Disparition d'enfants: vengeance de parents frustrés

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(Québec) Quoique les rapts par des prédateurs fassent beaucoup plus de bruit médiatique, l'enlèvement des enfants demeure, et de loin, l'affaire d'un parent frustré bien décidé à se venger. Et ils seraient de plus en plus nombreux à fuir vers une contrée lointaine avec les petits, selon le ministère de la Justice du Québec.

Lorsqu'il est question d'enlèvement, on s'imagine une voiture qui rôde, un homme qui offre des bonbons, peut-être une femme un peu louche qui affirme être envoyée par papa et maman pour ramener l'enfant à la maison. Voilà qui pourrait servir de canevas à un scénario tragique pour le cinéma... «Ce genre de kidnapping représente moins de 1 % de tous les signalements [de disparitions] qui sont rapportés aux corps de police», fait toutefois remarquer la directrice générale d'Enfant-Retour Québec, Pina Arcamone.

Voilà d'ailleurs plusieurs années qu'on n'en a pas dénombré, probablement depuis le possible enlèvement de la petite Cédrika Provencher, en 2007, à Trois-Rivières. «Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas eu de prédateurs qui ont abordé des enfants près des écoles, près d'un parc. [Mais] ce sont des cas rares.»

Il s'agit malheureusement des rapts les plus graves. «Souvent, ils sont enlevés par un prédateur pour des sévices sexuels. Souvent, ça ne se termine pas bien. Ça demeure la pire hantise pour une famille», observe Pina Arcamone. Voilà pourquoi ces dossiers sont largement médiatisés: «Le temps est notre ennemi.»

Plus exceptionnelles encore au Québec sont les demandes de rançon en échange d'un enfant séquestré. Le seul événement du genre dont se souvienne Mme Arcamone est survenu peu avant les Fêtes. Un homme a tenté de mettre le grappin sur un garçon, à Montréal, dans le but probable de faire chanter le riche grand-père. Un passant avait toutefois aidé le père à rescaper le rejeton.

Autant de femmes que d'hommes

Vraiment, presque tous les rapts de petits sont l'oeuvre d'un des parents. «Il y a 25 ans, la tendance, c'était les papas qui se vengeaient, prenaient les enfants et partaient. Mais maintenant, c'est moitié-moitié. Il y a autant de femmes que d'hommes», évalue Pina Arcamone. Les femmes jouissent toutefois d'une certaine complaisance, remarque-t-elle. Maman doit agir ainsi pour protéger ses rejetons du père violent, se dit-on. «C'est faux! Autant le père que la mère le fait par vengeance.»

«Il est faux de croire que parce que l'enfant se retrouve avec un parent, il est en sécurité», insiste Pina Arcamone. Le bambin est déraciné, ne voit plus ses amis, sa famille. Il peut devoir changer de nom, vivre en fugitif. Le jeune ne sait plus à quel saint se vouer. «On lui remplit la tête de mensonges. Souvent, l'enlèvement parental laisse des séquelles assez profondes. [...] C'est important d'agir le plus rapidement possible pour retrouver l'enfant.»

À l'autre bout du monde

Plusieurs parents ravisseurs choisissent, de surcroît, l'émigration, histoire de se mettre à l'abri des forces de l'ordre et des tribunaux. «Depuis quelques années, le nombre d'enlèvements internationaux d'enfants augmente», apprend-on dans le site Internet du ministère de la Justice du Québec. «Ce type d'enlèvement se produit généralement lorsque l'un des deux parents s'est vu refuser la garde de l'enfant ou qu'il a peur de la perdre. Il réagit alors en amenant celui-ci dans un autre pays. Ce geste a pour but, d'une part, de priver l'autre parent de l'exercice de son droit de garde ou de visite et, d'autre part, de tenter d'obtenir la garde de son enfant dans un pays étranger.»

Le parent mal intentionné peut assez facilement s'exécuter. Le Canada surveille les voyageurs qui espèrent entrer dans ses frontières, pas ceux qui partent, souligne Pina Arcamone. Une fois à l'autre bout du monde, le ravisseur est généralement hors de portée. «Nous n'avons pas juridiction dans l'autre pays. C'est là que ça devient vraiment compliqué.»

Ce ne sont vraiment pas des dossiers simples, surtout quand papa ou maman est en cause, surtout si les petits ont été amenés à l'étranger. «Dans certains cas d'enlèvements internationaux par un parent, il est possible de localiser les enfants et leurs ravisseurs, mais il n'est pas toujours possible de les ramener au Canada en raison des lois locales, des traités d'extradition, etc.», corrobore une porte-parole de la GRC, Laurence Trottier, par courriel.

La plupart des photos des enfants kidnappés ne sont ainsi pas affichées sur le site Web d'Enfant-Retour Québec. Pourquoi? Parce qu'ils ne sont pas recherchés, explique la directrice générale Pina Arcamone. «Nous savons dans quel pays se trouve l'enfant et on tente de négocier le retour de l'enfant.»

Services limités

Le parent lésé vit alors un calvaire. Il peut certes s'appuyer sur des services étatiques, mais il doit en comprendre les limites. L'Autorité centrale du Québec, au ministère de la Justice, peut participer à la localisation de l'enfant et servir de guide pour l'introduction de procédures judiciaires, par exemple. À Ottawa, les employés des Affaires étrangères aident, quant à eux, à vérifier si un visa et un passeport ont été délivrés au nom de l'enfant, demandent l'intervention du pays où il est retenu, tentent de raisonner le ravisseur.

Personne ne paiera cependant la facture à la place de l'éploré. «Retracer un enfant qui a été enlevé et le ramener au Canada peut coûter très cher», lit-on à ce propos dans Enlèvement international d'enfants. Un guide à l'intention des parents délaissés accessible dans le site www.voyage.gc.ca. Les avocats canadiens et étrangers, les frais juridiques, les voyages dans l'autre pays, l'embauche d'un enquêteur privé, le billet de retour de l'enfant, etc. Toutes des dépenses à assumer.

Et si les enfants rentrent finalement, ce ne sera pas rose, prévient Pina Arcamone. Le parent abandonné rêve d'une réunion heureuse. «Lui s'attend à de grandes retrouvailles, que ce soit le party à l'aéroport. Il peut s'attendre à un enfant hostile. [...] Ce sont des étrangers qui reviennent après quelques années.» Certains étaient bien dans leur vie au bout du monde, veulent conserver leur nouveau nom, parlent une autre langue. «Il faut laisser venir l'enfant à son propre rythme.»

Mieux vaut donc prévenir les coups plutôt que d'attendre qu'il soit trop tard. Ce sera bientôt la relâche scolaire, note Pina Arcamone. Si des parents sont inquiets, craignent que les enfants ne reviennent pas des vacances, elle les invite à communiquer avec Enfant-Retour Québec. Il existe des mesures pour limiter les risques.

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