La «chaise musicale» du 1er juillet bien établie

La formule de la «journée du déménagement» est... (Photo Le Soleil, Patrice Laroche)

Agrandir

La formule de la «journée du déménagement» est notamment avantageuse pour les propriétaires, puisqu'une date uniforme crée une plus forte demande pour les logements.

Photo Le Soleil, Patrice Laroche

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Plusieurs ont beau se plaindre des prix élevés des entreprises de déménagement le 1er juillet et des complications qu'amène le fait de devoir conjuguer son déménagement avec celui de l'ancien ou du futur locataire, la tradition toute québécoise qui fait que 75 % des gens déménagent la même journée ne semble pas près de mourir. Pourquoi? Parce que les propriétaires, et même certains locataires, le veulent ainsi.

En effet, même si la loi ne prescrit aucune date de début et de fin des baux au Québec, plusieurs propriétaires tiennent mordicus à un bail du 1er juillet au 30 juin, même si, ailleurs au Canada, les dates de début et de fin des baux sont davantage étalées sur l'année. Ainsi, quand un locataire loue son logement en mars, plusieurs propriétaires seront tentés d'ajouter trois mois au premier bail afin qu'il prenne fin le 1er juillet. 

«Le 1er juillet, c'est un jeu de chaises musicales, et il faut que tout le monde joue en même temps et au son de la même musique. Les proprios aiment qu'il y ait une date uniforme, car ça crée une plus forte demande pour leurs logements», explique le directeur des affaires publiques de la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec, Hans Brouillette.

Même du côté des associations de locataires, on laisse entendre que la formule de la «journée du déménagement» aurait des avantages. «Nous savons que c'est plus cher de déménager le 1er juillet qu'en mars ou en avril, cependant, il y a aussi un côté pratique pour les locataires et les propriétaires, notamment le fait que les enfants aient fini l'école à cette date», explique France Émond, porte-parole du Regroupement des comités de logement et associations de locataires du Québec.

Pénurie moindre

Mme Émond précise que le phénomène de pénurie de logements n'est plus aussi dramatique qu'il y a 3 ou 4 ans, quand plusieurs familles se retrouvaient à la rue après le 1er juillet. «La crise du logement existe encore, mais elle est plus cachée. N'oublions pas non plus que seulement 13 % des gens déménagent, alors que ça a déjà été 50 % dans les années 90.»

Tant M. Brouillette que Mme Émond mentionnent aussi le fait que le 1er juillet est, avec le Jour de l'an, le seul premier jour du mois à être férié comme un autre avantage de cette date, puisque la plupart des baux débutent le premier du mois

La «tradition» de déménager à une date fixe au Québec remonte à près de 150 ans, dans le Code civil du Bas-Canada de 1866, qui stipulait que tous les baux devaient s'étaler du

1er mai au 30 avril. 

En 1974, les lois imposant une durée aux baux ont été abrogées par le gouvernement de Robert Bourassa, mais tous les baux existants ont en même temps été prolongés automatiquement de deux mois, jusqu'au 30 juin, ce qui est à l'origine de la tradition que l'on connaît aujourd'hui.

«Sage» procédure

L'historien Yvon Desloges, auteur du livre Une ville de locataires: Québec au XVIIIe siècle, rappelle que les lois qui ont mené au passage du 1er mai au 1er juillet comme journée du déménagement avaient justement été votées pour éviter les imbroglios autour de la fréquentation scolaire des enfants. 

«Je crois qu'il est sage de procéder de cette façon-là, quoiqu'il faudrait peut-être changer la date si jamais le Québec adoptait un calendrier scolaire qui s'étend sur plus longtemps, comme on le voit en Alberta», indique-t-il.

M. Desloges rappelle d'ailleurs qu'au XVIIIe siècle, les baux s'étalaient normalement sur trois ans dans la capitale, et que les gens restaient rarement plus d'un bail ou deux. «Ça peut expliquer pourquoi, traditionnellement, on a la bougeotte. Même les commerçants et les artisans déménageaient souvent, car ils avaient majoritairement de petits commerces qui leur permettaient de le faire facilement.»

Une tradition disparue à New York

Si le Québec fait cavalier seul aujourd'hui avec sa «journée du déménagement», tel n'a pas toujours été le cas. La ville de New York a aussi déjà eu la sienne, de la période coloniale jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale, alors qu'un million de personnes déménageaient en même temps dans le chaos le plus total.

Une loi décrétée par la législature de l'état de New York avait fixé au 1er mai la date de début des baux. Cette date est demeurée la journée du déménagement jusqu'à la fin du XIXe siècle, quand une seconde date a été ajoutée, le 1er octobre, et est finalement venue supplanter celle du 1er mai au XXe siècle.

Il aura fallu le début de la Deuxième Guerre mondiale, alors que la majorité des employés des compagnies de déménagement avaient été appelés à combattre outre-mer, pour mettre fin à la pratique. La pénurie de logements provoquée par le retour massif des militaires après la guerre et les lois régissant les loyers ont terminé le travail, mettant fin pour de bon à la journée du déménagement dans la «Big Apple».

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer