White Birch: cinq parcours, cinq visions

Francine Gagnon... (Photo Le Soleil, Yan Doublet)

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Francine Gagnon

Photo Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) Que reste-t-il des 600 employés mis à pied en décembre dernier? On entend beaucoup parler des retraités, qui se battent pour leur pension, et du syndicat, qui a travaillé fort à ramener ses membres au travail. Et les autres? Que sont devenus ceux qui ont quitté le navire, en devançant leur retraite, en retournant sur le marché du travail ou en réorientant complètement leur carrière? Les travailleurs de retour à l'usine sont-ils heureux de leur sort? Le Soleil vous présente cinq parcours, cinq visions différentes.

Marc Berlinguette... (Photo Le Soleil, Patrice Laroche) - image 1.0

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Marc Berlinguette

Photo Le Soleil, Patrice Laroche

Francine Gagnon: la fonceuse

- la cinquantaine

- 2 enfants

- 30 ans de service

- agente de secrétariat pour un nouvel employeur

Cela faisait déjà deux ou trois ans que Francine Gagnon et son conjoint mettaient certains projets sur la glace quand le moulin a fermé l'an passé. Ils voyaient le déclin arriver. «On s'est dit qu'il fallait qu'un des deux change de place, question de sécuriser nos revenus.» Comme son conjoint est cadre, c'est elle qui est partie. «J'ai été fidèle à l'entreprise pendant 30 ans. Quand j'ai reçu ma lettre de licenciement, c'est comme si j'avais retrouvé ma liberté. Je n'avais plus à être fidèle à l'usine.» Très vite, elle a regardé les options qui s'offraient à elle. Elle s'est inscrite à une formation d'actualisation en bureautique. «Le timing était bon. J'ai été convoquée par Emploi-Québec juste au bon moment, parce que l'entreprise a annoncé son intention de rouvrir quelques jours plus tard.» En août, on l'a rappelée à l'usine. Elle a dit non. «J'ai longtemps été déchirée, mais je savais que c'était la chose à faire. Les planètes étaient bien enlignées. J'ai sauté dans le train et je n'ai aucun regret.» Papiers White Birch restera pour elle un bon employeur, malgré les dernières années qui ont été moins roses.

Michel Légaré... (Photo Le Soleil, Yan Doublet) - image 2.0

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Michel Légaré

Photo Le Soleil, Yan Doublet

Marc Berlinguette: le serein

- 57 ans

- 2 enfants

- 36 ans de service

- jeune retraité

Marc Berlinguette se doutait bien que l'âge d'or des pâtes et papiers était passé il y a de cela bien longtemps. Quand il a reçu sa lettre de licenciement, en janvier, il était à six mois de la retraite. Deux options s'offraient à lui : soit il devance sa retraite, quitte à assumer les pénalités d'environ 10 % que cela impose, soit il attend patiemment que l'usine rouvre en se croisant les doigts pour qu'il soit rappelé au travail. «Un tien vaut mieux que deux tu l'auras.» Marc a choisi la retraite, parce qu'il n'aime pas vivre dans l'incertitude. Aujourd'hui, il assume pleinement sa décision, même si certains lui disent qu'il aurait sûrement gagné plus à faire un autre six mois à l'usine. Il n'est pas du genre à s'apitoyer sur son sort. Il préfère aller de l'avant. «J'ai marché droit et je me sens intègre. Je me sens mieux dans ma peau que si j'étais dans la peau des Brant. Eux autres, ils sont peut-être millionnaires, mais il y a peut-être 1000 personnes qui veulent leur arracher la tête.» S'il le faut, Marc ira travailler ailleurs pour se créer un petit revenu d'appoint. Mais, pour le moment, il préfère vivre l'instant présent.

