Urbanisme et vieillissement de la population: «les villes ne sont pas prêtes»

-... (-)

Agrandir

-

-

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Samuel Auger
Le Soleil

(Québec) La métamorphose possible de l'hôtel Le Concorde en résidence pour personnes âgées a soulevé les passions à Québec, créant des vagues autant chez les citoyens et les gens d'affaires que les élus. Or, Concorde ou pas, le visage de la capitale sera plus vieux que jamais dans les prochaines années. Les aînés seront majoritaires à Québec. Et la capitale n'est pas prête à accommoder cette vague de citoyens plus âgés, estime un professeur en urbanisme spécialiste de cet enjeu de taille.

Le vieillissement de la population est inévitable à Québec. D'ici 20 ans, pas moins de 80 000 citoyens auront 65 ans et plus. Le nombre d'aînés doublera en deux décennies seulement. «Les villes ne sont pas prêtes», tranche Daniel Gill, professeur à l'Institut d'urbanisme de l'Université de Montréal, et un des rares à s'intéresser principalement aux enjeux du vieillissement de la population et de l'urbanisme. «Et toute la société dans son ensemble n'est pas prête», ajoute le chercheur.

Les urbanistes sont en retard, plaide-t-il. Et nos villes, surtout les banlieues, ne sont pas prévues pour rendre la vie facile à une population majoritairement plus âgée. «Là, on passe à une autre étape. Ce n'est plus la famille qui va dominer, mais ce sont les personnes âgées qui vont représenter la plus forte proportion de la population. Nos villes ne sont pas prêtes à ça. Partout, il y a trop de maisons unifamiliales. Les habitats ne correspondent pas.»

La fin de la banlieue telle qu'on la connaît? Pas le choix, selon Daniel Gill. «Il faut commencer à densifier les parties du territoire dans lesquelles les personnes âgées ont commencé à vieillir. Québec vieillit, et la majorité de la population âgée est dans les banlieues...»

Déracinement difficile

Selon ses recherches, les doyens de la capitale ne veulent pas quitter leur quartier, mais leurs maisons sont souvent trop grandes ou onéreuses. «Il faut densifier l'habitat, là où les personnes âgées habitent déjà. Où ils sont déjà. Ils ne veulent pas être déracinés.»

L'occupation du territoire est aussi en cause. «Il y a un coût écologique quand des personnes âgées occupent des maisons très grandes», fait valoir le chercheur universitaire. «Par exemple, une personne veuve, qui habite dans 2000 pieds carrés, mais qui ne va plus au sous-sol ou à l'étage.»

Daniel Gill lance donc un message aux politiciens des prochaines élections: cessez d'axer vos campagnes électorales sur les jeunes familles. «Il faut arrêter de penser à des nouveaux quartiers pour les familles! Il faut penser à des nouveaux quartiers pour les personnes âgées.»

Au-delà de l'habitation, la forte croissance de la population âgée nécessitera des investissements notables. Les banlieues de Québec ont souvent peu - ou pas du tout - de trottoirs. Le transport collectif dessert avant tout les travailleurs, souvent vers le centre-ville. «Il faut tout chambarder la banlieue. Il faut la rendre accommodante aux personnes qui veulent y rester», résume Daniel Gil.

Le centre-ville ne sera pas en reste non plus. Dominique Morin jongle depuis des années avec les données démographiques de la capitale. Les travaux du chercheur en sociologie de l'Université Laval ont confirmé la tendance des jeunes ayant des enfants à s'établir en banlieue. «Ça a aussi pour effet secondaire d'accélérer le vieillissement du centre», indique-t-il.

Et rien n'indique pour l'instant que les jeunes opteront ces prochaines années pour les quartiers centraux, alors que le prix des maisons y demeure prohibitif. «On s'entend qu'on n'aura pas un renversement de la tendance, avec un retour massif des familles au centre-ville», indique Dominique Morin.

Changements radicaux

La Ville de Québec planche depuis quatre ans sur la manière de se réinventer à l'approche d'un choc démographique. Mais le processus sera assez long, reconnaît la conseillère municipale Chantal Gilbert, responsable du dossier des aînés au sein du comité exécutif.

«On est encore au début», indique l'élue de Saint-Roch-Saint-Sauveur. Mais la capitale a tout de même fait un bout de chemin. Québec a entre autres déposé un plan d'action pour mieux servir ses aînés.

«Avant, on pensait toujours en fonction des jeunes. Maintenant, on s'arrange pour que ça soit autant adapté pour les jeunes que les aînés», illustre la conseillère. Des parcs intergénérationnels, conçus pour les enfants autant que les citoyens de longue date, font leur apparition à Québec.

«C'est certain qu'on change radicalement notre façon d'entrevoir l'avenir», affirme Chantal Gilbert. Le problème? La Ville de Québec a construit pendant des décennies des infrastructures moins adaptées à une population vieillissante.

