Ils sont près de 2000 jeunes, âgés entre 12 et 18 ans, à prendre part chaque été au camp des cadets de l'Armée sur la base militaire de Valcartier. Au programme, activités sportives, tir de précision, musique, formation en leadership, exercice de parade et «ben du fun», selon Sabrina Tremblay, 15 ans, originaire de Terrebonne. «On s'amuse», ajoute-t-elle. «Dans les baraques, on est juste des filles, alors ça niaise au bout.» Les jeunes cadets rencontrés pour ce reportage soulignent tous d'emblée que cette expérience leur permet d'acquérir de la discipline.
Tout au long de l'année, ils participent aux activités de leur groupe cadet dans leur municipalité d'origine et pour ceux qui le désirent, ils peuvent se rendre à Valcartier à l'été pour des séjours variant de deux à six semaines, selon les programmes choisis. Les cadets peuvent aussi prendre part à des voyages d'échange à travers le Canada ou à l'extérieur du pays comme en Grande-Bretagne, en Australie ainsi qu'en Allemagne. Cela leur permet aussi de compétitionner dans certains domaines, dont le tir de précision.
Les objectifs de ces camps cadets sont de développer leur intérêt pour l'activité physique, développer les qualités pour être un bon citoyen et les inciter à être actifs pour leur communauté. «Ça m'apprend à bien me comporter en société», mentionne Karine Landry, 14 ans de Sainte-Julie. Elle a voulu apprendre le tir comme ses amis l'avaient fait auparavant. Dans les enclos où se déroulent les exercices de tir de précision comme lors des épreuves de biathlon, seules les mouches se faisaient entendre. Dans le plus grand silence et en respectant les règles de sécurité, les cadets tentaient de s'améliorer. «J'aime beaucoup le tir pour la précision», dit Jeffrey Nadon, 13 ans, de Saint-Raymond-de-Portneuf, qui en est à son deuxième été à Valcartier. «Être dans ce camp me permet de bouger et de ne pas rester assis.»
Les parents de ces cadets ne défraient aucun sou pour la participation de leur enfant à ces camps. Les jeunes sont même payés 60$ par semaine pour y prendre part. Cela leur permet de subvenir à certains de leurs besoins. Sinon, ils sont logés et nourris gratuitement. Leurs uniforme, chandails et chapeau leur sont fournis. Après avoir été formés, certains cadets décident de devenir instructeurs et de former leur relève. Ils deviennent alors cadres instructeurs cadets. Des officiers adultes et des civils sont aussi formateurs pour ces camps.
Dépassement de soi
«Ça me donne de la discipline et ça paraît bien dans un C.V.», signale Tommy Bellemare, 16 ans de Saint-Tite. Son implication dans les cadets a attiré l'attention des employeurs et cela lui a permis de décrocher un emploi dans le secteur de la restauration rapide. «C'est un gros plus dans un C.V., car ça montre à l'employeur que les jeunes veulent se dépasser», assure la capitaine Cynthia Haley, officière d'information au Centre d'instruction d'été des cadets de l'Armée de Valcartier. Elle est entrée dans les cadets à l'âge de 13 ans et depuis, la Défense nationale lui a donné des fonctions supplémentaires pour la gestion du camp de Valcartier.
Pas d'enrôlement
Dans la documentation expliquant les camps cadets, la Défense nationale précise que ces jeunes ne font pas partie des Forces canadiennes (FC) et qu'elle ne s'attend pas à ce qu'ils s'enrôlent, même si parmi les objectifs, les camps visent «à stimuler l'intérêt des jeunes pour les activités maritimes, terrestres et aériennes des FC». «L'objectif, c'est surtout de stimuler leurs intérêts», précise la capitaine Haley. «On voit des jeunes qui sont négatifs à leur entrée ici et se métamorphoser au fil des semaines. Ça permet aussi aux jeunes timides de s'ouvrir. Ils se rendent compte qu'ils sont capables de se faire des amis. À l'inverse, ceux qui sont extravagants apprennent comment se comporter en groupe. C'est absurde de penser qu'un cadre instructeur cadet est formé pour l'armée de combat. Ma formation à moi, c'est la psychologie des adolescents, la gestion, la supervision et la sécurité des cadets. Si demain, on me dit que je m'en vais en Afghanistan, je vais avoir les yeux ronds et je vais trembler.»
Officiellement, Cynthia Haley fait partie de la réserve et elle est enrôlée, mais techniquement, elle n'est pas formée au combat et ne pourrait pas être déployée dans un conflit à l'étranger. La capitaine revient toutefois chaque été depuis qu'elle a 13 ans, à Valcartier, parce que pour elle, les camps cadets sont une véritable passion. «Je ne sais pas quand je vais arrêter», avoue-t-elle, même si elle occupe un autre emploi dans sa vie de tous les jours.
Compressions budgétaires
Les compressions dans les Forces armées canadiennes annoncées lors du dernier budget fédéral n'échappent pas aux cadets. Le camp d'été des cadets de la marine au Mont-Bénilde à Bécancour fermera ses portes après la saison estivale. Le NCSM Québec représente le camp d'instruction francophone pour les cadets de la marine au Canada.
Selon le fédéral, la fermeture de ce camp représente une économie de 2 millions$. «Les jeunes seront relocalisés», indique Cynthia Haley, officière d'informations pour le Centre d'instruction d'été des cadets de l'armée de Valcartier. Québec et Bagotville devront donc modifier leur vocation et devenir «multiéléments» afin d'accueillir les jeunes qui se concentraient dans le volet de la marine. Sinon, les cadets qui veulent poursuivre dans cette voie devront se rendre aux camps de la Nouvelle-Écosse, de l'Ontario, de Terre-Neuve, ou encore de la Colombie-Britannique. Des gens de Bécancour se sont mobilisés pour contrer la fermeture de ce camp.