Mike Holton... (Photo Le Soleil, Steve Deschênes) - image 3.0

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Mike Holton

Photo Le Soleil, Steve Deschênes

Michel Légaré: le lésé

- 52 ans

- pas d'enfants

- 32 ans de service

- de retour sur une machine à papier

Michel Légaré considère qu'il fait partie de la tranche d'âge de travailleurs qui a le plus écopé dans le conflit de travail. Il estime à 65 % ses pertes de plus de 30 ans de cotisation dans le fonds de pension. «Je me retrouve à 52 ans à devoir reconstruire mes revenus de retraite. Je vais manquer de temps», indique-t-il. Michel a beau se dire qu'il va travailler plus longtemps que prévu, son emploi est trop exigeant pour qu'il continue au-delà de 60 ans. Dès 2013, il va vendre sa maison pour s'acheter un immeuble de logements où il pourra vivre et s'assurer un minimum de revenus pour ses beaux jours. «En ce moment, je gagne 180 $ de moins par semaine, clair. En plus du gel de salaire et de la baisse de 10 %, j'ai baissé d'échelon en raison du remaniement dans l'usine. Je gagnais 33 $ de l'heure et j'en gagne maintenant 25. À 40 heures par semaine moins les déductions, faites le calcul.» L'appel du Nord s'est présenté à lui, mais il est toujours à l'usine... pour l'instant. «Le syndicat nous a dit de ne pas revenir et de laisser notre place à un plus jeune si le coeur n'y était pas. J'y suis toujours.»

Patrick Bisson... (Photo Le Soleil, Caroline Grégoire) - image 4.0

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Patrick Bisson

Photo Le Soleil, Caroline Grégoire

Mike Holton: le persévérant

- 42 ans

- quatre enfants

- 15 ans de service

- nouvellement affecté à la machine à carton

Alors qu'il était en chômage, Mike Holton a passé la plupart de son temps à s'impliquer dans le comité de relance. Il n'a pas vu le temps passer. Le plus dur au cours de cette période a été de dire non à ses enfants. «Parce qu'on a tous des priorités et les priorités changent quand les revenus ne sont pas au rendez-vous.» Il a entre autres vendu ses chevaux, question de se faire un peu de liquidité. En septembre, Mike a été rappelé à l'usine. On avait besoin de lui à la machine à carton. Il y est retourné, mais n'exclut pas de se trouver un nouvel emploi. Il est encore très amer envers l'entreprise. «Ce n'est pas parce qu'on n'aime pas nos emplois qu'on regarde ailleurs, c'est le lien de confiance qui a été coupé. On n'a plus confiance envers le propriétaire qui est en place.» De même, poursuit-il, ce ne sont pas les pertes sur les salaires et sur les fonds de pension qui font le plus mal, c'est d'être toujours sur le qui-vive. Mike travaille sur appel. Sans de nouveaux investissements, il ne donne pas cher de la

survie de l'usine à long terme.

Patrick Bisson: l'entrepreneur

- 34 ans

- un enfant, bientôt deux

- 15 ans de service

- chef chez Aki Sushi au Metro Courville

Patrick Bisson était de ceux qui étaient prêts à retourner au travail dès les premiers votes sur les conventions collectives. «Du moment qu'on a voté oui [en mars], je me voyais rentrer avec ma boîte à lunch le lendemain matin.» Membre de l'équipe incendie, il est resté de garde pendant tout l'arrêt de travail. Mais on ne l'a pas rappelé en août. Encaissant déception après déception, Patrick avait l'impression de se faire niaiser, comme avec une fille en amour. Il a songé à s'inscrire à un cours d'infirmier auxiliaire à l'automne. Il a finalement opté pour les sushis, et il est en voie de se porter acquéreur d'une franchise. «Avant, je pensais investir dans l'immobilier, alors j'économisais de l'argent pour m'acheter un bloc. Mais la fermeture est arrivée plus vite que je pensais et il a fallu que je me revire de bord.» En septembre, l'usine l'a finalement contacté contre toute attente. Il a demandé un moment de réflexion avant de refuser. «Je pense qu'il faut être sorti de ce monde-là pour pouvoir se dire : "J'ai moins de sous, mais câline que je suis bien!"» Même ses anciens collègues lui disent qu'il a bien fait.

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