Le rattrapage sera donc colossal. «Ça ne changera pas du jour au lendemain. Ça va être assez long. Tout ne se fera pas en un an ou deux. On va y aller pièce par pièce. C'est pas demain que tous les trottoirs seront adaptés, que tous nos centres seront pile-poil», soutient le membre du comité exécutif.

Les nouveaux projets sur la table - dont l'amphithéâtre - sont toutefois conçus en fonction de plusieurs générations de citoyens. La démarche coûte à peine plus cher, selon Chantal Gilbert. «Lorsqu'on construit quelque chose de nouveau, ou que l'on refait une rue - et qu'on y pense au départ -, ça ne coûte presque pas plus cher. Mais quand on doit adapter quelque chose d'existant, là, ça coûte plus cher.»

Pour le chef de l'opposition, la Ville de Québec tarde toutefois à mettre les aînés au coeur de ses actions. «Le discours qu'on a entendu de l'administration Labeaume ces six ou sept dernières années, c'est beaucoup sur les jeunes familles. Moi, j'ai pas entendu beaucoup de volonté, de projets, pour les personnes aînées», déplore Paul Shoiry.

«Les trottoirs étaient impraticables il y a quelques jours. C'est important pour les personnes aînées d'avoir des trottoirs sécuritaires», donne-t-il en exemple. «Et on a vu un virage sur le transport en commun depuis deux ans, où l'on a privilégié les axes express banlieue-centre-ville. À mon avis, on devrait plutôt avoir des circuits d'autobus qui vont faciliter la mobilité des aînés.»

La tâche la plus lourde sera toutefois d'accepter sereinement ce virage. «Il y a beaucoup de travail à faire, ne serait-ce que pour changer les mentalités», avance Paul Shoiry. «Avec le Concorde, la réaction de certains commerçants, du maire et de certains chroniqueurs a démontré clairement qu'on n'est pas ouverts à tenir compte de notre réalité démographique.»

Ville pour tous

Le directeur général du Réseau FADOQ ne veut rien savoir d'une capitale répondant aux besoins des aînés. Il préfère de loin une cité où les installations sont adaptées à tous. «Ce qu'on fait pour les aînés, que ce soit pour les transports, les parcs, ou les autres services, c'est fait pour les jeunes familles. Tout ce qu'un aîné peut faire, un enfant peut le faire. Il faut arrêter de penser que c'est de l'argent pour les aînés qu'on dépense», argumente Dany Prud'homme. «En adaptant le transport pour les aînés ou les personnes à mobilité réduite, on le fait pour les gens avec des poussettes aussi!»

Dans la province, plusieurs villes - dont Québec - ont entamé une réflexion sur le vieillissement de la population et l'urbanisme. Elles font partie du réseau MADA, les Municipalités amies des aînés. Le directeur général de la FADOQ applaudit cette initiative, mais préfère l'appellation anglaise. «Le terme en anglais est plus significatif : age-friendlycities. Ce sont des sociétés adaptées à tous les âges.»

Cinq idées pour rafraîchir la ville pour les aînés

Des habitations plus denses, loin des quartiers centraux La prochaine vague de personnes âgées sera surtout dans les banlieues. Et ces résidents ne souhaitent pas pour la plupart quitter leur quartier, auquel ils sont attachés. La densité urbaine facilite également les soins à domicile en limitant les déplacements des infirmières d'une maison à l'autre.

Des «trottoirs» peints sur la chaussée Beaucoup de banlieues de Québec sont pauvres en trottoirs. Or, les personnes âgées auront de plus en plus besoin de trottoirs, pour des raisons de sécurité. Pour éviter des coûts de rattrapage astronomiques, des urbanistes suggèrent de tracer des bandes pour piétons dans les rues, à l'image des bandes cyclables.

Passages pour piétons plus longs Le système de feu piéton exclusif de Québec procure un sentiment de sécurité aux aînés... lorsqu'ils ont le temps de traverser la rue. Certains feux piétons, pensés pour une population plus jeune, sont trop courts pour des personnes âgées. Leur durée devra être allongée. Mais cela aura des conséquences sur la fluidité de la circulation automobile.

Circuits plus locaux des autobus Beaucoup de circuits d'autobus, dont les express et les Métrobus, conviennent davantage aux travailleurs et aux étudiants. Du matin au soir, de la banlieue au centre-ville. Or, les personnes à la retraite auront besoin de circuits plus courts, plus locaux, en concordance avec leurs habitudes de quartier. Et pas nécessairement aux heures de pointe.

Installer des bancs de rue Les aînés comptent rester actifs et dynamiques. Mais pour une population vieillissante, des bancs sont parfois incontournables. En installant des bancs le long des rues - au lieu de les concentrer dans les parcs -, les villes favoriseraient la marche active en permettant une pause au milieu des courses, plaident des urbanistes.

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer