«C'est une préoccupation, mais pas une priorité. Habituellement, on va agir uniquement s'il y a une plainte. Je peux vous confirmer que des dossiers sont présentement sous enquête par l'escouade des stupéfiants», explique l'agente Catherine Viel de la police de Québec. Cependant, elle ne pouvait dire combien de plaintes de ce type avaient été déposées à son service au cours des dernières années.
Parions qu'elles ne sont pas nombreuses. Plusieurs sources interrogées soulèvent le fait que le poker, bien qu'il puisse être illégal, est l'exemple parfait de ce qu'est un «crime sans victime».
De son côté, la Régie des alcools, des courses et des jeux du Québec n'a aucun pouvoir réglementaire sur le jeu de poker. «Ce n'est pas notre responsabilité parce que nous n'émettons aucun permis pour ça. En fait, ce n'est pas dans notre juridiction», explique la porte-parole, Me Joyce Tremblay.
Enquêtes policières
Le seul levier d'action que possède l'organisme pour sévir auprès d'un bar repose sur les enquêtes menées par les corps policiers. «Il faut faire la preuve qu'il y aurait eu des activités criminelles. Un premier travail doit être fait par les autorités policières.»
Si pareille preuve était faite, la Régie pourrait alors convoquer le propriétaire du bar en vertu de l'article 24.1 e) de la Loi sur les permis d'alcool. «Pour l'exercice de ses fonctions et pouvoirs mettant en cause la tranquillité publique, la Régie peut tenir compte notamment des jeux de hasard, gageures ou paris de nature à troubler la paix.»
À ce jour, l'organisme n'a jamais eu de cas semblable. «Ça pourrait entacher le dossier d'un établissement. Cependant, ça ne serait pas suffisant pour le faire fermer», précise l'avocate.
Le Soleil a demandé au ministère de la Sécurité publique, dont relève la Régie, de se prononcer sur la légalité des activités de poker dans les bars. Pour seule réponse, un bref courriel. «Sachez que les prohibitions en matière de jeu relèvent de la partie VII du Code criminel. On ne peut pas se prononcer sur la légalité des tournois de poker, puisque chaque cas est un cas d'espèce et qui doit être apprécié à son mérite. Les corps policiers ont compétence pour appliquer le Code criminel et interviennent lorsque la situation l'exige. Il n'y aura pas d'entrevue sur le sujet», a écrit un porte-parole, David Vallières.
Le poker charitable
De plus en plus d'organismes à but non lucratif utilisent les tournois de poker comme source de financement. Difficile d'être contre la vertu!
Man To Man Poker est née de la passion de joueurs de poker de Rimouski dans le Bas-Saint-Laurent. Francis Massé est l'un d'eux.
«Nous avons mûri notre projet avant de le présenter. Nous nous sommes informés, et la police elle-même nous confirme qu'il n'y a aucune loi qui empêche la tenue d'un tournoi de poker pour des oeuvres caritatives», raconte le jeune homme au bout du fil.
Son principal bénéficiaire est l'Association du cancer de l'Est du Québec. «Ce sont eux qui nous ont approchés. C'est une source de revenus additionnels pour nous, puisque les dons représentent 71 % de notre budget. On ne freine pas ce genre d'élan de générosité», explique Sylvie Renaud, responsable des communications pour l'organisme.
Si aucune loi n'interdit la tenue de tournois au profit d'oeuvres caritatives, il faut quand même dire que seule la Régie des alcools, des courses et des jeux du Québec peut délivrer un permis pour la tenue d'une collecte de fonds impliquant un jeu d'argent. Et il n'existe aucun permis pour le poker.
Il faut aussi dire que le problème d'un gain non autorisé s'impose même dans cette situation. En 2011, Man To Man Poker dit avoir remis 2500 $ à l'Association du cancer. En réalité, c'est 1250 $, puisqu'une entreprise privée a doublé la mise. Pendant cette même année 2011, les tournois ont généré quelque 12 000 $ en bourses aux charitables participants.