Terre d'accueil en manque de réfugiés

Après 12 années à accueillir les réfugiés dans... (Le Soleil, Erick Labbé)

Agrandir

Après 12 années à accueillir les réfugiés dans des bureaux modestes rue de la Couronne, le centre emménage cette semaine au 200, rue Dorchester.

Le Soleil, Erick Labbé

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Samuel Auger
Le Soleil

(Québec) À défaut d'avoir le droit d'entrer au pays, les réfugiés de guerre sauront qu'un édifice plus accueillant les attend dans la capitale. Le Centre multiethnique de Québec déménage dans une nouvelle tour intégrée unique dans la province, prête à accueillir en masse des réfugiés. Mais des centaines d'entre eux demeurent bloqués par les obstacles administratifs.

«Avec tous les conflits dans le monde, la demande est très élevée. Ça fait longtemps qu'on doit recevoir des Irakiens, des Syriens. Ça bloque. On ne sait pas pourquoi...»

L'appel provient de Dominique Lachance, directrice du Centre multiethnique de Québec. Elle a rencontré Le Soleil, au milieu des déménageurs et des boîtes de dossiers. Après 12 années à accueillir les réfugiés dans des bureaux modestes rue de la Couronne, le centre emménage cette semaine au 200, rue Dorchester. À l'entrée de la capitale par le nord. Une tour de huit étages partagée avec l'Office municipal d'habitation de Québec, où les bureaux du centre seront accompagnés de chambres d'urgence pour réfugiés et de logements modiques. Avec en boni une panoplie de services pour faciliter l'intégration des nouveaux arrivants.

La plus importante infrastructure d'accueil jamais construite à Québec. Sauf que les réfugiés ne sont pas légion ces temps-ci. «On n'est pas contre qu'il y ait un contrôle. C'est normal. Ce sont des deniers publics. Mais il y a des mesures qui sont excessives. Les demandeurs d'asile, c'est quand même de l'aide humanitaire. Et le Canada s'est toujours bien positionné au niveau international», déplore Dominique Lachance.

Son collègue Serif Pervanic abonde dans le même sens. Il est débarqué dans la capitale il y a deux décennies, fuyant le ravage de la guerre en Bosnie. Aujourd'hui, il ne demande qu'à aider des réfugiés à mieux intégrer la capitale. «Avec le gouvernement conservateur, ils commencent vraiment à contrôler chaque demande. C'est pas juste au niveau des réfugiés, c'est dans n'importe quelle demande de résidence permanente. C'est vraiment contrôlé. Ce n'est pas comme avant», lance-t-il. «On veut vraiment fermer la porte d'entrée à ces gens-là.»

L'an dernier, à peine 280 réfugiés ont franchi les douanes de Québec. Loin de la moyenne annuelle de 450. «Au Canada, ça a été une année record de baisse de réfugiés. Mais on sait très bien qu'il ne manque pas de réfugiés. Ils attendent aux portes!» soutient Dominique Lachance. «On est prêts à les accueillir. On a de l'espace. On a des services à leur donner!»

Ouvert aux ressources extérieures

Des services revus en profondeur avec le déménagement dans le nouvel édifice de la rue Dorchester. «Toute l'animation de groupe, l'intervention auprès de la clientèle, nous limitait. On était obligés d'aller dans des salles ailleurs.»

Désormais, des services seront offerts directement sur place. Les intervenants de l'extérieur - tels les spécialistes de la Clinique de santé des réfugiés dans Sainte-Foy - auront droit à des locaux pour des suivis. «Ce qu'on a toujours voulu, c'est s'ouvrir aux ressources extérieures. Que les organismes puissent venir travailler avec les nouveaux arrivants», fait valoir Dominique Lachance.

Dix-neuf chambres d'urgence seront réservées aux réfugiés, et 20 logements de transition seront disponibles. «Ce sera pour des gens qui auront besoin de plus d'encadrement ou plus de temps avant d'avoir un logement privé. On s'ouvre à d'autres possibilités d'accompagnement auprès de ces gens-là», se réjouit la présidente Dominique Lachance.

Pour désamorcer la xénophobie, la présidente du Centre... (Le Soleil, Erick Labbé­­) - image 2.0

Agrandir

Pour désamorcer la xénophobie, la présidente du Centre multiethnique de Québec, Dominique Lachance (ici photographiée avec son collègue Serif Pervanic), entend se servir de la visibilité de la nouvelle tour à l'entrée nord de la capitale québécoise.

Le Soleil, Erick Labbé­­

Éviter la ghettoïsation

Une tour de huit étages réservée en bonne partie aux réfugiés et aux immigrants? Les commentaires désobligeants ou les réactions de peur sont presque inévitables, reconnaît la présidente du Centre multiethnique de Québec (CMQ).

«Il ne faut pas se le cacher. Monsieur et madame Tout-le-monde qui regardent ça de l'extérieur, qui voient un édifice... qu'est-ce qu'ils vont penser? Il va falloir faire un travail de sensibilisation», reconnaît Dominique Lachance.

Québec traîne encore la réputation d'une ville plutôt homogène, avec des taux d'immigration faibles par rapport aux grandes villes canadiennes. «Ça ne changera pas l'image du jour au lendemain. On a un bon travail à faire au niveau de Québec», dit Mme Lachance.

Pour désamorcer la xénophobie, la présidente du CMQ entend se servir de la visibilité de la nouvelle tour à l'entrée nord de la capitale québécoise.

«Cet édifice-là va nous donner la chance d'être un peu plus visibles et faire valoir l'apport et l'impact positif des nouveaux arrivants dans la ville.»

«Il faut donner la possibilité à ces gens-là de s'exprimer», poursuit son collègue Serif Pervanic. «Pour que la population d'ici voie que ce n'est pas juste quelqu'un qui vient pour être sur l'aide sociale ou sur le dos du gouvernement.»

Intégration

Il cite en exemple un réfugié burundais, débarqué à Québec après avoir vu ses parents décimés par la guerre. Mineur, sans argent, parlant très peu français, il a dû tout reconstruire. Et il fait à l'heure actuelle son génie civil à l'Université Laval.

Les services centralisés de la nouvelle tour favoriseront une intégration des réfugiés, espère-t-on. Mieux intégrés au tissu social, les nouveaux arrivants évitent de former des ghettos, plaide Serif Pervanic. «La première année, des familles arrivent et disent : "J'aimerais être proche de mes compatriotes." Mais c'est juste la première année. Après ça, ils sont partout! Ça se disperse.»

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer