Une femme voilée invectivée en plein centre commercial

Pendant que des milliers de personnes manifestent dans... (Photo La Presse Canadienne)

Agrandir

Pendant que des milliers de personnes manifestent dans les rues de Montréal, Québec a connu cette semaine des incidents racistes.

Photo La Presse Canadienne

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) «Dites à votre mari de vous acheter un foulard Gucci!» «Changez donc de religion!» Badia Senouci, une musulmane vivant à Québec depuis plus de 10 ans, peine à croire que deux femmes l'ont invectivée de la sorte il y a deux semaines, et que l'une d'elles a frappé son fils et lui a craché au visage.

Badia Senouci a fait le choix de porter le voile islamique. Depuis son arrivée au Québec il y a 14 ans, l'Algérienne d'origine n'avait jamais été la cible de remarques ou de propos «haineux». C'est pourtant arrivé deux fois en l'espace de quelques minutes, alors que s'éveillait le débat sur la charte des valeurs québécoises du gouvernement Marois.

Tout a commencé à un feu rouge. Mme Senouci était assise dans sa voiture lorsqu'une femme lui a demandé pourquoi son mari ne portait pas de foulard lui aussi, l'invitant à lui réclamer «un foulard Gucci» à la place. Elle a répondu poliment et continué son chemin jusqu'à Laurier Québec avec son mari et son fils de 18 ans. Sur place, une dame lui a conseillé de «changer de religion», en plus de la talonner sur son choix de porter le voile. «En tout cas, le gouvernement va vous forcer à l'enlever!» lui a-t-elle lancé.

Bouche bée

Le fils du couple a demandé à la dame si elle avait un problème. Sa réponse a été de lui cracher au visage. Puis de le frapper avec son sac à main. «Je suis restée bouche bée», raconte Mme Senouci, rencontrée à son domicile de Duberger. Son mari, Abdelmalek Mansouri, s'est alors interposé, ce qui lui a valu de nouveaux coups de sac à main de la dame. Celle-ci, voyant qu'elle attirait les regards, a feint une chute au sol, selon les Mansouri-Senouci. Les agents de sécurité du centre commercial ont accouru pour secourir la femme qui se disait victime de la famille musulmane face à elle.

Les Mansouri-Senouci sont restés secoués depuis ce jour. «Ce qu'on déplore, c'est l'acte haineux, le crachat. C'est humiliant», dit Mme Senouci.

Abdelmalek Mansouri, un informaticien au ministère des Transports du Québec, avoue avoir demandé du soutien psychologique à son travail. Il a du mal à dormir, car il repasse dans sa tête les regards qui l'ont suivi jusqu'à la voiture de police ce jour-là. À côté, son agresseuse alléguée était conduite à une ambulance. «C'est comme si nous étions les coupables, alors qu'on a été les victimes!» clame-t-il.

Les policiers l'ont finalement relâché en prenant connaissance de la scène captée par les caméras de surveillance. Et la dame a retiré sa plainte.

Mais le couple Mansouri-Senouci attend toujours des excuses de la femme. «On veut qu'elle soit consciente que ce qu'elle a fait à ma femme et à mon fils, c'est inacceptable», affirme M. Mansouri. Il explique avoir déposé cette semaine une plainte à la police et attend de voir si un procureur déposera une accusation contre elle.

«De la faute à Marois»

«Cette dame-là, c'est une ignorante. C'est de la faute à Marois», lâche Badia Senouci.

«Tout ça a commencé avec le dossier de la charte, poursuit son mari. Une charte contre les valeurs humaines.»

Depuis l'altercation, les parents de quatre enfants se disent «stressés» et «moins à l'aise» en public. Ils ont perçu un «changement radical» dans le regard des autres. «Le climat est devenu tendu», résument-ils. Leur fils, qui a assisté à la scène, est devenu un abonné des bulletins télévisés et suit tout ce qui se dit sur la charte des valeurs. «Il ne dort pas jusqu'à ce qu'il regarde les informations», remarque sa mère.

«Quand on est venus ici, c'était pour nos enfants. On voulait un vrai pays libre. On avait vu les publicités du Canada qui parlaient d'une société de droit, où il n'y avait pas de racisme. Maintenant, j'ai des questionnements», avance Badia Senouci.

La femme de 47 ans tient une garderie en milieu familial, mais ne porte pas son voile devant les enfants. Seulement lorsque les parents viennent lui confier leur bambin.

Mme Senouci porte le voile «par choix» et précise qu'elle ne «fait pas la propagande de l'islam». «On est libre de choisir ce qu'on veut, notre religion, ça fait partie de notre identité», exprime-t-elle. «On s'est intégré, on travaille, on paye nos impôts. Maintenant, on nous dit que l'identité, ce n'est pas ça. C'est illogique.»

Partager

lapresse.ca vous suggère

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer