Jour de ravitaillement à L'Isle-aux-Grues

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Annie Morin
Annie Morin
Le Soleil

(L'Isle-aux-Grues) C'était jour de ravitaillement à L'Isle-aux-Grues, mardi. Le traversier Félix-Antoine-Savard a bravé les glaces du fleuve Saint-Laurent afin de livrer les denrées nécessaires aux insulaires pour passer au travers de l'hiver. Sur le pont, de la nourriture, des matériaux de construction, un divan, des vaches et un camion à ordures! Bienvenue à bord.

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Une fois au quai de L'Isle, il y a une fenêtre d'à peine deux heures pour effectuer la livraison et le ramassage.

Le Soleil, Patrice Laroche

C'est la Société des traversiers du Québec (STQ) qui organise depuis 2004 ce voyage pas ordinaire, toujours vers la mi-février. Il permet aux résidants de L'Isle-aux-Grues, seule île de l'archipel du même nom à être habitée à l'année, de faire le plein de marchandises en attendant que le traversier saisonnier reprenne du service.

À cause des glaces, le Grue-des-Îles termine ses allers-retours vers Montmagny autour du 10 décembre, en moyenne, pour reprendre vers la mi-avril. C'est la nature qui donne le signal de départ au printemps: quand la rivière du Sud coule sans entrave au quai de Montmagny, le traversier peut reprendre la mer, ou plutôt le fleuve.

En attendant, les insulaires doivent se rabattre sur l'avion pour rejoindre le continent. Les jeunes d'âge scolaire vivant sur l'île (neuf au primaire et trois au secondaire) le prennent quotidiennement pour aller à l'école sur la terre ferme, comme ils prendraient l'autobus.

Seulement l'avion

Les résidants volent aussi régulièrement pour s'approvisionner en produits frais et autres menus objets. De temps en temps, le transporteur enlève les bancs de l'avion, qui se transforme du coup en cargo, pour ramener des gros morceaux. Pour le reste, il y a le traversier une fois par hiver.

Amarré dans l'estuaire de la rivière Saint-Charles, le Félix-Antoine-Savard a dû être déglacé avant de prendre le large cette semaine. Il a ensuite fait un arrêt à Québec pour embarquer une pelle mécanique qui va déglacer le quai de Saint-Laurent, à l'île d'Orléans. C'est là, au milieu du fleuve, que les marchandises sont chargées pour éviter de retarder le service de navette entre Québec et Lévis. Montent également à bord les invités. Membres de la famille, marins à la retraite, photographe, journaliste, on compte une quarantaine de personnes en incluant les sept membres d'équipage. Le vrai départ est donné à marée haute, vers 15h.

Il faudra deux heures de navigation, 22 milles nautiques ou 45 kilomètres - les marins parlent de «milles de vaches» - pour atteindre L'Isle-aux-Grues. Deux heures de coude à coude avec les glaces, qui vont même nous faire prisonniers pendant quelques minutes, non loin de notre destination.

Vaches et pelle mécanique

Mardi, il y avait 14 automobiles et camionnettes sur le pont à l'aller, en plus du camion à ordures et de la pelle mécanique. Des membres de la famille, voire les insulaires eux-mêmes, les ont remplies de denrées. C'est le cas de Raymond Vézina, dont la fille Lucie habite l'île depuis deux ans et qui a un petit bonhomme d'un an. «Ça en prend des affaires maintenant!» rigolait l'heureux grand-père, dont la camionnette était pleine à ras bord de jus, de couches et de conserves.

Dans les remorques, des matériaux de construction, le nouveau sofa de Joël et six vaches destinées aux quatre fermes toujours en activité sur l'île. Des fermes d'une importance capitale puisque le lait est destiné à la réputée fromagerie de L'Isle-aux-Grues, qui nous donne le Mi-Carême, le Riopelle et du bon cheddar. Pas de moulée cette année, les agriculteurs ont préféré faire leurs provisions à l'automne.

Au retour, un autre transporteur a rapporté 12 vaches de réforme pour l'abattoir et 11 veaux destinés à l'encan qui se tenait mercredi à Saint-Isidore de Beauce.

Gestion des déchets

Impossible d'oublier le camion à ordures, qui a des airs d'éléphant sur le traversier. Les citoyens de Saint-Antoine-de-l'Isle-aux-Grues ont longtemps brûlé leurs déchets au fur et à mesure qu'ils les produisaient. Mais depuis quelques années, ils en font une gestion serrée comme toutes les autres municipalités du Québec.

Sur le quai, une douzaine de conteneurs sont avalés, puis plusieurs autres dispersés sur l'île. Au final, Ghislain Labrecque, des Concassés du Cap, a compacté 10 000 kilogrammes, le maximum que peut contenir son camion. Les matières récupérables, elles, seront transportées au printemps.

Même si la cargaison est plus modeste que les années précédentes, Jean Cantin, ancien directeur de la traverse Québec-Lévis qui fait partie du voyage comme bien des retraités de la STQ, assure que «c'est un service essentiel» pour les gens de l'île. «Ça coupe l'hiver en deux», fait-il remarquer.

La venue du traversier est d'ailleurs un événement social. Tout juste débarqués de l'avion, les écoliers sont transportés au quai en minibus orange pour voir arriver le bateau. Une vingtaine des 130 résidants permanents sont là aussi pour saluer les visiteurs et ramasser leur commande. Pas le temps de traîner, toutefois. Il y a une fenêtre d'à peine deux heures pour effectuer la livraison et le ramassage. Le bateau repart à 19h dans le noir le plus total. Les glaces sont encore plus nombreuses et épaisses qu'à l'aller, mais ne ralentiront pas la course du Félix-Antoine-Savard, qui touchera l'île d'Orléans vers 21h.

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La venue du traversier une fois dans l'hiver est un événement social à l'Isle-aux-Grues. Les écoliers sont transportés au quai en minibus orange pour voir arriver le bateau. Une vingtaine des 130 résidants permanents sont là aussi pour saluer les visiteurs et ramasser leur commande.

Le Soleil, Patrice Laroche

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Les derniers voyages du capitaine Pruneau

C'est le temps des dernières traversées pour Gilles Pruneau, le capitaine le plus expérimenté de la traverse Québec-Lévis. Le 3 juillet, après 43 ans de service, il prendra sa retraite à l'âge de 59 ans. «J'avais pas 16 ans quand j'ai commencé matelot», se rappelle l'homme avec le sourire. Un sourire qui trahit une certaine appréhension. «Aux Fêtes, j'étais pas capable d'en parler», de la retraite, admet-il. Dans ses plus beaux souvenirs, M. Pruneau inclut les feux d'artifice du 1er janvier 2000, lancés à partir d'un traversier au milieu du fleuve, entre Québec et Lévis. Et puis il y a les voyages atypiques comme celui de mardi, où il doit faire des livraisons spéciales ou simplement aller porter un bateau en cale sèche. En attendant, le capitaine partage son savoir avec ses collègues. «Ça s'apprend pas à regarder faire les autres, ce métier-là», dit-il en portant son regard vers le large.

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