«Dess» s'en va à Montréal

Dess, qui a été associé à un «nazi»... (Le Soleil, Pascal Ratthé)

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Dess, qui a été associé à un «nazi» sur Twitter lorsqu'il a annoncé son départ pour la métropole, se doute bien qu'il ne sera pas accueilli en héros.

Le Soleil, Pascal Ratthé

Marc Allard

Marc Allard
Le Soleil

(Québec) D'ici la rentrée, Vincent «Dess» Dessureault, le coanimateur de l'émission du midi à CHOI Radio X, tiendra un micro en plein territoire de la «clique du Plateau».

L'ironie ne lui échappe pas. Mais Dess (c'est comme ça qu'on l'appelle à CHOI) n'a guère le choix. La station Planète Jazz, que son propriétaire, RNC Média, va remplacer par Radio X en septembre, est située au 200, avenue Laurier Ouest, à sept coins de rue du bureau d'arrondissement du Plateau-Mont-Royal.

Parmi les voix de CHOI, Dess est le premier - et, pour le moment, le seul - à faire le saut à Montréal. Patrice Demers, le directeur de CHOI à Québec, voulait amener un habitué du style parlé de Radio X dans la métropole, et Dess a accepté d'aller au front.

Dess est un type plutôt jovial. En ondes, son ton cordial tranche avec le timbre typiquement outré de CHOI. Comme tout bon animateur, il possède cette remarquable faculté de développer sa pensée en même temps qu'il la verbalise. Mais il est moins flamboyant que ses collègues et se dit à l'aise dans la chaise du numéro 2.

À 28 ans, ce fan de CHOI depuis le secondaire, qui est né et a grandi à Québec, se prépare donc à quitter son appartement de D'Estimauville pour aller vivre à Montréal, épicentre de la gaugauche tant conspuée à CHOI. Une ville où, sept ans après le départ de Jeff Fillion, Radio X reste synonyme de radio-poubelle.

Demers l'a constaté lui-même dans une étude de marché remise au CRTC. Les Montréalais ont conservé une «perception assez négative» de Radio X, dit-il.

Dess, qui a été associé à un «nazi» sur Twitter lorsqu'il a annoncé son départ pour la métropole, se doute bien qu'il ne sera pas accueilli en héros. «C'est sûr qu'on arrive en territoire hostile», dit-il.

Depuis qu'ils ont été initiés aux dérapages de Fillion, les médias montréalais n'ont cessé de traquer ceux de ses successeurs. À intervalles réguliers, les stars médiatiques identifiées à la clique du Plateau, comme Guy A. Lepage, Patrick Lagacé, Benoît Dutrizac ou Jean-René Dufort, ne se sont pas gênées pour planter «la radio de Québec».

Mais c'est l'équipe de (feu) le Sportnographe, à la radio de Radio-Canada, qui a été la plus assidue. Chaque émission ou presque comportait un extrait d'une déclaration des animateurs de CHOI, qu'Yvan Piquette, Réal Munger et Paul Meilleur-Aucoin surnommaient les «jambons».

«N'arrêtez surtout pas d'écouter CHOI pour moi», écrivait récemment un auditeur sur le site du Sportnographe. «Je ne peux pas les endurer, mais y'a toujours des perles à y trouver!»

Plus crinqué encore, Philippe Martin, l'auteur du populaire blogue La clique du Plateau, ne se lasse pas de mettre en ligne des extraits de Radio X. Lundi, par exemple, il a ajouté un enregistrement de l'animateur Jérôme Landry, qui racontait avoir bu chaque jour durant ses cinq semaines de vacances.

«Commencez-vous à avoir hâte?» a écrit M. Martin, faisant allusion à l'arrivée prochaine de Radio X à Montréal.

Controverses

Il y a quelques semaines, le blogueur - qui habite Saint-Augustin-de-Desmaures, mais est très lu à Montréal - a aussi publié une compilation de propos controversés tenus par des animateurs de CHOI depuis deux ans.

