandonnent», déplore l'intervenant. «Quand ils voient ces choses-là, ça leur fait dire que ça vaut la peine de continuer d'investir dans notre jeunesse.» 

Pour se prouver devant les autres

Au secondaire, Thomas Dufour, originaire de Québec, voulait prouver aux autres qu'il était un dur, un vrai. Pour ça, il a commencé à consommer aussi tôt qu'à l'âge de 12 ans. Ce n'est d'ailleurs pas rare de commencer si jeune, si l'on se fie à ceux qui ont fréquenté Portage. 

«C'était pour essayer de démontrer des choses à d'autres personnes. Montrer que je pouvais faire des choses comme les grands aussi», a expliqué M. Dufour, aujourd'hui âgé de 18 ans.

Vêtu d'un costume comme s'il se présentait à une importante entrevue, le jeune parle avec aplomb, racontant avec lucidité sa propre histoire. «Au début, je fumais un peu de pot et je prenais des speeds. Un an plus tard, je prenais des choses plus dures et plus régulièrement.»

«Pas tout à fait conscient» de ce qu'il faisait, le manège a duré cinq ans. Il réussissait quand même ses cours à l'école. «J'ai toujours été bon à l'école. [...] Les deux dernières années, je consommais à l'école régulièrement, tous les jours.» Les notes ont commencé à chuter, son comportement a commencé à changer.

Ultimatum

Un jour, son père lui a donné un ultimatum : suivre une thérapie ou quitter la maison. C'est à ce moment que le jeune Dufour a pris sa destinée en main. Il est entré au Portage et en est ressorti guéri. Cela fait maintenant un peu plus d'un an qu'il n'a rien consommé. Il entreprendra une formation technique d'intervention en milieu carcéral au collège de Terrebonne pour devenir agent correctionnel. Son but ultime : devenir agent de liberté conditionnelle.

Au final, Thomas Dufour considère que ce sont certaines personnes qu'il a fréquentées qui l'ont poussé à prendre de mauvaises décisions. «Selon moi, c'est complètement une affaire de fréquentations. Ça a une influence sur toi.» «Mais les choix, prévient-il, c'est quand même toi qui les fais.»

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