«Couple maudit de Coleraine»: la suite et ses difficultés

Yves est tombé dans la drogue et la... (Photo collaboration spéciale Ian Bussières)

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Yves est tombé dans la drogue et la boisson après sa sortie du centre d'accueil. Mais il a rencontré sur son chemin un couple qui a cru en lui et donné le coup de main dont il avait besoin.

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(Québec) Entrés dans l'âge adulte après des années de sévices, plusieurs des enfants du couple maudit de Coleraine ont été confrontés à la dure réalité des problèmes financiers, de la drogue et de la criminalité. Quelques-uns d'entre eux s'en sont cependant relativement bien sortis malgré tout, de sorte qu'ils occupent aujourd'hui des emplois et ont fondé leur propre famille.

L'histoire de Mireille est un très bel exemple de résilience. Après avoir été retirée de l'école par ses parents à l'âge de 16 ans, elle a quelques années plus tard occupé un petit travail dans une entreprise de recyclage. «Cet emploi m'a convaincue que je pouvais faire de quoi de moi-même, alors j'ai décidé de retourner à l'école, à l'éducation des adultes. J'ai démarré en secondaire un à l'âge de 31 ans!» raconte-t-elle.

En 17 mois, celle qui était déjà mère de quatre enfants a décroché son diplôme d'études secondaires avec de très bons résultats. «J'ai fini trois jours avant que le cégep ne commence et j'étais déjà inscrite en techniques de comptabilité de gestion, un programme que j'ai complété en quatre ans. J'ai même reçu des bourses pour mes résultats scolaires», lance-t-elle fièrement.

Pas facile

«Même si on a eu une vie difficile, même si on a des enfants, on peut réussir, même si ce n'est pas toujours facile. Il faut relever la tête et arrêter d'être une victime. Il faut foncer», déclare celle qui occupe maintenant un emploi au sein d'un organisme communautaire. Elle avoue toutefois que le fait d'être identifiée comme l'une des enfants du couple de Coleraine lui a souvent nui.

«J'ai habité un petit village où personne ne savait qui j'étais. Ça allait bien, j'étais bien acceptée. Mais un jour, le mot s'est passé que j'étais l'une des filles du fameux couple. Tout d'un coup, personne ne me laissait plus garder ses enfants et ils ne les laissaient plus aller chez moi. Il y en a même un qui a cessé complètement de me parler après l'avoir appris. Pourtant, ce sont mes parents qui ont été trouvés coupables, pas moi!»

Aujourd'hui, Mireille avoue qu'elle serait un peu ambivalente devant une victime qui serait dans une situation semblable à la sienne durant son enfance et son adolescence. «Je lui conseillerais peut-être de porter plainte, mais je lui présenterais les deux côtés de la médaille. Je lui dirais qu'elle doit s'attendre à être jugée, même si elle n'a rien fait.»

Nouvelle famille

«Je suis tombé dans la drogue, la boisson et j'ai fait de la prison après ma sortie du centre d'accueil à 18 ans», avoue Yves. «Ce qui m'a aidé beaucoup, c'est que j'ai rencontré en 1993 un couple de la Beauce qui a cru en moi, qui m'a hébergé et s'est occupé de moi. Avec eux, j'ai enfin pu avoir une vraie vie de famille. Ils m'ont donné le coup de main que ça me prenait.»

Avouant qu'il n'a «même pas une sixième année», Yves se targue de ne s'être jamais apitoyé sur son sort. «À 16 ans, je rêvais d'avoir une grosse famille, une blonde stable, un job stable et une maison», déclarait-il en entrevue au Soleil il y a quelques semaines, entouré de sa conjointe et de leurs enfants avant d'emménager dans leur première maison, dans Lanaudière. Après avoir débuté comme journalier, il occupe aujourd'hui un poste de surintendant dans une entreprise montréalaise.

Quand Yves vit une crise avec l'un de ses enfants, il fait appel aux ressources disponibles au CLSC, car il ne veut surtout pas reproduire ce qu'il a subi quand il était enfant. «La violence envers les enfants, ce n'est pas justifiable. Je ne voudrais pas que survienne une autre situation comme celle que j'ai vécue.»

