Le film commençait avec une brunette qui faisait du pouce. Un gars moustachu qui conduisait une voiture décapotable se rangeait sur l'accotement.
- Allez, monte.
- C'est gentil de m'embarquer.
- Et tu vas me payer comment?
Elle lui taillait une pipe, ils s'envoyaient en l'air et reprenaient la route.
Et nous, on retournait à l'école en se demandant combien de temps encore on resterait puceau.
Au milieu des années 90, tout le monde n'avait pas Internet et il n'y avait à peu près aucune chance que je tombe sur une vidéo cochonne mettant en vedette la secrétaire de mon école. Un peu comme un élève de Lévis a repéré Samantha Ardente, cette agente de bureau congédiée quand sa double vie a été révélée.
À cette époque, Nicola Lafleur aurait sans doute continué à travailler dans l'aménagement paysager. Mais, en 2012, la porno est plus accessible que jamais sur le Web, et cet homme de 39 ans réussit à gagner sa vie dans la capitale en offrant «le meilleur du cul québécois».
Propriétaire de Pegas Productions, la boîte derrière les premiers films de Samantha, Nicola emploie deux personnes à temps plein dans son bureau de Sainte-Foy. Jusqu'à ce que son ancienne actrice se lance à son tour dans le X, il était le seul producteur de films pornos à Québec.
Depuis 2006, Nicola a réalisé plus de 75 films et 300 vidéos diffusés sur son site, la télévision payante ou en DVD. La majorité de ses clients se trouvent au Québec.
Nicola mesure 6' 2'', il a de grosses mains, une gueule carrée, la voix grave, le teint bronzé et il porte des condoms extralarges, si vous voulez tout savoir. À ses heures, il est aussi acteur dans ses films, dont le Masseur fourreur, un de ses succès.
On peut penser ce qu'on veut de la porno, mais Nicola Lafleur a sans doute réalisé le rêve tabou d'un paquet de gars qui regardent YouPorn en cachette: vivre du sexe.
Mais ne rêvez pas trop, les boys. Nicola ne passe pas beaucoup de temps à filmer des partouses sur le bord de la piscine et encore moins à tripoter des actrices pornos sur une table de massage.
Il passe le plus clair de son temps à faire des affaires et à recruter des actrices (les gars se mettent presque en rang pour être acteurs).
Quand je lui ai rendu visite au bureau, mercredi, Nicola rappelait une femme de 23 ans qui lui avait envoyé une fiche de candidature. Sur un ton rassurant, il lui a présenté le marché visé, le type de produits offerts («on fait du solo, du fille-fille, du gars-fille et toutes les variantes qui vont avec»), et lui a expliqué qu'elle devrait suivre des tests de dépistage dans un laboratoire privé avant un tournage.
«Je ne sais pas ce que tu fais dans la vie, a-t-il ajouté, mais même si on utilise ton nom d'actrice, ça ne veut pas dire que, dans ton entourage, personne ne va te reconnaître. Il faut être conscient de ça.»
Crise de la trentaine
Quand il a fondé sa boîte, en 2006, Nicola travaillait depuis des années dans l'aménagement paysager et traversait une «crise de la trentaine». Il avait été inspiré par les films de Bruno B, un Montréalais un peu bedonnant qui avait connu beaucoup de succès en sautant des jolies filles pour le Web.
Baise partout, un des premiers films de Nicola, se déroulait à Québec. Un couple ordinaire forniquait dans les endroits touristiques de la capitale comme la terrasse Dufferin, le parlement, le funiculaire, le traversier et, pourquoi pas, une calèche.
De nombreux films ont suivi. «Mais ça a pris cinq ans avant que je me prenne un petit salaire», dit Nicola.
Ses proches ont été surpris de sa réorientation professionnelle. «Je pense que ma mère aurait aimé mieux que je reste dans l'aménagement paysager», dit-il.
À l'approche de la quarantaine, Nicola est toujours célibataire. Il a connu plusieurs échecs amoureux avec des femmes qui étaient mal à l'aise avec son métier.
Sinon, il se porte très bien. Il ne regrette pas d'être devenu producteur porno, un milieu «très humain» où, rappelle-t-il, des femmes se déshabillent régulièrement pour sa caméra.
«Quand je me promène dans la rue et je regarde autour de moi, il n'y a pas beaucoup de monde avec qui je changerais de job.»