Âge de la retraite: le temps presse

En évoquant pour la première fois récemment l'idée de hausser l'âge de  la... (Illustration Le Soleil, Alain Chouinard)

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Illustration Le Soleil, Alain Chouinard

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(Québec) En évoquant pour la première fois récemment l'idée de hausser l'âge de la retraite des employés de la Ville de Québec à 67 ans, le maire Régis Labeaume a ravivé un débat qui fait rage partout en Occident. Car partout, les déficits des régimes de retraite explosent. Prêts à rester au boulot plus longtemps pour renflouer les coffres?

Le problème n'est pas nouveau. Pourtant, c'est comme si on n'avait rien vu venir, s'étonne la professeure en finances publiques à l'École nationale d'administration publique (ENAP), Marie-Soleil Tremblay.

«Ce qui me surprend toujours est qu'on attend avant d'agir. Qu'on soit rendus là. Ce n'est pas d'hier qu'on sait que la population va vivre de plus en plus vieux», lance d'entrée de jeu la docteure en comptabilité.

«Ce n'est pas une surprise. Ça fait longtemps que les taux d'intérêt ne sont pas au rendez-vous», poursuit Mme Tremblay.

Devant ce constat, il faut agir, et vite, plaide-t-elle. «Il faudrait rapidement avertir les gens et rapidement prendre des dispositions pour éviter que les gens continuent à vivre un peu dans le déni. Il y aura une tendance pas juste au Québec, mais partout, à repousser l'âge de la retraite.»

Dans le contexte, travailler plus longtemps apparaît en effet incontournable pour renflouer les coffres. «Il y a une logique derrière ça, explique Mme Tremblay. Si les gens commencent à travailler plus tard, ils vont cotiser moins longtemps, et ils vont vivre plus vieux, c'est tout à fait logique.»

Et il n'y a pas mille façons de renverser la vapeur, poursuit Mme Tremblay, qui identifie trois solutions : réduire les prestations futures, augmenter les cotisations actuelles ou, justement, augmenter l'âge de la retraite. «Ce sont les trois composantes avec lesquelles on peut jouer; on ne peut pas jouer avec l'âge du décès des gens», lance-t-elle à la blague.

La question de l'âge de la retraite a fait particulièrement jaser ces derniers jours alors que le maire de Québec, Régis Labeaume, en a fait son cheval de bataille pour lutter contre les déficits des fonds de pension des employés municipaux, évalués à 750 millions $ selon l'administration municipale. M. Labeaume a même qualifié «d'injustice sociale» le fait que les employés municipaux partent à la retraite à un âge moyen de 60 ans alors que, dit-il, la «majorité» des «payeurs de taxes» devront rester au boulot jusqu'à 65 ans.

La volonté de la Ville de Québec d'imposer la retraite à 65 ans pour tous les employés municipaux est claire. Cela exclut toutefois les pompiers et les policiers, dont l'âge maximal est fixé à 60 ans par le gouvernement.

La semaine dernière après une «rencontre au sommet» avec les syndicats, M. Labeaume a même évoqué l'exemple du gouvernement fédéral, qui a statué que les prestations de la sécurité de la vieillesse seront à partir de 2023 versées aux gens de 67 ans, au lieu de 65. «Là, il y a modèle, je trouve», a-t-il dit, au grand dam des syndicats.

Équité avec les plus jeunes

Mais encore là, 2023 est bien loin, estime Marie-Soleil Tremblay. «C'est un débat qui doit avoir lieu et des actions doivent être prises. Pas de dire qu'en 2023 l'âge de la retraite va être poussée à 67 ans. Là, je pense qu'il y a un problème intergénérationnel quand on fait ça.»

Car la question à mille dollars demeure : «Qui va payer?»

«Il ne faudra pas que ce soit nécessairement juste les plus jeunes qui se retrouvent à payer plus. Il faut agir rapidement pour que ce soit le plus de gens possible», poursuit la professeure.

«Si on attend que tous les baby-boomers soient partis et ne cotisent plus, qu'on ne change pas leurs prestations, mais qu'on augmente les cotisations des plus jeunes ou qu'on augmente seulement l'âge de la retraite des plus jeunes, là, on aura un problème d'équité intergénérationnelle», martèle-t-elle.

«Courage politique»

Mais toucher à l'âge de la retraite peut susciter des irritants, souligne Mme Tremblay, selon qui il faut un certain «courage politique» pour prendre le taureau par les cornes. C'est le cas de Régis Labeaume? «Tout à fait. Il fait preuve de courage politique, estime Mme Tremblay. Il y a une problématique et il faut la régler.»

Mais tout doit se faire de façon équitable, dit-elle. Et pas seulement envers les plus jeunes. «Ce n'est pas juste envers les cols bleus ou les cols blancs, mais il faut aussi appliquer la même recette aux hauts fonctionnaires.»

Se gardant bien de trop se prononcer sur les relations de travail, celle qui est avant tout spécialiste en comptabilité dit comprendre la Ville de Québec de vouloir imposer à tous ses employés le même âge de la retraite. «Ça peut justement démontrer un souci d'équité. L'idée est aussi de ne pas recommencer et d'étirer ça. Le problème, il est là, il est réel», tranche Mme Tremblay, qui termine l'entrevue sur une note plus personnelle. «Je dis à mes quatre fils : "Assurez-vous de trouver une job que vous allez aimer parce qu'on va travailler plus longtemps et c'est correct, c'est une bonne affaire. Il ne faut pas avoir peur du travail, mais il faut faire quelque chose qu'on aime."»

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