Hadrian Mar Elijah: Si Dieu le veut

Après avoir bâti une église syriaque dans l'état... (Photo tirée de Facebook)

Agrandir

Après avoir bâti une église syriaque dans l'état de Washington, l'évêque Hadrian Mar Elijah s'affaire maintenant à établir un lieu de culte à Château-Richer, près de Québec.

Photo tirée de Facebook

Marc Allard

Marc Allard
Le Soleil

(Québec) C'est le milieu de l'après-midi et Hadrian Mar Elijah est assis sur l'asphalte devant sa maison déglinguée de Château-Richer. Il vient de se lever et est vêtu ton sur ton : t-shirt noir, jeans noir, chaussettes noires. Seule sa longue barbiche me rappelle que j'ai affaire à un évêque.

La semaine passée, Hadrian avait l'air beaucoup plus ecclésiastique lorsque je l'ai croisé sur un trottoir de la 1ère avenue, à Limoilou. Il portait une grande tunique blanche et un couvre-chef et allait annoncer une bonne nouvelle à un des membres de la communauté Saint-Grégorios, une congrégation chrétienne syriaque qu'il dirige sur la Côte-de-Beaupré.

Hadrian avait entre ses mains un certificat officiel d'organisme de bienfaisance du gouvernement fédéral. Il m'a dit qu'il était en train de fonder une communauté à Château-Richer, et je me suis imaginé une sorte de secte mystico-chrétienne avec vue sur le fleuve.

Il m'a expliqué que l'Église chrétienne syriaque était une église orthodoxe très ancienne. Chrétienne, a-t-il insisté, mais pas catholique.

Il a ajouté que les messes sont prononcées en araméen, la langue de Jésus. Et que les moines syriaques sont végétariens et n'ont pas le droit de se couper les cheveux, sauf s'ils prêtent un serment (comme c'est le cas d'Hadrian, qui a les cheveux plus courts que la barbiche).

Sur Wikipédia, on apprend que les origines de l'Église chrétienne syriaque remonteraient aux premières communautés chrétiennes et qu'elle compte des millions de membres à travers le monde, principalement en Inde et en Syrie, mais aussi en Occident.

Il y aurait environ 80 000 membres aux États-Unis et le même nombre en Suède, 50 000 en Allemagne, 15 000 aux Pays-Bas et des milliers d'autres en Suisse et en Autriche.

Et dans la région de Québec? Pour l'instant, ils sont 8.

Parmi eux, il y a deux Japonais. Les autres sont Québécois, dont Marc-Antoine Beaulé, vice-­président et administrateur de la Société Saint-Grégorios, ancien directeur adjoint d'un Subway à Sainte-Foy, pratiquant de yoga et de taï-chi et auteur d'un ouvrage qui enseigne aux francophones à réciter le Notre Père en araméen.

Et il y a Hadrian, qui est américain. Quand j'ai pris son adresse en note, la semaine passée, je m'attendais à voir une petite église en construction. Sur place, j'ai plutôt aperçu une grande baraque qui paraissait sur le point de s'écrouler.

J'ai cogné à la porte. Hadrian est venu répondre à moitié endormi (les moines syriaques n'ont pas la même notion du temps, m'a-t-il expliqué). Il s'est assis sur l'asphalte devant la maison, et on a jasé.

«Mais qu'est-ce qu'un évêque américain d'une église que personne ne connaît fiche à Château-Richer?», lui ai-je demandé.

-Dieu.

Puis on a parlé de l'échec de Joseph-René Vilatte, la raison «historique» pour laquelle il s'est retrouvé perché sur une colline à vingt minutes de Québec.

Il y a cent ans, me raconte Hadrian, le postérieur toujours appuyé sur l'asphalte, ce transfuge catholique est devenu l'archevêque de l'Église chrétienne syriaque pour tout l'hémisphère ouest. Né en France, semble-t-il, mais ayant aussi vécu au Québec, Vilatte avait reçu le mandat de répandre la foi chrétienne syriaque en Amérique du nord.

Mais il s'est planté.

«Ça m'a pris 100 ans avant d'être assis ici, dit Hadrian. Parce qu'il a échoué».

Bâtir une communauté

Depuis un siècle, quand même, l'Église syriaque a eu le temps de se reprendre. Des communautés ont vu le jour un peu partout aux États-Unis. Hadrian dit qu'il a lui-même contribué à en bâtir une de ses mains dans l'état de Washington, à Cosmopolis, dont il est l'évêque.

Le Québec, où la religion est très impopulaire, a énormément de potentiel, croit Hadrian. «Je vois que le coeur des Québécois a un grand besoin de spiritualité», dit l'évêque, en mangeant un paquet de fèves de soya fermentées garnies de moutarde rapportée des États-Unis (il passe beaucoup de temps en dehors de chez lui).

Hadrian sait qu'il prêche pour sa paroisse, mais il pense que l'Église catholique ne reflète plus les valeurs québécoises, avec ses positions sur les homosexuels, par exemple. L'Église syriaque, dit-il, est plus inclusive. Elle aime tout le monde.

-Et les femmes, est-ce qu'elles pourraient être prêtres, dans votre Église?

-Non, mais pas pour les raisons que vous pensez.

Hadrian se lance dans une longue explication pour me dire que les femmes sont tellement importantes dans la tradition syriaque, qu'elles ne pourraient pas être prêtres. «La société veut forcer les femmes à être comme des hommes», dit-il.

Chose certaine, au Québec, la société n'encourage plus personne à réciter le Notre Père, encore moins en araméen.

Hadrian espère quand même qu'il va réussir à établir une première communauté, ici même à Château-Richer. Il prévoit d'abord terminer la rénovation de sa baraque pour en faire une maison communautaire où il pourra enseigner aux apprentis prêtres.

Puis, il voudrait se «mettre au service» des gens de la Côte-de-Beaupré et les ramener à la messe.

Si Dieu le veut.

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

publicité

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer