Le Québec modèle d'une bonne laïcité pour la Turquie

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Ozdemir Ergin (à droite) et son compatriote Cemal Senturk sont venus expliquer au Soleil les raisons des manifestations en Turquie.

Le Soleil, Jocelyn Bernier

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Marie-Pierre Cayer
Le Soleil

(Québec) Le Québec serait un modèle d'une bonne laïcité, un idéal que la Turquie devrait calquer, selon Ozdemir Ergin, doctorant d'origine turque. Le débat sur les accommodements raisonnables qui a eu lieu au Québec serait en fait la clé pour apaiser les tensions populaires se déroulant dans son pays d'origine.

Ozdemir Ergin est venu il y a cinq ans pour étudier le modèle de laïcité du Québec. Il y a vu le meilleur: une nation ouverte aux minorités, mais désireuse de conserver son identité culturelle et religieuse.

«Je suis venu voir comment la liberté de conscience est gérée au Québec», explique le doctorant, l'un des quelque 80 membres de la communauté turque de la capitale. C'est principalement son inquiétude par rapport à la dérive autoritaire du gouvernement qui le pousse à s'exprimer sur la question. «Il faut être solidaire et avoir du respect pour les droits fondamentaux», insiste-t-il à la suite des manifestations qui touchent son pays depuis le 29 mai.

Selon lui, les tensions en Turquie sont causées entre autres par une forme de laïcité trop rigide, qui ne laisse pas de place aux minorités culturelles et religieuses. Il croit également que la seule façon de sortir de la crise sociale actuelle, et d'en prévenir d'autre, est «de ne pas prendre à la légère l'avertissement du parc Gezi» (ndlr, l'endroit de rassemblement des manifestants à Istanbul) et de dialoguer avec les citoyens.

À l'aube d'une nouvelle constitution, M. Ergin lance que celle-ci doit «être inclusive et participative. Sinon ce grand pays multiethnique, multiconfessionnel et aux différentes visions du monde non religieuses risque de patauger dans des difficultés philosophiques, mais également humaines».

Né en Turquie et élevé en France, il se dit aussi «ému face à la mobilisation de la jeunesse turque, et face à la coopération de la diversité des citoyens pour réclamer plus de respect» de la part du gouvernement du premier ministre Recep Tayyip Erdogan.

Les jeunes ne veulent plus se faire dicter comment vivre. Il compare aussi le soulèvement de son peuple à celui survenu lors du «printemps érable». «C'est un mouvement très semblable, lance-t-il. La nouvelle force politique qui a pris la parole d'une manière inattendue.» En majorité sans parti affilié et humaniste, la nouvelle génération souhaite avoir un gouvernement libéral et environnementaliste.

Tradition de rigidité

«La France et la Turquie ont des modèles de laïcité assez rigides. On ne veut pas accommoder, ils tiennent trop au concept de la nation unitaire et selon ces pays, il ne faut pas accommoder les minorités», retient-il de son héritage franco-turc. L'universitaire avance également que le gouvernement grignote petit à petit sur les libertés fondamentales. «Il y a ce projet de règlement sur le droit de s'embrasser en public, ce projet de loi contre l'adultère et un autre qui suggère de n'avoir pas plus de trois enfants qui prouvent l'autoritarisme du gouvernement. Ce sont des suggestions trop insistantes», soulève-t-il.

Mais selon ses études, la laïcité doit être ouverte par définition. Ainsi, l'atteinte de la parfaite séparation entre l'Église et l'État doit être le moyen pour accéder à la liberté de conscience. La différence entre le Québec et la Turquie, développe-t-il, est que l'objectif de l'un est le moyen de l'autre. «Les Québécois comprennent dans le bon sens. En France, on met la séparation entre l'Église et l'État, comme une finalité alors qu'elle devrait être un moyen pour arriver à la stabilité».

«Notre maladie en Turquie, c'est que nous avons une tradition de rigidité. Quand une voix résonnante manifeste, elle a droit à une réponse brutale au lieu d'être écoutée», s'indigne M.Ergin.

Il poursuit son projet et souhaite faire partie intégrante de l'instauration d'une séparation de l'église et de l'état qui laisse aussi place à une ouverture des minorités, comme celle du Québec.

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