Conférence de Québec de 1943: le point sur le J

La Conférence de Québec, en août 1943, avait... (Archives Le Soleil)

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La Conférence de Québec, en août 1943, avait planté les premiers jalons du débarquement en Europe, lors de la Seconde Guerre mondiale. On reconnaît à l'avant-plan, le président américain Franklin D. Roosevelt et le gouverneur général, le comte d'Athlone. Debout: le premier ministre canadien Mackenzie King et le premier ministre britannique Winston Churchill.

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(Québec) La rencontre historique avait réuni dans la capitale, il y a exactement 70 ans, le premier ministre britannique Winston Churchill et le président américain Franklin D. Roosevelt, accompagnés de leurs états-majors. Ils ont planté, au Château Frontenac et à la Citadelle, les premiers jalons du débarquement en Europe pour défaire les troupes allemandes et italiennes durant la Seconde Guerre mondiale. L'histoire a retenu que la mise à exécution du plan a permis de reprendre le momentum et de défaire Mussolini, puis Hitler.

Vous avez été nombreux à joindre Le Soleil à la suite de la publication d'articles relatant le sommet militaire qui a émoustillé la capitale québécoise. Vous avez surtout été très nombreux à communiquer avec nous pour nous raconter la VRAIE version de l'anecdote sur le sauvetage du jour J. Faute de pouvoir départager les témoignages hors de tout doute, voici trois versions... toutes appuyées par des «preuves» et de nouveaux détails d'intérêt. Et s'il y avait plus d'un héros? Et si chacun avait récupéré divers documents importants, sans que ce soit nécessairement le plan exact du jour J? Avec les années, les trois protagonistes sont décédés. Et les mémoires des survivants s'étiolent...

Émile Couture Soldat

Si notre quête était un concours de popularité, le militaire Émile Couture serait vainqueur haut la main. Émile Couture est le héros le plus connu des trois prospects. Des médias américains et canadiens l'ont célébré.

«Je suis la fille d'Émile Couture et je peux vous assurer que nous connaissons la vraie histoire», nous a écrit Andrée Couture, de Québec. Son père, soldat affecté à la papeterie durant la Conférence de Québec, aurait retrouvé les documents classés ultrasecrets. «J'ai en ma possession le coupe-papier personnel de Winston Churchill [en cuir avec son nom en lettres d'or] qu'il a utilisé lors de la Conférence de Québec et qui fut remis à mon père quelques années plus tard.»

Sa mère nous a aussi joints : «J'ai été l'épouse d'Émile Couture et j'ai toujours su la vraie histoire», renchérit Georgette Couture. Elle jure avoir en main tous les documents attestant de l'exploit. Dont une décoration : la British Empire Medal. Mme Couture n'avait toutefois que 12, 13 ans, en 1943. Elle ne connaissait donc pas encore son futur mari. Elle nous relate donc la version défendue par les documents conservés par son mari avant son décès.

Fernande Dundon, d'un âge vénérable, corrobore, au téléphone. En 1943, elle a travaillé avec M. Couture dans l'édifice du bureau de poste installé à deux pas du Château Frontenac, se remémore-t-elle. Le soldat avait le mandat, avec une équipe, de ramasser et de détruire tous les documents laissés à la traîne dans l'hôtel après la Conférence, certifie-t-elle. Sa découverte aurait créé un tel branle-bas de combat que Churchill, parti à la pêche, aurait été rappelé à Québec d'urgence.

Lise Lamonde, de Thetford Mines, aussi convaincue du rôle joué par M. Couture, ajoute un peu de piment. Après l'armée, Émile Couture, un «très bel homme», s'est installé à Thetford, où il a été prospère en affaires. Ses talents avec les dollars lui auraient permis d'aider le hockeyeur Jean Béliveau, qui a marié sa soeur Élise Couture...

Frank Brittle Groom

En 1993, Le Soleil soulignait le 50e anniversaire de la tenue de la première Conférence de Québec. La défunte femme de Frank Brittle, Lucienne Normand, témoignait alors des événements singuliers dans les pages du Soleil. Son conjoint, chasseur à l'hôtel, serait le sauveur du jour J. «Mon mari avait à passer les journaux et à livrer les messages. Il a trouvé une enveloppe non scellée. Il l'ouvrit.

Celle-ci contenait des plans codés. Il remit les plans. Quelques années plus tard, il a appris d'un officier américain que ces plans étaient de la plus haute importance, qu'ils étaient une réplique codée des plans du débarquement de Normandie», avait-elle raconté. «Il me disait souvent qu'il ne pouvait pas parler, que c'était top secret. Il respectait la consigne des employés du Château envers les clients : "Vous êtes aveugles, sourds, muets", leur disait-on.»

Aujourd'hui, leur fils Norman Brittle est toujours aussi convaincu de la véracité de cette version. «En 2006, ma mère a été reçue [à Québec] par une des petites-filles de Churchill en guise de remerciement», assure-t-il. Nous avons justement correspondu avec l'une d'elles, Celia Sandys, qui est de surcroît spécialiste de l'histoire de sa famille : elle ne peut corroborer ni infirmer; elle souligne néanmoins qu'elle n'a jamais visité Québec.

Malheureusement, les parents Brittle, aujourd'hui décédés, ne peuvent plus nous éclairer. Le clan Brittle aurait néanmoins conservé une médaille et des documents pour attester cette version, dit le fils.

Le Château Frontenac s'est rangé dans le camp des Brittle. Pour souligner le 60e anniversaire de la Conférence de Québec, en 2003, on a affiché une photo du groom et le récit de son présumé exploit à la porte du salon Rose, là où les plus importantes décisions auraient été prises en 1943. Avis aux amateurs, le document y est toujours exposé.

Dominique Boulay Sergent-major

Décidément, on se bouscule au portillon de la gloire. L'officier Dominique Boulay était sergent-major durant les deux conférences Roosevelt-Churchill, fait valoir son petit-fils Jean-Yves Boulay, de Trois-Rivières. Des coupures de presse d'époque (non identifiées) qu'il nous a envoyées indiquent que Dominique Boulay était de garde à la Garnison de Québec (Citadelle) en 1943. Et l'article d'ajouter : «Durant la première Conférence, il a localisé et retourné aux bonnes personnes des documents importants - [c'est-à-dire] un brouillon du plan allié pour envahir l'Europe. [...] Pour cet acte, il a reçu hier la médaille de l'Empire britannique.» Le descendant Boulay conserverait toujours la distinction en souvenir du patriarche.

La clé de l'énigme?

Le mot de la fin appartient au major Michel Gagné, retraité du Royal 22e Régiment. Peut-être détient-il la clé de l'énigme. Selon lui, le mérite d'Émile Couture ne fait aucun doute, celui-ci ayant été décoré de la médaille de l'Empire britannique quatre jours après le débarquement de Normandie pour avoir récupéré des documents vitaux dans une chambre du Château Frontenac. «Cependant, certains commentaires s'appliquent : lorsqu'un sous-officier reçoit une tâche, cela ne veut pas dire qu'il doit la faire lui-même. Il est là pour la faire exécuter et s'assurer que cela se fasse selon les exigences. Puisque l'armée avait pris le plein contrôle du Château Frontenac, il est donc plausible que le dénommé Frank Brittle ait été sous les ordres de Couture et qu'il ait été celui qui a mis la main en premier sur les documents en question.» Quant à Dominique Boulay, il est probable qu'il ait été un supérieur de M. Couture et qu'une part du mérite ait rejailli sur lui...

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