Faire le pont entre deux cultures

Fille d'une Innue et d'un Québécois, Michèle Audette... (Collaboration spéciale Fanny Lévesque)

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Fille d'une Innue et d'un Québécois, Michèle Audette porte en elle deux cultures qu'elle rêve de rapprocher.

Collaboration spéciale Fanny Lévesque

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Fanny Lévesque

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Sept-Îles) Née à Wabush au Labrador, d'un mariage entre une mère innue et un père québécois, Michèle Audette porte en elle deux cultures qu'elle rêve de rapprocher. Pas étonnant, d'ailleurs, que le verbe rassembler soit au centre de toutes ses actions, parce que c'est ensemble qu'on remporte des combats, fait valoir avec aplomb la femme de 43 ans.

Assise à la table d'un café de Sept-Îles, Michèle Audette s'anime. «Si on a gagné des luttes, c'est parce qu'il y a eu des Canadiennes, des Québécoises qui ont marché avec nous autres.» Cette volonté d'ouverture entre les deux nations est peut-être selon elle, ce qui l'a mené à la tête de l'Association des femmes autochtones du Québec, en 1998. 

«J'ai été élue présidente au premier tour, personne ne pensait que j'allais l'avoir, que j'étais trop jeune, se souvient-elle. Mais, je voulais amener nos enjeux sur la place publique pour avoir l'appui des non-Autochtones, c'est naturel pour moi d'essayer de se parler, d'être ensemble, d'apprendre.» Et ce «mandat de faire le pont» entre les peuples est venu à la maturité, au terme d'une longue crise identitaire. 

Ses parents séparés, Michèle Audette a dû grandir en faisant la navette entre Mani-Utenam, où habitait désormais sa mère, et Montréal. Comme n'importe quel adolescent, elle a tenté de trouver un sens à son existence. «C'était difficile de ne pas avoir de sentiment d'appartenance, mais j'étais en mesure de savourer la culture innue et d'aussi faire ma place dans la société québécoise.»

Son implication

«Quand, j'ai enfin pris conscience que j'avais en dedans de moi deux grandes richesses, j'ai transféré cette énergie-là en énergie positive», ajoute la Métisse qui a ensuite commencé à s'impliquer ici et là, dans des centres d'amitié autochtones, des comités étudiants. Lorsqu'elle prend la tête de Femmes autochtones Québec, elle abandonne ses études en enseignement à l'Université de Concordia. 

Au cours de son mandat, elle défendra les positions des femmes dans le dossier du projet de loi C-7 sur la gouvernance des Premières Nations, notamment sur la question du partage des biens matrimoniaux. L'importance de la santé des femmes, des maisons d'hébergement et de la jeunesse autochtone sont d'autres causes qu'elle épouse.

Femme intelligente, bonne communicatrice et au charisme désarmant, Michèle Audette fait rapidement sa marque. Si bien qu'en 2004, après avoir été sollicitée à plusieurs occasions pour faire le saut en politique, Jean Charest lui offre personnellement de joindre le Secrétariat à la condition féminine, où elle agira à titre de sous-ministre. «L'adrénaline d'une manifestation pour une cause, c'est super tripant, mais l'adrénaline quand t'es en dedans et que tu peux faire des choix, ça vaut aussi la peine», assure-t-elle. 

La famille d'abord

Mère de deux garçons, Michèle Audette tombe enceinte de jumelles en 2006. Une grossesse difficile la placera devant le choix de sa famille ou sa carrière. «La décision n'a pas été dure à prendre», n'hésite pas de répondre la maman, qui aura deux filles en santé et un autre garçon plus tard. Mais l'appel du militantisme ne sera pas long à se faire entendre. 

En 2010, elle marche les 500 kilomètres séparant Wendake à Ottawa pour que son fils aîné Amun acquière le statut d'«Indien inscrit», ce qui était impossible à l'époque pour les petits-enfants d'une femme ayant marié un «non-Indien». Elle obtient finalement gain de cause avec l'entrée en vigueur de la Loi sur l'équité entre les sexes relativement à l'inscription au registre des Indiens, en janvier 2011. 

Un an plus tard, elle est élue à la barre de l'Association des femmes autochtones du Canada, qui se démène alors avec l'épineux dossier des femmes des Premières Nations assassinées ou disparues au Canada (lire l'autre texte). Depuis son entrée en poste, Michèle Audette est de toutes les tribunes, tant au Canada qu'ailleurs dans le monde. L'inaction du gouvernement Harper devant sa cause l'incitera à briguer l'investiture du Parti libéral du Canada dans Manicouagan, «chez elle», aux prochaines élections fédérales.

En mémoire des «soeurs d'esprit»

Depuis 2004, des femmes autochtones et leurs familles prennent une pause le soir du 4 octobre, à travers une grande veille nationale, pour commémorer la mémoire de celles disparues ou assassinées au pays depuis les dernières décennies. Celles qu'on appelle les «soeurs d'esprit» ne seraient pas moins de 1181 au Canada, de 1980 à 2012, selon la Gendarmerie royale du Canada (GRC). 

«Les vigies, c'est le temps de prendre un souffle, un répit pendant lequel nos émotions sont au max», exprime la présidente de l'Association des femmes autochtones du Canada (AFAC), Michèle Audette, qui participera à la cérémonie de Québec. «Dans la joie, la fierté, la tristesse, c'est comme si on se permettait un temps d'arrêt pour recommencer le combat le lendemain.»

Et ce combat, Michèle Audette le mène de front depuis plusieurs années déjà. Ce que son association réclame, c'est la tenue d'une enquête nationale publique pour éclaircir les nombreux cas de femmes autochtones canadiennes disparues ou assassinées, ce qui refuse toujours le gouvernement conservateur, qui n'y voit pas de problème sociétal. 

Mais un rapport dévoilé au printemps par la GRC est venu donner du poids à la cause. Le corps policier y rapporte que les femmes autochtones sont trois ou quatre fois plus à risque d'homicides ou de disparitions au Canada. Ne représentant que 4 % des Canadiennes au dernier recensement, les femmes des Premières Nations comptent pour 16 % des cas d'homicides de femmes et pour 11,3 % des cas de disparitions entre 1980 et 2012. 

Vulnérables à risque

«La pauvreté, le manque de logements, la difficulté d'accès à l'éducation et tous les autres problèmes sociaux sont des raisons qui expliquent pourquoi une jeune autochtone veut quitter sa communauté pour le sud, soutient Mme Audette. Et pour malheureusement se retrouver dans des milieux malsains.» Les crimes contre les Autochtones sont commis pour la plupart dans les milieux urbains, hors communautés, explique-t-elle. 

«Elles ont souvent le même profil; les services sociaux, la pauvreté», énumère Mme Audette. Elles sont plus vulnérables et deviennent rapidement des cibles, ajoute-t-elle. L'AFAC milite en ce sens pour que les policiers canadiens reçoivent une formation sur les femmes autochtones «pour être culturellement adaptés à intervenir».

L'AFAC récolte l'appui de premiers ministres provinciaux, dont Philippe Couillard, et de l'Assemblée des Premières Nations, pour la tenue d'une enquête publique sur la question. «Il faut que nos jeunes filles retrouvent le droit de marcher dans la rue en toute sécurité, sans la peur de tomber dans ces statistiques.»

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