«On peut-tu faire une trêve?» demande le vice-président directeur de la fête nationale du Québec dans la capitale, Gilles Grondin, rencontré un peu avant une répétition, hier. «Les gens ne sont pas invités à apporter leurs casseroles. On demande aux gens de laisser les casseroles sur la cuisinière, sur le rond d'en arrière!» Bien sûr, il fait référence à l'outil de prédilection des manifestants qui prennent d'assaut les rues depuis de nombreuses semaines afin de marquer leur opposition au gouvernement libéral, notamment au sujet de la hausse des droits de scolarité.
«C'est sûr qu'il va y avoir des allusions, c'est sûr qu'on ne peut pas passer outre ce printemps québécois», admet-il. Mais le «nationalisme» - «pas l'indépendantisme» - sera au coeur du spectacle.
Invitation à l'unité
Discours dans la même veine pour le groupe rap engagé Loco Locass, qui invite aussi à l'unité des Québécois. Le trio participera au grand spectacle télévisé de 21h et occupera toute la scène de 23h30 à 1h. Chafiik le dit tout clair: «Ça ne va pas être un show qui va parler de la grève étudiante.»
La semaine dernière, les membres de Loco Locass ont livré un vibrant plaidoyer en faveur des grévistes durant leur spectacle des FrancoFolies de Montréal. Ils avaient invité les meneurs des associations étudiantes à chanter avec eux leur succès Libérez-nous des libéraux. «Le show [de la Saint-Jean-Baptiste] ne sera pas orienté sur ça», insiste Chafiik. «On va parler du Québec. Pour nous, le combat du peuple québécois est 100 fois plus important que les frais de scolarité.»
«Pour une soirée, on va insister sur nos ressemblances», enchaîne Biz, qui aimerait que le spectacle de ce soir soit perçu comme le «show de la réconciliation». «C'est le temps, comme toutes les nations, de pouvoir faire la paix. Une chose nous unit: on est Québécois. C'est de ça qu'on est fier. Tout le monde est bienvenu à cette Saint-Jean.»
«On est une gang»
Animateur pour une première fois de la fête nationale dans la capitale, le chanteur Gildor Roy en remet une couche, espérant que la foule sera diversifiée, solidaire, le temps du spectacle: «On est une gang, une famille. Tu n'aimes pas tous tes cousins, tes mononcles, mais on est une seule famille.»
Et le maître de cérémonie compte sur la famille pour le requinquer. À quelques heures du rendez-vous, il est stressé: «Il ne faut pas que je m'évanouisse dans les cinq premières minutes, et ça va être correct!» lance Gildor Roy, attablé sous une des tentes installées derrière la grande scène.
Au fait, côté artistique, à quoi peuvent s'attendre les fêtards? Paul Piché, Marie-Mai, Loco Locass, Dumas, Marie-Pierre Arthur, Andrée Watters, Lisa LeBlanc et Raffy monteront sur scène avec Gildor Roy. Les habitués ne seront pas déboussolés: les artistes enchaîneront leurs chansons populaires et des classiques du répertoire québécois, il y aura des duos, il y aura une envolée patriotique... «C'est assez classique comme forme, mais il y a quelque chose de particulier cette année. Il y a des artistes qui vont faire des chansons des autres artistes du spectacle.» Ils s'échangeront donc des succès. Marie-Mai sortira aussi de sa zone de confort.