Québec a ses deux premiers saints

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«Ils sont les ouvriers de la première heure de l'évangélisation de notre pays. C'est un grand jour pour toute l'Amérique», a déclaré le cardinal de Québec, Gérald Cyprien Lacroix à propos des nouveaux saints.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Le pape François a confirmé jeudi matin la canonisation des deux premiers saints de Québec : Marie de l'Incarnation, bâtisseuse du monastère des Ursulines, ainsi que l'évêque fondateur du diocèse de la capitale, François de Laval... Pas une surprise pour quelques religieux et laïcs de Québec qui travaillaient dans le secret depuis l'automne, à la demande expresse du Vatican.

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L'évêque François de Montmorency-Laval 

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La missionnaire Marie de l'Incarnation - née Marie... (Archives Le Soleil) - image 1.1

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La missionnaire Marie de l'Incarnation - née Marie Guyart

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Le Bureau de presse du Saint-Siège a publié la nouvelle dans une dépêche en italien : «Le Saint-Père François a reçu en audience privée [...] le préfet de la Congrégation pour les causes des saints», a-t-on relaté. Durant cette rencontre, le pape a accepté l'inscription des bienheureux François de Laval et Marie de l'Incarnation (née Marie Guyart) dans le catalogue des saints. Un Brésilien, Joseph de Anchieta, complète la courte liste des trois «apôtres des Amériques» qui ont été élevés, même si aucun miracle ne leur est attribué.

Le décret a donc été signé avec une journée de retard, alors que la communauté catholique promettait une sortie du pape le 2 avril. Mercredi, les églises du Brésil étaient d'ailleurs déjà prêtes à faire retentir leurs cloches pour célébrer, tellement on était convaincu de l'annonce imminente. L'archevêché de Québec était aussi «à l'affût».

Une journée de plus ou de moins n'aura toutefois pas eu de grand impact, les dossiers des deux Québécois étant dans la machine depuis la fin des années 1800! Marie de l'Incarnation est devenue «vénérable» en 1911, puis a été béatifiée seulement en 1980. François de Laval a suivi le même parcours. «Ce n'est pas une décision spontanée!» s'exclame soeur Marie-Berthe Demers, une ursuline octogénaire enjouée.

Une décision qui n'est pas spontanée, mais qui est connue par un cercle fermé de Québécois depuis la fin 2013, dont Mme Demers. «On est bonnes pour garder des secrets!» Le pape avait alors dévoilé ses plans à ces experts des deux saints. Il les a investis d'une mission : documenter leur vie, leur vertu, leurs réalisations. Faute de miracle, il fallait étayer leur sainteté.

«Leur vie est un miracle», plaide Marie-Berthe Demers, vice-postulatrice pour la cause de Marie de l'Incarnation devant le tribunal ecclésiastique. «C'est leur courage et la fidélité à la mission qui est le miracle.»

Le chanoine Jacques Lemieux, du Séminaire de Québec, était aussi un initié. Vice-postulateur pour François de Laval, il reconnaît sans ambages que les deux nouveaux saints sont plutôt «ordinaires». «Il y a sans doute beaucoup de personnes qui ont eu des vies aussi exemplaires que les leurs, confie-t-il. Ce qui a pesé dans la balance, [...] c'est que leurs fonctions leur donnent une sorte de visibilité.» Les saints étaient donc simples, selon lui... si ce n'est quelques «singularités» qui les feraient sortir du lot.

Des modèles inspirants

«Ce sont des gens qui n'ont jamais fait de tempête», confirme Raymond Brodeur, qui a consacré 20 ans de sa vie à Marie de l'Incarnation - ce professeur associé de la Faculté de théologie de l'Université Laval était également dans le secret des dieux depuis quelques mois. «Mais c'étaient des modèles. La canonisation, c'est une reconnaissance qu'il y a là quelque chose d'inspirant.»

En conférence de presse hier, le cardinal de Québec, Gérald Cyprien Lacroix, était aux anges. «Mon coeur palpite.» Il a exprimé une «grande joie»... même si le pape lui avait appris début décembre que le décret serait signé «vers avril». «Ils sont les ouvriers de la première heure de l'évangélisation de notre pays. C'est un grand jour pour toute l'Amérique.»

