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Un CPE de Québec s'adapte aux autistes

Joaquim, quatre ans, ici en compagnie de l'éducatrice... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Joaquim, quatre ans, ici en compagnie de l'éducatrice spécialisée Marika Veillette, bénéficie du nouveau service pour enfants autistes du CPE Les Petits Murmures, un programme unique dans la capitale.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) Depuis le début de l'année, un groupe d'enfants autistes bénéficie d'un programme unique dans un centre de la petite enfance (CPE) de la capitale. Chaque jour de la semaine, six bambins se retrouvent dans un local de l'établissement du Vieux-Québec, où deux éducatrices spécialisées leur fournissent les outils de développement et une ambiance adaptés à leur condition.

«Une approche exclusive dans un milieu inclusif», illustre Chantal Cauchon, directrice générale du CPE Les Petits Murmures, situé rue Couillard. «Plutôt que l'enfant change son monde, nous entrons dans le sien.»

Aux Petits Murmures, le bruit et la lumière, éléments anxiogènes et déstabilisants pour ces enfants de trois à cinq ans, sont réduits à leur minimum. La quiétude règne. Aucun jouet à piles qui émet des sons, les fluorescents sont tamisés. Pas de longues conversations, les consignes sont formulées à l'aide de dessins et de pictogrammes.

Les enfants autistes possédant des goûts alimentaires sélectifs, l'offre est plus variée. Les éducatrices ne les obligent pas à manger un aliment en particulier. Pour les siestes, chaque jeune peut s'endormir selon son propre rituel.

«Dans un CPE régulier, explique la pédopsychiatre Francine Ouellet, on ne connaît pas les besoins de ces enfants. Ça bouge trop, ils ont du mal à comprendre les consignes. Ils arrivent épuisés à la maison.»

«Un enfant est ici depuis une semaine, après avoir été retiré de sa garderie parce que c'était devenu problématique, et tout de suite il s'est senti à l'aise parce qu'on répondait à ses besoins», renchérit Suzanne Pelletier, directrice adjointe à la pédagogie. «C'est magique, les parents n'en reviennent pas.»

Pas plus cher

C'est la Dre Francine Ouellet, dont les trois enfants ont fréquenté Les Petits Murmures, qui a eu l'idée de transposer dans ce CPE l'approche comportementale développée par deux spécialistes de l'autisme, Lise St-Charles et Brigitte Harrisson. Un projet pilote d'un an a été mis sur pied en janvier 2013. Une formation, avalisée par le conseil d'administration, a été donnée à tous les membres du personnel et aux parents, histoire d'obtenir une cohérence d'intervention.

Le CPE n'a pas eu à tout chambarder pour accueillir cette nouvelle clientèle. L'opération s'est effectuée sans frais supplémentaires. «Ça n'a pas coûté plus cher ni nécessité des investissements incroyables en matériel, explique Mme Cauchon. On a osé innover, on a jonglé différemment avec la subvention. On a regroupé de 8 à 10 heures d'intervention par jour dans le même groupe.»

À la suite des résultats concluants et de l'accueil enthousiaste des parents, la direction des Petits Murmures souhaite que le programme fasse boule de neige, même s'il est «embryonnaire». La recette est accessible, explique-t-on, et ne demande qu'à être partagée.

«L'idée, ce n'est pas de dire qu'il s'agit d'une solution pour tous les enfants autistes, précise la Dre Ouellet. Notre approche, qui s'inscrit à contre-courant de l'intégration [des enfants autistes dans un groupe normal], peut effrayer certains parents. Le but est d'offrir le choix [d'un programme] qui s'adapte aux besoins des enfants. On n'essaie pas de les changer ou de les rendre moins autistes.»

Planche de salut pour les parents

Pour Karine Breton, mère du petit Joaquim, quatre ans, l'intégration de son fils au groupe d'enfants autistes du CPE Les Petits Murmures a représenté une véritable planche de salut. Non seulement a-t-elle pu retourner sur le marché du travail, mais son enfant montre des progrès notables.

La jeune mère en a eu la plus belle preuve dès la deuxième journée, lorsqu'elle a conduit son bambin à ce CPE du Vieux-Québec. «Avant, c'était la crise tous les matins pour ne pas aller à la garderie. Au jour deux, ici, il s'est tout de suite senti mieux. Son anxiété avait diminué. Je le sens bien.»

Des progrès

L'amélioration s'est aussi fait sentir sur le comportement et les habiletés cognitives de Joaquim qui ne parlait pas à deux ans et demi. «Il est maintenant capable d'exprimer ses besoins de base, comme la faim et la soif. Il peut aussi dire qu'il est fatigué ou qu'il veut regarder la télé.»

Lorsque le diagnostic d'autisme est tombé, en décembre 2012, la jeune mère et son conjoint se sont frappés à «un mur» pour obtenir des services. Mme Breton a quitté son emploi et pris le problème «à deux mains». «J'étais désemparée, mal outillée. Il n'y avait aucune aide publique, seulement des services au privé.»

Jade, la soeur jumelle de Joaquim, qui n'est pas atteinte d'autisme, fréquente également Les Petits Murmures. «Elle s'aperçoit que son frère n'est pas unique, qu'il y a d'autres enfants comme lui. [...] Mon fils est autiste et je l'accepte. Ses signes d'autisme, je ne veux pas les cacher», explique-t-elle, par exemple, au sujet de son habitude de battre des bras, comme pour s'envoler, lorsqu'il est heureux...

Pour la suite des choses, au vu de ses progrès, Mme Breton croit Joaquim capable d'intégrer une classe normale au primaire, quitte à remplacer la maternelle par une année supplémentaire aux Petits Murmures. Deux autres élèves du groupe ont fait leur entrée à l'école cette année, ce qui la fait vivre d'espoir.

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