La police de Québec travaille à éviter le profilage racial

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L'image négative de la police que se sont forgée certaines communautés, surtout les réfugiés, joue un rôle dans leur façon d'interagir avec les forces de l'ordre.

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(Québec) La blanche et catholique ville de Québec prend des couleurs. La hausse de l'immigration contraint la police à ajuster ses méthodes pour éviter le profilage racial.

Le nombre d'immigrants dans la capitale a plus que doublé de 2000 à aujourd'hui. Il est passé de 17 000 au tournant du siècle à quelque 42 000 en 2012. Il compte pour un peu plus de 5 % de la population totale. Pendant la même période, le nombre de plaintes en déontologie policière pour profilage racial était en hausse à l'échelle provinciale, surtout à Montréal.

C'est dans ce contexte que la police de Québec a décidé en 2010 de former son effectif à la nouvelle réalité ethnique et aux dangers du profilage racial.

«Quand je suis sorti de l'école en 1993, on ne parlait pas de ça dans nos cours», affirme le sergent Jean-François Vézina, pour illustrer que les communautés issues de l'immigration représentent un sujet d'intérêt relativement récent à intégrer dans la formation des policiers.

Il y a deux ans, il était nommé coordonnateur aux communautés culturelles. Avec un collègue et un ami d'origine sénégalaise, ils ont enseigné aux patrouilleurs et aux enquêteurs la manière d'intervenir auprès des minorités, surtout auprès des nouveaux arrivants.

«C'est plus une réflexion qu'une formation. On a beaucoup parlé de savoir-être», confie le policier. Il prend pour exemple le fait que plusieurs agents, sans intentions malveillantes, ne révèlent pas toujours le motif d'une interpellation. Une lacune qui entraîne des méprises.

«On leur a rappelé qu'ils devaient aviser les gens chaque fois. Comme ça, un individu ne pensera pas qu'il est interpellé parce qu'il est Noir ou Sud-Américain. C'est souvent pour cette raison qu'on accuse les policiers de faire du profilage.»

Lors de cette formation d'une journée, il a été beaucoup question de codes sociaux. «Certains Noirs - selon leurs origines - sont des gens qui gesticulent souvent lorsqu'ils parlent. D'autres ont aussi tendance à être très près de vous lorsqu'ils vous parlent. Il ne faut pas voir ça comme une agression, c'est leur manière d'être. Certains autres vont parler fort, ce n'est pas nécessairement qu'ils sont en colère», raconte celui qui a lui-même dû s'adapter à des différences de comportements lors de missions humanitaires en Haïti.

Il raconte aussi que les membres des communautés musulmanes et asiatiques sont peu enclines à dénoncer certaines situations. «Ce n'est pas nécessairement un manque de collaboration. C'est un trait culturel du fait qu'ils veulent régler les choses à l'intérieur de la famille. Parfois, il est aussi préférable de s'adresser à l'homme en premier parce qu'il est le chef de la famille», relate-t-il.

Mauvaise image

L'image négative de la police que se sont forgée certaines communautés, surtout les réfugiés, joue aussi un rôle dans leur façon d'interagir avec les forces de l'ordre. «Lorsqu'on demande à des gens qui ont été persécutés dans leur pays d'origine leur perception de la police, ils vont dire : "Corruption, violence et inaccessibilité."»

C'est pourquoi le rôle de la police est aussi de mieux se faire connaître auprès d'eux. «À leur arrivée, on les rencontre pour leur expliquer notre travail. On leur parle des lois et règlements, comme le Code criminel, le code de la route et les règlements municipaux.»

Oui, il y a parfois des plaintes pour profilage déposées contre la police. Oui, certaines peuvent être fondées. Mais M. Vézina réfute les allégations qui feraient de la police de Québec une police raciste.

À l'automne 2011, le directeur Michel Desgagné rejetait d'ailleurs les conclusions d'un reportage d'Enquête à Radio-Canada, selon lesquelles certains policiers de Québec faisaient du profilage racial. «Nous, on ne fait pas de profilage racial, on fait du profilage criminel», avait-il rétorqué. Dans ce reportage, il était beaucoup question de la lutte contre les gangs de rue dont les membres sont souvent associés à des groupes ethniques dans la pensée populaire.

M. Vézina assure que la formation a été bien accueillie par les policiers. Le but n'était pas de faire la morale, mais bien de les informer sur la composition sociodémographique de Québec. De cette formation est née une véritable politique d'intervention auprès des communautés culturelles. Cette politique adoptée en décembre par le service de police prône les principes enseignés pour éviter les cas de profilage.

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