«C'est fini, les attentes! On est très, très heureux que le pape François ait reconnu pour l'Église universelle ces deux géants de l'Église québécoise», renchérit le directeur des communications de l'Église catholique de Québec, Jasmin Lemieux-Lefebvre.

La canonisation autorise le culte des deux Québécois d'adoption par tous les croyants, souligne-t-il. Voilà qui pourrait attirer bien des pèlerins. «On va en parler partout dans le monde.»

D'ailleurs, les fidèles qui voudraient se recueillir sur les tombeaux des saints peuvent s'y rendre aujourd'hui dès 7h30. Pour Marie de l'Incarnation, rendez-vous à la chapelle des Ursulines, 10, rue Donnacona. Pour François de Laval, on entre par la grande porte de la basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec.

Une grande fête est par ailleurs à l'agenda du 18 mai, en après-midi. On ne sait pas encore où ni à quelle heure. L'activité publique aura lieu durant la Montée jeunesse, alors que des jeunes adultes de partout au pays sont attendus à Québec. «Nous allons célébrer avec beaucoup de joie ces deux canonisations!» dit Mgr Gérald Cyprien Lacroix.

Pélerinage à Rome

Puisque le pape ne viendra pas dans la capitale pour l'événement, l'archevêché escompte, en outre, organiser un pèlerinage à Rome pour prendre part à une messe avec Jorge Mario Bergoglio.

Il existe trois «statuts» autorisant un culte public dans l'Église catholique. Il y a d'abord le «vénérable». Si un miracle est authentifié, le titre de bienheureux est obtenu; le culte local est alors possible. Finalement, la canonisation permet le culte universel. Même si le miracle est impératif pour la canonisation, le pape peut décider de passer outre l'obligation. La vie et les écrits des candidats sont néanmoins scrutés à la loupe. Cette procédure est exceptionnelle. Elle n'a été utilisée qu'en de très rares occasions dans l'histoire de l'Église catholique.

L'archevêque émérite de Québec, Mgr Maurice Couture, félicite le pape d'avoir passé outre la démarche usuelle pour honorer deux personnes qui auraient «tellement marqué l'Église». D'autant plus, note-t-il, qu'il est fort difficile de prouver un miracle, les médecins ayant tendance à bloquer les dossiers.

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Portraits de Marie et François

Marie Guyart, dite Marie de l'Incarnation, est née à Tours, en France fin octobre 1599. Mariée à 17 ans, elle aura un enfant. À 19 ans, elle était veuve. Elle confiera finalement son fils à d'autres pour s'investir dans la religion au cloître. Mais en 1639, elle prend la mer pour fonder le monastère des Ursulines à Québec, ville d'environ 250 âmes françaises. Elle travaillera à l'évangélisation et à l'éducation des jeunes filles européennes et amérindiennes. Un incendie ravage le monastère en 1650. Elle pilote la reconstruction. Le lieu de culte servira tantôt d'école, tantôt d'hôpital, tantôt de refuge durant les guerres contre les Amérindiens. Marie de l'Incarnation s'est éteinte à Québec le 30 avril 1672.

François de Laval est né à Montigny-sur-Ave, en France, le 20 avril 1623. Il est débarqué en Nouvelle-France en juin 1659, à 36 ans, pour diriger la vie religieuse de la colonie. À l'époque la ville compte environ 2500 Français. En 1663, il a fondé le Séminaire de Québec qui enfantera de l'Université Laval. Un an plus tard, François de Laval a érigé la paroisse Notre-Dame. L'église est devenue la cathédrale du diocèse de Québec en 1674. Cette année-là, il fut nommé premier évêque de Québec, dont le territoire s'étendait de l'Acadie à la Louisiane! Il a porté le titre de gouverneur de la Nouvelle-France à deux occasions. Il est décédé dans la capitale québécoise le 6 mai 1708, à 85 ans.

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