Lever de rideau sur la prostitution juvénile

Une pièce de théâtre a été présentée aux... (Photo Le Soleil, Patrice Laroche)

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Une pièce de théâtre a été présentée aux élèves de l'école Samuel-de-Champlain afin de les sensibiliser au phénomène de la prostitution juvénile.

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(Québec) À 15 ans, Camille est tombée amoureuse de Dan, 17 ans. Mais l'adolescente a vite déchanté lorsque celui qu'elle croyait être son ami de coeur est devenu son pimp.

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L'histoire est fictive, mais s'inspire de la réalité. Une réalité mise en scène dans une pièce de théâtre présentée aux jeunes.

Isabelle B. Milot a eu l'idée d'écrire une pièce il y a un peu plus d'un an après avoir entendu des témoignages sur des pratiques sexuelles abusives. Par exemple, le fameux gang bang, une forme de désensibilisation imposée aux jeunes filles, qui doivent faire l'amour avec plusieurs hommes simultanément ou à la suite. «Elles me racontaient leur gang bang, pis elles pleuraient. Ça m'écoeurait.»

À l'époque, Mme Milot était intervenante au Projet intervention prostitution Québec (PIPQ). Le projet d'écriture initial, sous forme de capsule, était destiné aux policiers, travailleurs de centres jeunesse et du milieu de l'éducation pour mieux déterminer les facteurs de risque liés au recrutement. Le scénario a été adapté pour joindre les jeunes, gars comme filles.

«Il y a peu de prévention sur ce sujet-là. Pourtant, ça existe. Il faut en parler comme on parle de la consommation de drogue et d'alcool, de violence, d'intimidation, du suicide», explique Hugues Frigon, psychoéducateur à l'école Samuel-de-Champlain. En 12 ans dans le milieu scolaire, jamais il n'a vu le problème abordé de front de cette manière.

Dans la pièce, Camille s'amourache d'un gars plus vieux qu'elle. Il lui dit qu'elle est belle et la couvre de cadeaux. De fil en aiguille, l'alcool et la drogue entrent en jeu. Puis, Dan demande des faveurs de nature sexuelle pour lui et, enfin, pour satisfaire d'autres personnes, quitte à employer la violence pour la convaincre.

«C'est le pattern le plus connu pour faire du recrutement», souligne M. Frigon. Lorsque vient le temps de parler de prostitution juvénile, l'image des gangs de rue vient en tête. Cependant, certains individus agissent sur une base individuelle et profitent des jeunes filles à leurs seuls fins. C'est pourquoi le psychoéducateur emploie l'expression exploitation sexuelle des mineures.

«Y'a des jeunes qui se promènent avec des belles autos. Les gars gâtent les filles. Ils leur donnent de la consommation [alcool et drogue], les filles tripent [...] Dans un sens plus large, il faut parler de relations amoureuses sécuritaires et respectueuses», précise-t-il.

Le théâtre, un outil ludique

«La force du théâtre, c'est que ce sont des corps en présence, soutient Mme Milot. Les malaises vécus par les comédiens sont sentis dans la salle.» Le Soleil a été à même de constater quelques-uns de ces malaises en entendant rire les élèves de la deuxième à la quatrième secondaire de l'école Samuel-de-Champlain lors de scènes pourtant graves.

Malgré le caractère dramatique du thème abordé, Mme Milot a parsemé la trame de quelques moments d'humour. «Lors de la première présentation, des jeunes qui ont vécu la prostitution m'ont dit que ça aurait pu être plus trash que ça. Elles me disaient : "Y'a des filles qui se suicident, qui restent accrochées aux drogues et qui ont des problèmes de santé mentale." Elles ont raison, mais je voulais laisser une "porte ouverte", garder le lien, l'intérêt des jeunes.»

«Ça fait longtemps que j'attendais un outil comme celui-là.» Catherine Blais est préventionniste dans les écoles pour le PIPQ. La pièce de théâtre est pour elle un moyen de briser la glace. «On cherchait un outil ludique qui peut montrer tous les stades du recrutement. Avec le théâtre, on peut s'imprégner des nuances des techniques de recrutement.»

Elle retournera bientôt dans les classes pour discuter du sujet plus en profondeur. «La réception a été bonne. On a eu de bons commentaires. Pour certains, ça porte à réflexion. La pièce va faire son chemin dans les esprits. En janvier, je vais retourner à l'école pour décortiquer la pièce, sa signification. Et trouver des pistes de solution et de protection.»

Son souhait le plus cher est de pouvoir présenter la pièce dans toutes les écoles de la région. Pour cela, il faut de l'argent. C'est au chapitre financier que se jouera le prochain acte.

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