«La société Walt Disney restreint notre capacité à vous offrir ses films en location», peut-on lire, de pair avec une invitation au boycottage des produits de Disney et à la signature d'une pétition.
Les amateurs d'Histoire de jouets ou de Monstres inc. ne l'ont peut-être pas encore remarqué, mais Walt Disney impose maintenant un embargo de 28 jours sur la sortie de DVD destinés à la location.
Avant la fin de ces quatre semaines cruciales où les films sont les plus loués, les distributeurs n'ont plus le droit de vendre des films de Disney aux clubs vidéo.
«Ce qu'ils veulent, c'est faire le maximum d'argent en vendant leurs films 25$ dans les Walmart, Archambault, Club Price [Costco] ou n'importe quel détaillant», explique Denis Gagné, propriétaire d'Audio Vidéo DG, qui fournit les DVD à des centaines de clubs vidéo au Québec, dont DVD DéjàVu.
Déjà affaiblis par la location sur Internet et les téléchargements illégaux, les clubs vidéo indépendants voient cet embargo comme une menace de plus à la survie de leurs commerces. Et ils s'inquiètent que Disney crée un précédent et que d'autres studios soient tentés de suivre.
En juin, les distributeurs canadiens se sont heurtés pour la première fois à l'embargo avec le film John Carter. Peu de temps après, l'entreprise Movie Experts, qui conseille les clubs vidéo indépendants à travers le Canada, a lancé une pétition qui continue à se répandre dans les clubs vidéo du pays.
Jusqu'à maintenant, la pétition a recueilli plus de 113 000 signatures d'un bout à l'autre du pays.
Copropriétaire avec son conjoint, Richard Gravel, du DVD DéjàVu de Limoilou, Marie Jalbert n'a pas hésité à afficher le boycottage et à placer sur le comptoir de son club vidéo la pétition, signée par au moins 700 personnes en un mois.
«Les enfants, c'est une grosse partie de ma clientèle, dit-elle. Les parents qui n'ont pas les moyens d'aller au cinéma ou d'acheter les films [de Disney] vont les louer.»
Au DVD DéjàVu, une nouveauté de Disney se loue 4$ pour une journée. Pour une semaine, les titres moins récents se louent cinq pour 10$. Dans les magasins, les films de Disney se vendent en moyenne de 20 à 30$.
Marie-Ève Pelletier, 29 ans, a un fils de quatre ans et elle loue des films pour enfants chez DVD DéjàVu une ou deux fois par semaine.
«On connaît les enfants, on sait qu'ils se tannent vite, dit Marie-Ève. Je peux louer quatre fois le film Dragon dans la même semaine, ça ne me dérange pas. Mais je sais que si je l'achète, ça se peut qu'une semaine après, il ne l'écoutera plus, donc je ne rentabilise pas mon investissement.»
Non spécifique au Canada
Walt Disney n'a pas rappelé Le Soleil, vendredi. Mais par courriel, une porte-parole de la multinationale nous a transmis un communiqué indiquant que depuis février l'entreprise avait instauré un délai de 28 jours sur toutes ses nouveautés «physiques» en location.
«Cette politique s'applique à toute l'Amérique du Nord et ne vise pas le Canada et ne désavantage pas les entreprises canadiennes par rapport à leurs homologues américaines», peut-on lire dans le communiqué.
Pour David Henriques, chef conseiller de Movie Experts, c'est justement le problème. Avec l'emprise de Netflix et des Red Box, ces machines distributrices qui louent des films à 99¢, le marché américain est différent du marché canadien, où les clubs vidéo indépendants sont restés plus vigoureux, explique-t-il.
«Je pense qu'ils n'ont même pas songé que le Canada est un marché différent, comme ils ne pensent pas à ajouter des traductions en français pour le Québec, mais le font en espagnol pour les hispanophones aux États-Unis», dit-il.
Pour le moment, les clubs vidéo indépendants réussissent à défier l'embargo en louant les quantités restreintes de DVD destinées à la vente, mais ils craignent que Disney souhaite passer à l'étape suivante, qui serait de cesser complètement de vendre aux distributeurs des nouveaux DVD, du moins pas avant la fin des quatre semaines.
«Si on accepte la politique de Disney - ce qu'on n'accepte pas -, nos clubs vidéo vont faire banqueroute parce que tous les studios vont nous empêcher de louer leurs films durant les 28 premiers jours», dit M. Henriques.
Copropriétaire de Vidéoasis, à Beauport, Sébastien Noël croit que même si Disney durcit le ton, les clubs vidéo trouveront d'autres moyens de contourner ses restrictions sur la location, comme pour la sortie des Avengers le 25 septembre.
Il tient tout de même à faire signer la pétition dans son club vidéo. «Je le fais par solidarité avec mes clients, dit-il. Pour qu'ils aient encore le droit de louer un film quand il sort.»