Les détails du patrimoine génétique métissé des Québécois

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(Québec) Les Québécois d'origine européenne doivent entre 1 et 2 % de leur patrimoine génétique aux Amérindiens, révèle une étude récente qui a quantifié pour la toute première fois le «mélange» historique qui est survenu entre les Canadiens français et les premiers habitants du pays. Cela peut paraître peu, mais c'est environ deux fois plus que ce que montrent les registres généalogiques.

Publiée ce mois-ci dans la revue savante PLoS-ONE, l'étude est basée sur le génome de 205 personnes de différentes régions du Québec. Les auteurs, menés par la bio-informaticienne de l'hôpital Sainte-Justine Claudia Moreau et par le chercheur de l'Université de Montréal Damian Labuda, ont utilisé trois méthodes différentes pour comparer les séquences recueillies avec celles de deux banques de données génétiques - l'une pour l'Europe, et l'autre conservant le génome de 52 autochtones d'Amérique du Nord.

Résultats: selon le mode de comparaison retenue, les Amérindiens compteraient en moyenne pour 0,8 à 2,1 % du génome des Québécois d'ascendance européenne, mais le portrait change un brin d'une région à l'autre.

Ainsi, la région de Québec serait une des moins métissées (0,5 à 1,8 %), loin derrière des régions connues pour leur métissage, comme la Gaspésie (1,7 à 2,8 % chez les francophones là-bas) et la Côte-Nord (1,4 à 2,4 %), notamment. Soulignons cependant la faible taille des sous-échantillons régionaux, composés d'une vingtaine de personnes chacun.

Homogénéité génétique

Par comparaison, des travaux récents auxquels M. Labuda et Mme Moreau ont participé, fondés sur des archives généalogiques et de l'ADN mitochondrial (transmis de mère en fille), ont conclu qu'environ les deux tiers des Québécois avaient des gènes amérindiens, mais que ceux-ci ne comptaient en moyenne que pour moins de 1 % au Saguenay-Lac-Saint-Jean et à Montréal, et «à peine plus de 1 % sur la Côte-Nord et en Gaspésie».

Selon M. Labuda, ces résultats démontrent que l'homogénéité génétique des habitants de la Nouvelle-France et de leurs descendants n'était pas aussi grande qu'on le croit.

Le célèbre «effet fondateur», par lequel un nombre restreint de colons laisse durablement sa marque sur la génétique d'une population, et la fréquence plus élevée de certaines maladies génétiques au Québec peuvent laisser croire à une grande homogénéité - qui a d'ailleurs été présumée dans plusieurs études en santé -, mais «à vrai dire, signale le chercheur, la Nouvelle-France a été colonisée par un assez grand nombre de gens.

Sous-estimer la présence des Amérindiens

On parle d'environ 8500 personnes qui ont laissé des enfants ici, en incluant les retours d'Acadiens», et un apport autochtone que l'on sait désormais un peu plus fort qu'on le pensait.

Par ailleurs, le spécialiste de l'histoire amérindienne Denys Delâge ne s'étonne pas de ce que les registres généalogiques semblent sous-estimer la présence des Amérindiens. «Ces archives-là sont recueillies par des religieux et à des fins de légitimité religieuse, alors la nationalité n'avait pas beaucoup d'importance», dit-il.

Le gros du métissage entre les Amérindiens et les Canadiens français (ou du moins, leurs ancêtres), précise-t-il, ne s'est pas produit dans la vallée du Saint-Laurent mais bien dans la région des Grands Lacs.

À l'époque de la traite des fourrures, se rendre là-bas ne leur permettait pas seulement de gagner leur croûte, mais aussi de trouver une épouse - un bel avantage dans une Nouvelle-France où le ratio hommes-femmes était très débalancé.

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