Des musées dans le rouge

Le Musée régional de la Côte-Nord  jongle avec... (Collaboration spéciale Fanny Lévesque)

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Le Musée régional de la Côte-Nord  jongle avec un manque à gagner annuel d'environ 60 000 $. Au fil de bonnes et de moins bonnes années, le déficit s'est creusé pour atteindre les six chiffres et se fixer à 100 000 $.

Collaboration spéciale Fanny Lévesque

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Fanny Lévesque

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Sept-Îles) Les musées régionaux de la province sont acculés au pied du mur avec des budgets quasi jamais indexés depuis les 10 dernières années. La marge de manoeuvre est devenue si petite que le principal musée de la Côte-Nord doit se résoudre à fermer ses portes deux mois par année. Une précarité financière loin d'être unique, selon la Société des musées du Québec, qui martèle que c'est tout le réseau muséal qui est en crise.

Le Musée régional de la Côte-Nord n'a d'autre choix que de fermer ses portes pendant deux mois pour se sortir du gouffre financier dans lequel il se trouve. Avec un budget quasi jamais indexé en 25 ans, le principal musée nord-côtier entretient peu d'espoir que Québec intervienne, surtout avec son plan d'austérité.  

L'institution régionale, qui a pignon sur rue à Sept-Îles, jongle avec un manque à gagner annuel oscillant autour de 60 000 $. Au fil de bonnes et de moins bonnes années, le déficit s'est creusé pour atteindre les six chiffres et se fixer à 100 000 $. «On ne le sentait pas trop avant parce qu'on avait beaucoup de projets avec nos partenaires, des projets qui amenaient de l'argent au Musée», explique son directeur général, Christian Marcotte. 

Sauf qu'à l'heure où Québec sabre un peu partout dans l'appareil gouvernemental, il devient encore plus difficile de financer des projets socioculturels, selon M. Marcotte. Les compressions en éducation ont aussi eu un effet sur le nombre de visites scolaires. «On est réaliste, on regarde le contexte et on n'attend pas de miracles», lance le directeur, dont l'établissement vient de mettre sur pied un plan de redressement. 

L'institution s'est résignée à réduire le nombre de ses expositions annuelles de six à quatre, en plus de ne pas rouvrir un poste de conservateur aux arts visuels. «Pour l'instant, on essaie de réduire la pression sur notre budget», explique-t-il. Le Musée mettra aussi la clé sous la porte en janvier et en février, les mois les moins achalandés de l'année. «C'est pour, on espère, un an ou deux, le temps de se sortir la tête de l'eau.»

Les employés de l'établissement de Sept-Îles ont également mis la main à la pâte en acceptant un gel salarial d'un an, à la signature de leur contrat de travail au début du mois. La décision a été prise dans un «but commun», celui de «maintenir un musée vivant dans leur milieu», avaient fait savoir les parties, au terme des négociations. 

Le musée nord-côtier n'est pas le seul à jongler avec un financement déficient. «Ce qui est arrivé au Musée de la Côte-Nord nous bouleverse. On sait que ça pourrait arriver chez nous», soutient la directrice générale du Musée du Bas-Saint-Laurent, Mélanie Girard. «Dans notre dernier budget, on a déjà fait un gros travail de réduction de dépenses, sans toucher aux employés. Mais si notre subvention de fonctionnement diminuait, nous serions rendus à l'étape des sacrifices», se désole-t-elle.

Beaucoup d'imagination

Le son de cloche est semblable dans Charlevoix, même si le Musée d'art contemporain de Baie-Saint-Paul et celui de Charlevoix parviennent à tirer leur épingle du jeu. «On réussit à faire des miracles, mais on travaille fort, et le milieu des musées est épuisé», résume la directrice du Musée de Charlevoix, Annie Breton. «Rien ne dit que nous ne devrons pas faire de tels choix dans quelques années», ajoute-t-elle. 

En Gaspésie, le Musée acadien du Québec a entériné des prévisions budgétaires déficitaires, une première en 25 ans. L'établissement demeure ouvert à l'année, bien qu'entre l'Action de grâce et le début mai, les effectifs passent de 16 employés à trois. 

«On n'en est pas rendus à la fermeture l'hiver, mais on n'a pas été indexés depuis 2005, déplore sa directrice générale, Louise Cyr. Pourtant, en 10 ans, toutes les dépenses ont augmenté [...] on réussit à s'en sortir avec beaucoup d'imagination.»