«Aujourd'hui, j'ai un travail et des enfants», indique pour sa part Solange, qui avait été hospitalisée durant plus d'un an à l'âge de 11 ans en raison des sévices physiques et de la malnutrition dont elle a été victime. Celle qui n'avait pas fréquenté l'école avant d'avoir 12 ans s'est ensuite consacrée sérieusement aux études. À 17 ans, elle avait déjà atteint la quatrième secondaire et, aujourd'hui, elle travaille comme préposée aux bénéficiaires. Elle avoue toutefois être encore affectée psychologiquement, à 48 ans, par les gestes de ses parents. «Les blessures physiques ont peut-être guéri, mais les blessures psychologiques ne partiront peut-être jamais», conclut-elle.

Le père ne s'est jamais repenti

Aujourd'hui cloué à un fauteuil roulant, ayant besoin d'une bombonne d'oxygène pour l'aider à respirer et pesant tout juste 200 livres, le père de famille de Coleraine n'est plus l'ombre du colosse de 400 livres qu'il était il y a 20 ans, quand il a été condamné pour des sévices imposés à ses enfants. Installé dans une résidence pour personnes âgées, l'homme de 69 ans n'aurait cependant jamais exprimé de repentir pour ses crimes passés.

Selon ses enfants, le sexagénaire, qui a refusé de répondre aux questions du Soleil, est aujourd'hui un homme diminué, qui réclame régulièrement de l'aide de ceux qu'il a maltraités. «Il n'a jamais avoué quoi que ce soit, alors il a purgé la totalité de sa peine de huit ans, raconte son fils Yves. En dedans, il avait toujours peur de se faire "piquer" à cause des crimes dont il a été trouvé coupable. Après la mort de ma mère, on a vu qu'il vivait dans un taudis et on l'a sorti de là. Aujourd'hui, il est "magané", il est sur le bord de mourir.»

«Élevés comme ça»

«Leurs peines de prison, mes parents ne les ont pas vécues comme des personnes repentantes. C'était des personnes violentes qui ne s'en rendaient même pas compte, car ils avaient été élevés comme ça. Aujourd'hui, dans la situation à laquelle il est confronté, je pense que mon père va apprendre beaucoup de la vie», commente Marc, qui a hébergé son père durant quelques mois après le décès de sa mère en 2010.

«Quand ma mère est morte, mon père pensait que j'allais m'occuper de lui parce que je suis préposée aux bénéficiaires. Je lui ai demandé s'il s'était occupé de moi quand j'étais jeune. Il n'a jamais exprimé de regret», lance Solange. «L'un de mes frères a essayé de le garder, mais il s'est "tanné" et il l'a placé dans une résidence pour personnes âgées semi-autonomes.»

Nancy dit avoir pardonné à son père, même si celui-ci n'a jamais demandé pardon pour les gestes dont il a été trouvé coupable envers elle. «Je lui parle de temps en temps, mais il ne s'est jamais excusé. Je ne le laisserais pas seul avec mes enfants. Quand je lui parle, il me quête souvent de l'argent ou il demande que je lui achète des DVD, mais je n'ai pas d'argent pour ça. Il me demande aussi d'aller le voir, mais je vis en région éloignée et ça me coûterait trop cher. Je vis d'aide sociale», précise-t-elle.

«Je suis retournée voir ma mère en 2004, mais ça n'a rien donné. Elle n'admettait rien. Je lui ai souhaité de vivre en paix et je lui ai dit que je ne reviendrais plus, explique pour sa part Mireille. Je leur ai offert mon pardon. Au décès de ma mère en 2010, j'ai essayé de parler à mon père à coeur ouvert. Même s'il n'a pas exprimé de regret, j'ai quand même réussi à comprendre certaines choses, qu'il était un fils unique, qu'il s'est ramassé avec 11 enfants et qu'il était dépassé par les événements, le manque d'argent, le stress, la santé mentale de ma mère et les maladies de deux de mes soeurs.»

Malgré tout, au décès de sa mère, Mireille n'aurait pas accepté de prendre son père chez elle. «Même si je lui ai pardonné, ça ne veut pas dire que j'ai confiance en lui.»

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