Un Allemand redécouvre son père, sauvé par un Québécois en 1944

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Hartmut Maier, en compagnie de Gaston Déry, fils du commandant Stanislas qui avait sauvé la vie de son père en 1944 durant la Seconde Guerre mondiale. Une gerbe de fleurs a été déposée mercredi par M. Maier devant les effets personnels de M. Déry au Musée naval de Québec.

Le Soleil, Pascal Ratthé

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Annie Mathieu est journaliste surnuméraire au Soleil.
Annie Mathieu
Le Soleil

(Québec) C'est tout à fait par hasard qu'Hartmut Maier a entendu parler, il y a un an, de l'histoire invraisemblable du jeune commandant québécois Stanislas Déry qui a sauvé la vie de 54 sous-mariniers nazis en 1944. Lorsqu'il a su que son père était l'un des rescapés, le juge allemand a eu toute une surprise.

C'est en voyant cette photo de l'équipage de... (Photo fournie par le Musée naval de Québec) - image 1.0

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C'est en voyant cette photo de l'équipage de la corvette St-Thomas qu'Hartmut Maier a reconnu son père Edmund grâce à sa silhouette.

Photo fournie par le Musée naval de Québec

Edmund Maier n'a jamais raconté en détail ce qui lui est arrivé pendant la guerre. «Il était incapable de parler de ces choses-là», témoigne son fils âgé de 60 ans, qui a fait le voyage de Münster pour rendre hommage au sauveur de son père. Il a fallu qu'un ami lui demande s'il connaissait les qualités techniques des sous-marins U-Boat pour que le passé refasse surface. 

En fouillant sur Internet pour trouver des informations sur les appareils allemands, Hartmut Maier a sursauté en voyant une photo de l'équipage de la corvette St-Thomas appartenant à la marine canadienne. Le cliché était hébergé sur le site du Musée naval de Québec, qui relate comment le commandant Déry a donné l'ordre à ses hommes de ne pas tirer sur leurs ennemis nageant dans l'eau glacée après que leur sous-marin eut été torpillé. 

«J'ai reconnu la silhouette de mon père», explique le fils qui a le même profil particulier. Après avoir baissé leurs armes, les Canadiens ont jeté les filets à l'eau pour inviter les sous-

mariniers en détresse à monter à bord. Stanislas Déry a lui-même documenté les quelques jours où Allemands et Canadiens ont oublié le conflit qui les opposait pour fraterniser au milieu de l'océan Atlantique. 

Pour en avoir le coeur vraiment net, Hartmut Maier a tout de même demandé à la direction du Musée d'avoir une copie de l'image où semblait figurer son paternel. L'homme à droite coiffé d'une tuque noire et regardant à l'horizon était bel et bien Edmund Maier. «Cela a ouvert une merveilleuse boîte à miracles», relate le magistrat, encore épaté de sa trouvaille. 

Nouvelle amitié

De fil en aiguille, il a mis la main sur le livre Ne tirez pas! de Jean-Louis Morgan et Linda Sinclair, puis visionné le documentaire d'Alain Stanké qui racontent tous deux l'histoire de la rencontre improbable entre les deux équipages. M. Maier a ainsi découvert que Stanislas Déry avait eu un garçon, Gaston, et que ce dernier demeurait à Québec. La correspondance entre ces deux fils de vétérans de la Seconde Guerre mondiale a donné rapidement naissance à une amitié. 

«C'est grâce à son père si je suis ici aujourd'hui», lance, ému, Hartmut Maier devant Gaston Déry, tout aussi remué. C'est qu'Edmund Maier avait déjà confié à son fils avoir choisi le fond de l'eau plutôt que le front terrestre puisqu'on y mourrait beaucoup plus vite. La gerbe de fleurs déposée mercredi par l'Allemand devant les effets personnels de Stanislas Déry au Musée rend un hommage posthume à l'homme qui a non seulement sauvé, mais aussi multiplié des vies. «J'ai deux fils et je vais bientôt être grand-père», illustre fièrement le magistrat. 

«La décision qu'a prise mon père sans réfléchir a toujours un impact aujourd'hui», renchérit Gaston Déry, qui entretient aussi une relation avec les enfants du commandant du sous-marin allemand, Peter Heisig, décédé en 2011. 

Les deux hommes promettent non seulement de se revoir en Allemagne, mais également de continuer à raconter l'incroyable histoire de leurs pères pour qu'elle aussi demeure bien vivante des deux côtés de l'océan qui les a réunit.

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