Le Musée d'art contemporain de Baie-Saint-Paul... (Photothèque Le Soleil) - image 2.0

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Le Musée d'art contemporain de Baie-Saint-Paul

Photothèque Le Soleil

Une alarme sonnée depuis longtemps

Ce n'est pas la première fois que la Société des musées du Québec (SMQ) tire la sonnette d'alarme sur l'«état critique» dans lequel tout le réseau muséal québécois se trouve. L'organisation réclame une intervention claire du ministère de la Culture et des Communications, sans quoi la situation n'ira qu'en se dégradant, soutient la SMQ qui attend toujours un signal de Québec. 

«Ce n'est pas exagéré de parler de crise, lance le directeur général, Michel Perron. La situation est extrêmement troublante», ajoute-t-il. Pour l'heure, quelque 120 institutions de la province se partagent les 17 millions $ de l'enveloppe de l'aide au fonctionnement des musées, un montant qui est inchangé depuis plusieurs années et épargné lors du dernier budget Leitão. «C'est une faible consolation», exprime M. Perron. 

Le programme d'aide au fonctionnement, «le nerf de la guerre», comme l'indique la SMQ devrait être bonifié de 21 millions $ selon les estimations de l'organisme, en plus d'augmenter le nombre d'établissements admissibles. «C'est d'autant plus cruel que le rapport Corbo [Groupe de travail sur l'avenir du réseau muséal québécois] reconnaît le sous-financement du réseau muséal», souligne le directeur général. 

La Société des musées du Québec s'inquiète par ailleurs de l'approche du Ministère dans son analyse du rapport Corbo, qui se déroule derrière des «portes closes, de manière unilatérale et sans consultations». Le document, déposé en octobre 2013, préconise d'importants changements quant à la vision et à la gestion du réseau muséal québécois. 

«Il y a beaucoup d'avenues intéressantes, mais d'autres qui nous semblent inadéquates», mentionne le directeur, qui souhaite que son organisation ait voix au chapitre. «En clair, on craint que le Ministère ne retienne que les recommandations qui ne coûtent rien, sans tenir compte des besoins de base des établissements.» 

Selon la SMQ, tant des musées situés dans les grands centres, comme Montréal ou Québec, que des établissements en région peinent à joindre les deux bouts. «La fragilité est davantage liée à la taille des institutions qu'à leur localisation», soutient Michel Perron. 

Lieux populaires

Ce qui est paradoxal avec la précarité financière des musées québécois, c'est qu'ils n'ont jamais été aussi populaires, soulève la SMQ. En 2013, les musées, les lieux d'interprétation et les centres d'exposition ont attiré 14,2 millions de visiteurs, ce qui est supérieur à la moyenne des cinq dernières années. 

À Baie-Saint-Paul entre autres, le Musée d'art contemporain enregistre un achalandage record avec des expositions attractives, dont Warhol s'affiche. À Sept-Îles, l'accueil de croisiéristes assure une constance de la fréquentation. «Les croisières, c'est extraordinaire pour nous», affirme le directeur général Christian Marcotte. «Ça nous sauve par exemple d'un été où il fait très beau et où les visiteurs sont moins au rendez-vous.»

La Société des musées du Québec représente 300 institutions et 600 membres individuels du réseau muséal québécois. 

Avec la collaboration de Johanne Fournier, de Carl Thériault et de Brigitte Lavoie

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Le Musée de Charlevoix

Photothèque Le Soleil

La création d'un «sceau de qualité» dans les plans

Il est encore trop tôt pour déterminer si l'enveloppe d'aide au fonctionnement des institutions muséales sera bonifiée en avril 2015, moment prévu de son renouvellement. Le ministère de la Culture et des Communications planche actuellement sur une refonte du programme, à la lumière des conclusions du rapport Corbo. 

«On regarde comment on pourrait appuyer, à partir de paramètres objectifs et transparents, le financement de l'univers muséal au Québec [...] Il n'y a rien d'exclu pour l'instant, on fait différents scénarios, avec leurs avantages et inconvénients», explique le sous-ministre adjoint aux politiques du Ministère, Daniel Cloutier.  

Québec étudie aussi la création d'un agrément qui viendrait en quelque sorte donner un «sceau de qualité» aux établissements du réseau. Les institutions répondant aux critères deviendraient admissibles au programme d'aide. «C'est le modèle que nous avons dans les cartons, que le Ministère nous a demandé et qui découle en droite ligne du rapport Corbo», ajoute M. Cloutier. 

Le Ministère se défend également de travailler derrière des portes closes, comme lui reproche la SMQ, rappelant la «consultation publique très riche» du groupe de travail présidé par Claude Corbo. Il n'est d'ailleurs pas «interdit de penser» que la ministre Hélène David ne consultera pas «certains intervenants» du secteur, avant d'aller de l'avant, conclut M. Cloutier.  

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