Vaccination des animaux: un risque légal pour le vétérinaire

L'immunisation devrait être adaptée au style de vie...

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L'immunisation devrait être adaptée au style de vie du chien ou du chat.

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(Québec) Si le vétérinaire espace les rappels des vaccins de base de votre animal de compagnie, il ne lui fait probablement courir aucun risque, mais il se mettrait lui-même en danger... de poursuite!

«C'est pour ça que, dans la profession, on a un peu de variation d'un vétérinaire à l'autre parce que le vétérinaire qui décide de faire ça choisit d'utiliser le vaccin en dehors de la règle d'homologation», souligne la Dre Marie Le Cornec, clinicienne à l'hôpital de la Faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal. Elle y est responsable de la formation des étudiants finissants. «Le vétérinaire n'est pas tenu d'utiliser des produits en dehors des recommandations du fabricant. S'il le fait, il faut qu'il puisse se justifier au niveau légal. Donc, ça se comprend que certains soient frileux.»

La médecine des petits animaux s'apparente à celle des humains, enchaîne la professeure. Les compagnies pharmaceutiques doivent faire la démonstration de la valeur et de l'innocuité des traitements destinés à Minet et à Fido. «Mais, [les manufacturiers] ne devaient pas originellement prouver la durée d'efficacité avant la mise en marché. Ce qui fait que les vaccins, traditionnellement, étaient mis en marché pour un usage d'un an.» D'où l'habitude qui s'est développée de se rendre à son rendez-vous annuel de vaccination.

Au fil des saisons, certains médecins vétérinaires ont toutefois commencé à utiliser les produits hors des délais prescrits par les entreprises. Mais il existe peu d'études fiables réalisées avec un bon échantillonnage afin de confirmer que cette pratique est sécuritaire, remarque Marie Le Cornec.

Alors, les vaccins les plus communs protègent nos toutous durant trois ans, cinq ans, peut-être plus? «Notre protocole de vaccination à l'hôpital vétérinaire de la Faculté est un protocole avec des rappels espacés pour les vaccins de base. [...] Nous, on a suffisamment de données pour nous rendre assez confiants que certains vaccins, on peut les utiliser aux trois ans», répond Mme Le Cornec.

«Il y a certains vaccins que moi, je suis confiante qu'ils sont efficaces pour trois ans», insiste-t-elle. «Dans plusieurs universités, c'est ce qui est enseigné.» La professeure souligne que son institution suit d'ailleurs l'American Animal Hospital Association et l'American Association of Feline Practitioners, qui recommandent une vaccination de base «pas plus souvent qu'aux trois ans».

Et après trois ans? Pourquoi ne pas attendre cinq ans? «On a des études, certaines études, qui nous montrent des taux d'anticorps relativement intéressants pour trois ans. Et pour une population X, même, ça peut aller à cinq ans», reconnaît Mme Le Cornec. Les données scientifiques ne seraient toutefois pas encore étayées.

En attendant, le seul moyen pour le propriétaire d'un chien ou d'un chat d'avoir la certitude que son animal est encore blindé après un quinquennat est donc de payer pour un test d'anticorps... souvent plus cher qu'un rappel de vaccin. On préfère donc souvent piquer le «patient».

Controverse

La Dre Marie Le Cornec concède qu'il peut être difficile pour le client de s'y retrouver. D'autant plus que la question n'est pas réglée au sein de la profession. «Ce n'est pas un sujet qui fait l'unanimité dans la communauté scientifique.» Vrai que le sujet est litigieux; on ne s'est pas battu pour nous aider dans le contexte de ce reportage. Plusieurs personnes nous ont dit être sur leurs gardes depuis la publication d'une enquête sur la vaccination des animaux de compagnie, en 2006, dans Protégez-Vous. Le magazine avait constaté que des vétérinaires distribuaient annuellement la vaccination de base ou qu'ils immunisaient des animaux contre des maladies rares, voire inexistantes dans leur région. Certains interlocuteurs n'ont pas apprécié le traitement.

L'eau a coulé sous les ponts, la profession évolue rapidement, souligne la Dre Marie Le Cornec. Il faut sortir du concept du «rendez-vous de vaccins annuel» et, maintenant, se rendre chez le vétérinaire pour «l'examen annuel de santé», selon elle. «Vendre des vaccins, des piqûres, c'est une approche qui n'est pas souhaitable.» L'immunisation devrait être adaptée au style de vie du chien ou du chat.

Vous pensiez vous en tirer avec une visite tous les trois ans? Ce ne serait pas suffisant pour effectuer un suivi adéquat, au dire de notre interlocutrice. Et même si les principaux vaccins semblent efficients durant quelques années, votre précieux animal pourrait avoir besoin d'autres piqûres, contre la toux de chenil par exemple, qui doivent encore être administrées annuellement...

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