Nomophobie, le mal moderne

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Selon le sociologue Gilles Pronovost, le téléphone intelligent «est un outil de communication tellement puissant et instantané que le fait de ne plus pouvoir communiquer peut être une source de stress».

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(Québec) Vous sentez-vous nu, angoissé ou anxieux lorsque vous êtes privé de votre iPhone, de votre BlackBerry, de votre Android ou de votre tablette? C'est pourtant le cas d'une majorité de Québécois, puisque 64 % des utilisateurs de ces canifs suisses des temps modernes souffrent de nomophobie (voir fiche descriptive).

Guillaume Fortier, 28 ans, admet être atteint de ce mal. «C'est quand même pas si pire, là!» s'empresse-t-il de mentionner. Mais «oui, je m'en sers beaucoup pour mon travail. J'ai peur qu'il arrive quelque chose», raconte ce responsable de chantiers de construction. Il avoue dormir avec son iPhone à portée de la main... mais pas trop! «Juste pour dire que ma blonde est plus proche!»

«Le téléphone fait tout, tout, tout. Il sert pour tellement de choses qu'il devient indispensable», poursuit-il. Au point de sortir le iPhone à la salle de bain, comme 77 % des propriétaires de téléphones intelligents? «Tout le temps!» Autres exemples. Hier, il est allé glisser avec les enfants, alors que sa copine travaillait. Avec son téléphone, il a pris des photos pour elle. Pas besoin de trainer la caméra. Pas besoin non plus de trimballer des disques pour écouter de la musique. Il admet aussi qu'il lit moins le journal. «Là, je fais juste suivre le fil de presse sur Twitter, et je lis ce qui m'intéresse.»

Tout ça, «je peux m'en passer, je vais vivre quand même», dit-il. Ce qui l'empêche de dormir, c'est d'être privé de ses courriels, comme cette fois, en vacances dans le Sud, sans connexion Internet dans la chambre. «Je me levais avant ma blonde, à 5h30 du matin, pour aller prendre mes courriels dans le lobby de l'hôtel. Je voulais être sûr que tout était correct, savoir ce qu'il se passe. Avant, c'était facile de décrocher, poursuit Guillaume, mais maintenant qu'on a la possibilité de savoir, c'est difficile de s'en priver.»

«Par le passé, les gens avaient peur de perdre leurs clés, de perdre leur portefeuille», explique la sociologue Catherine Lejealle sur le site français Doctissimo.fr. «Aujourd'hui, on constate un glissement de ces craintes vers le téléphone, qui cristallise toute notre mémoire» avec le carnet d'adresses, l'agenda, l'historique des messages, etc. Et cela, sans compter les «fonctions affectives [qui] sont greffées sur le téléphone».

Un nouvel outil puissant

En effet, «c'est un nouvel outil de communication, de recherche et de contact avec les autres», renchérit le sociologue québécois Gilles Pronovost, professeur émérite à l'Université du Québec à Trois-Rivières. «Ce n'est plus le téléphone [fixe], ce n'est plus la télévision. De plus en plus, on se tourne vers le Web pour avoir de l'information. [Le téléphone intelligent] est un outil de communication tellement puissant et instantané que le fait de ne plus pouvoir communiquer peut être une cause de stress.»

Mais de là à inclure la nomophobie dans la liste des maladies mentales, il y a un pas que M. Pronovost ne franchit pas. «Il n'y a pas de problème de détresse, en tout cas, pas au même niveau» qu'une vraie maladie. L'Homme moderne a 200 000 ans et le iPhone en a cinq, poursuit le sociologue. Inutile de s'énerver, donc. «Progressivement, on va apprendre à vivre avec ça». Et cette évolution passe par deux choses, selon lui : un meilleur encadrement parental et une meilleure éducation scolaire. Il faut d'abord «développer les compétences numériques chez les jeunes», mais aussi leur apprendre à être critique par rapport à cette technologie.

Sa consoeur française Catherine Lejealle va dans le même sens : «À l'heure actuelle, on est en pleine phase de réflexion sur les bonnes normes d'usage. On ne doit pas devenir esclave de son téléphone et on doit être capable de s'aménager des moments sans portable.»

Ou faire comme Guillaume Fortier avec ses amis «qui te tweetent ça dans face» pendant un souper au resto : leur dire directement que le téléphone dérange. Non mais! «On peut-tu avoir une conversation normale comme on avait il y a cinq ans?»

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