La vie nouvelle des Augustines de Québec

Soeur Lise Tanguay et soeur Nicole Perron dans... (Le Soleil, Steve Deschênes)

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Soeur Lise Tanguay et soeur Nicole Perron dans l'église des Augustines-de-L'Hôtel-Dieu-de-Québec.

Le Soleil, Steve Deschênes

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(Québec) L'agneau pascal en sucre est prêt, les délicates couronnes de rameaux aussi. Pâques approche chez les Augustines. Mais cette année, c'est différent. Pour la première fois en 374 ans, les religieuses célèbrent cette fête alors qu'elles ne sont plus chez elles dans leur monastère en plein coeur des rues grouillantes du Vieux-Québec.

«Pour nous cette année, Pâques prend vraiment une signification spéciale. Ce sera plus intense parce qu'on vit un passage de l'ancien vers le nouveau», illustre avec émotion soeur Lise Tanguay, supérieure au monastère de L'Hôtel-Dieu de Québec. «C'est beaucoup de petites morts, dans notre façon de vivre au monastère, notre façon de faire.»

«Petites morts» parce que l'ensemble immobilier autour duquel le Vieux-Québec a poussé ces derniers siècles vient d'être légué.

Le 14 février, les Augustines ont cédé leurs avoirs dont la valeur frise 100 millions $ à la nouvelle Fiducie du patrimoine culturel des Augustines.

Les Augustines, arrivées en Nouvelle-France en 1639 avant d'ouvrir 12 monastères et hôpitaux au Québec, laissent ainsi des siècles d'archives, leurs terrains, leurs bâtiments et un montant de 5 mil-lions $ pour la suite des choses.

Aussi, 36 millions $ de fonds publics sont injectés dans ce qui deviendra un service d'hôtellerie, un musée et un centre pour garder près de quatre siècles d'archives (lire autre texte). Une véritable mine d'or sur la généalogie, l'histoire de l'art et l'histoire de la santé au Québec.

Une «résurrection»

D'ici 2015, et c'est déjà commencé, le silence du monastère sera donc troublé par celui des camions et des rénovations. Les voiles blancs des soeurs et les casques blancs des entrepreneurs cohabiteront pendant deux ans sur l'imposant chantier qui oblige la fermeture de plusieurs ailes des bâtiments de la rue des Remparts. La fin d'une époque, le début d'une autre.

«Ce lieu qu'on a habité pendant bientôt 375 ans est appelé à être réhabilité, rénové. Il connaîtra une vie nouvelle, c'est l'aspect positif de la situation qu'on vit», poursuit soeur Lise.

Thème pascal oblige, on a envie de parler d'une forme de «résurrection» pour le monastère qui a vécu l'inéluctable déclin des vocations.

Au plus fort, en 1953, on y comptait 230 religieuses cloîtrées. En 1965, le concile de Vatican II a changé la donne. Fini le cloître. Déjà ouverte aux malades et aux pauvres, la communauté s'ouvre davantage au monde extérieur.

Cette année-là, soeur Lise Tanguay avait 21 ans, elle venait de finir son cours d'infirmière. Après avoir enseigné un an comme laïque, elle a fait son entrée chez les Augustines. Elle est arrivée au monastère du Vieux-Québec en 1968, au coeur d'un Québec en changement et en révolution pas si tranquille.

«Quand je suis entrée, nous étions 11 postulantes et je suis la seule qui est restée», raconte-t-elle en entrevue au Soleil dans l'aile «moderne» du monastère, construite en 1958.

Les Augustines ont déjà occupé tout le monastère. Aujourd'hui, elles ne sont plus que 28. Dont douze vivent à l'infirmerie de l'Hôpital général de Québec.

Du cloître au iPhone

Arrivée chez les Augustines en 1955, soeur Nicole Perron a connu l'époque du cloître, elle a vu la communauté vivre en accéléré.

«J'ai connu le cloître, très sévère. Ensuite, l'ouverture en 1965. Et là, maintenant, avec tout ce beau monde qui travaille avec nous, c'est ouvert at large», lance-t-elle en direction de l'archiviste François Rousseau et du jeune responsable des communications et de l'administration de la Fiducie du patrimoine culturel des Augustines, Sébastien Vézina.

Car oui, les temps changent. Une matinée passée au monastère suffit pour mesurer le contraste.

Pendant que soeur Lise Tanguay parle de l'ambiance au monastère, cet endroit où on «entend le silence», elle est interrompue par le son d'un texto qui entre sur son iPhone. Un bidule bien pratique pour la soeur supérieure.

Le contraste, il est au coeur même de ce lieu, à deux pas du brouhaha de la rue Saint-Jean. Comme un îlot de silence dans le macadam.

Soeur Lise rappelle avec une bonne dose d'humour les belles années où les fêtards du Carnaval de Québec envahissaient la rue Saint-Jean.

«Les premières années, la parade était dans le Vieux-Québec. À l'urgence de L'Hôtel-Dieu, on dressait 100 lits de plus», lance-t-elle en allusion à ceux qui abusaient du caribou. «Le soir de la parade, j'entends les flûtes, je disais: "Seigneur, protégez-les!"»

Aujourd'hui, le Carnaval a fait place à d'autres manifestations entre les vieux murs. Le Moulin à images, dans le Vieux-Port. «Je connais la trame sonore par coeur», rigole soeur Lise. L'extravagant Red Bull Crashed Ice «qui ne les dérange pas».

«Ces bruits, c'est un rappel du monde qui nous entoure», poursuit soeur Lise.

Ce monde à qui les Augustines confient maintenant leur passé. Pour, espèrent-elles, mieux préparer l'avenir.

*****

Un kilomètre d'archives

Conscientes de l'histoire, rigoureuses et méthodiques, les soeurs Augustines ont minutieusement conservé leurs archives. Des meubles et des articles religieux, mais aussi une foule de documents touchant la généalogie, l'histoire du Québec et du système de santé, des recettes de médicaments et de plantes médicinales, alouette!

«Mis bout à bout, ça fait plus d'un kilomètre d'archives», illustre François Rousseau, archiviste et historien du monastère de L'Hôtel-Dieu de Québec qui travaille présentement à l'inventaire de la collection. Ce centre d'archives sera accessible aux chercheurs et au public.

Un Musée présentera aussi de précieuses pièces des quelque 40 000 artefacts provenant des 12 monastères-hôpitaux fondés par les Augustines à Québec, mais aussi ailleurs dans la province, notamment en Beauce, en Gaspésie et au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

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