Stéphane Dupont, qui compare Haïti à «un trou à marde», Dominic Maurais, qui lance une campagne Honk a Cyclist («klaxonnez un cycliste»), et Carl Monette (de Radio X Saguenay), qui suggère de confiner tous les itinérants dans le Grand Nord, en sont quelques exemples.

Patrice Demers soupire quand on le renvoie à ces déclarations. Elles ne sont pas représentatives, selon lui, du contenu produit aujourd'hui par CHOI. D'ailleurs, souligne-t-il, la station est devenue plus sévère avec ses animateurs et ne tolère plus les attaques personnelles.

Fini, donc, l'époque où Fillion pouvait traiter la présentatrice météo Sophie Chiasson de «cruche vide» en ondes. Demers sait que c'est un jeu dangereux. Lui et son entreprise, Genex Communications, ont encaissé de nombreuses poursuites liées au règne de Fillion.

Dans sa décision d'accorder 340 000$ à Mme Chiasson, le juge Yves Alain avait notamment reproché à Demers - ancien propriétaire de CHOI - de n'avoir rien fait pour empêcher son animateur vedette de s'attaquer à Chiasson.

«À tous les jours de la semaine entre 6h20 et 10h15, les animateurs de l'émission Le monde parallèle changent de personnalité, ils deviennent incontrôlables, prêts à dire n'importe quoi sur n'importe qui pour améliorer leurs cotes d'écoute», avait écrit le juge Alain. Ils agissent en «matamore» dès qu'ils sont devant un «microphone».

Au fil des ans, cette réputation s'est dissipée à Québec. Après quelques années difficiles, marquées entre autres par le départ de Gilles Parent et de son équipe au FM93, CHOI est redevenu le roi des ondes, comme dans le temps de Fillion. Selon les derniers sondages BBM, la station domine le marché régional du matin au retour.

Vincent Dessureault ignore si Radio X réussira le même exploit à Montréal, mais il est convaincu qu'elle pourra percer la supposée forteresse montréalaise. Il croit qu'en cette période de léthargie dans la métropole, des dizaines de milliers d'auditeurs cherchent une radio plus musclée pour secouer Gérald Tremblay.

Montréal déprimé

«Je crois que Montréal est là où Québec était il y a 10 ans, dit Dess. Déprimée, dans un marasme économique, avec un maire impopulaire, avec peu d'espoir pour l'avenir.»

Et Radio X sera le sauveur?

«Montréal a un besoin criant d'un porte-voix pour le citoyen», dit Dess.

Mais par citoyen, Radio X entend moins les habitants de l'île de Montréal que ceux de la couronne montréalaise. Ce sont eux, les banlieusards qui sont prêts à passer deux heures dans le trafic pour jouir d'une maison et d'un terrain dans le 450, que vise Patrice Demers.

Des gens qui n'ont pas l'impression d'en avoir pour leur argent avec le gouvernement ont le sentiment que c'est la clique du Plateau qui mène, explique Dess.

À Montréal, le 98,5 FM est la seule radio commerciale parlée, alors qu'il y en a deux de ce type à Québec. Cette station, où animent entre autres Paul Arcand et Benoît Dutrizac, engloutit à elle seule 30 % du marché local.

Dess et ses boss sont persuadés qu'ils sont capables d'en ravir une partie avec la même recette qu'à Québec: des ressources minimales en information, un style moins formaté, des grandes gueules et de l'opinion de droite qui se réclame du gros bon sens.

Patrice Demers promet que les noms de tous les animateurs choisis dans la métropole seront annoncés bientôt. On sait pour le moment que Dess coanimera l'émission du retour. En avant-midi, les Montréalais pourront entendre l'émission de Dominic Maurais enregistrée à Québec.

Après quatre ans à la coanimation de Dupont le midi - qui est, de loin, l'émission la plus écoutée dans cette case horaire à Québec -, Dess dit qu'il avait envie de lâcher son confort dans la capitale pour animer en direct du Plateau-Mont-Royal.

«J'ai quitté une job de rêve à Québec pour peut-être me péter la gueule à Montréal. J'avais besoin de sentir que je sautais aveuglément.»

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