La mort évitée de quelques millimètres

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Aujourd'hui, les trois collègues et amis, Vincent, Daniel et Stéphane peuvent rire de l'accident, sachant que Vincent ne gardera pas de séquelles sévères. Entre eux, un lien unique s'est créé.

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(Québec) Vincent Dionne est passé à quelques millimètres de la mort. En juin, une tige de métal de trois quarts de pouce a transpercé le jeune travailleur au cou, côté gauche, puis s'est frayé un chemin jusqu'à son épaule droite, frôlant les artères. Aujourd'hui, il doit la vie au sang-froid et à l'ingéniosité de ses collègues.

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La cicatrice laissée par la chirurgie ne laisse aucun doute sur la gravité de l'accident et sur le fait que Vincent Dionne a frôlé la mort.

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La tige est ressortie par l'épaule.

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Le matin du 27 juin, Vincent exécutait des travaux aux commandes de sa mini-excavatrice dans le stationnement souterrain de l'édifice Marie-Guyart. L'accident est survenu au moment où l'engin était en marche avant. Une tige de métal ancrée dans une dalle de béton au plafond lui a transpercé le cou.

«Je ne m'en suis pas rendu compte. Je me sentais coincé. J'avais mal à l'épaule, mais je ne savais pas ce qui m'arrivait. J'ai crié quelque chose comme "une ambulance"», se rappelle-t-il vaguement.

Ses collègues, eux, se souviennent exactement de la scène au moment où ils ont répondu à l'appel à l'aide. «Lorsque je l'ai vu, je me suis rendu compte que c'était grave. Mais la switch des émotions s'est mise à off. Je suis tombé en mode urgence et mon premier réflexe a été de rassurer Vincent», raconte Daniel Bergeron.

«Les roues [de la mini-excavatrice] étaient dans les airs. Elle était soutenue par la pelle déposée par terre. Je me suis dit qu'il ne fallait surtout pas que ça bouge. Nous l'avons immobilisée avec des pierres dessous.»

Tâche complexe

«Nous avons mis en place un plan d'urgence, commente Stéphane Hébert, un autre collègue-sauveteur. Il fallait libérer les rampes pour faire passer les ambulanciers et les pompiers, faire de la place autour de Vincent, apporter de l'eau, de la lumière et des outils qui pouvaient servir à le sortir de là.»

Une fois sur place, les secours ont bien vu la complexité de la tâche qui les attendait. À l'évidence, personne ne savait comment extirper Vincent de sa délicate position sans le blesser davantage, voire risquer de le tuer. C'est qu'une situation comme celle-ci est imprévisible et rare.

«Les pompiers ont essayé le kit de mâchoires de vie [ciseaux hydrauliques]. Ça brassait trop la tige. Après, ça a pris au moins 10 minutes pour savoir ce qu'on ferait. Stéphane et moi, on a comme un peu pris le lead. On a décidé de couper la tige par section avec un buffer [meuleuse] et de faire la même chose avec la cage grillagée de l'excavatrice», explique Daniel.

Mais cette méthode n'était pas sans difficulté. «Il fallait calculer le transfert de chaleur sur la tige pendant qu'on la coupait. On risquait de brûler Vincent. Comme il y avait une tension sur la tige, il fallait la fixer plus bas pour ne pas créer un contrecoup lorsqu'elle se détacherait de la dalle de béton. En plus, il y avait des étincelles qui arrivaient directement sur Vincent. Il a fallu le couvrir d'une couverture et on l'arrosait. Le feu a pris au moins une fois», relatent les deux sauveteurs.

Enfin libre

Tout ce temps, Vincent est demeuré conscient. Un masque respiratoire collé au visage, il était branché sur un appareil qui permettait aux ambulanciers de surveiller ses signes vitaux. À tout moment, il a gardé espoir. «J'avais quand même des pensées positives. Je voyais le monde s'activer autour et je me disais que j'allais m'en sortir», dit-il avec le sourire.

Ce n'est qu'après deux heures d'un travail épuisant que Vincent a enfin été libéré. Pour cela, Daniel, Stéphane et d'autres avaient dû couper la tige en trois sections, la cage protectrice de la mini-excavatrice et l'arceau de sécurité [genre de ceinture rigide collée au corps du conducteur]. «La dernière coupe était stressante. Si je passais à côté avec le buffer, je risquais de lui couper une cuisse. C'était difficile parce que j'étais à un pied du cou et il y avait beaucoup de vibrations. Vincent a crié deux, trois fois. C'était énervant», précise Stéphane.

Ce dernier a accompagné la victime jusqu'à l'hôpital où un chirurgien a réussi à déloger la tige, dont la forme était visible sous la peau. Plutôt que de la tirer, le médecin a préféré pratiquer une incision en longueur pour la retirer délicatement sans risquer d'autres lésions internes.

«Il m'a dit que je pouvais prendre un billet de loterie parce que j'avais eu beaucoup de chance, rigole le jeune miraculé de 25 ans, qui a repris progressivement le travail il y a trois semaines, affecté à d'autres travaux sur un autre chantier. J'en ai acheté un, mais je n'ai pas gagné», ajoute-t-il, bien conscient qu'il a déjà remporté le gros lot.

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