Le Grand défi Pierre Lavoie: l'héritage inédit d'un sédentaire

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Pierre Lavoie lors du Défi de 2011... (Photo Grand Défi Pierre Lavoie)

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Pierre Lavoie lors du Défi de 2011

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Samuel Auger

Samuel Auger
Le Soleil

(La Baie) En moins de 60 heures, 1000 cyclistes rouleront collectivement l'équivalent de quatre fois la circonférence de la Terre sous son impulsion. Ce printemps, 290 000 élèves du primaire - la moitié du Québec - ont brûlé de l'énergie comme jamais sous ses encouragements. Pierre Lavoie a fait bouger le Québec. Tout un tour de force pour cet ancien fumeur invétéré et sédentaire notoire...

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"Avec de l'aide et mes efforts, j'ai réussi. J'ai roulé 215 des 240 kilomètres prévus à mon programme", se réjouit le journaliste du Quotidien, Stéphane Bégin.

En mai, des jeunes d'écoles défavorisées de Québec... (Photothèque Le Soleil, Yan Doublet) - image 1.1

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En mai, des jeunes d'écoles défavorisées de Québec ont épaté tout le monde lors du Défi des escaliers, dirigé par Luc Richer de Motivaction Jeunesse.

Photothèque Le Soleil, Yan Doublet

«Tu ne cours pas assez vite», lui a déjà lancé un enseignant. Abattu, il a abandonné tout espoir de devenir athlète. Adulte, il ne bougeait pas. Ou si peu. Il enfilait les cigarettes, et s'enfonçait jour après jour dans les mauvaises habitudes de vie.

Sa prise en main en a dérouté plusieurs. Il a largué la cigarette - «la chose la plus dure que j'ai faite de ma vie», dit-il aujourd'hui.

Pierre Lavoie s'est mis en forme. Au point de se lancer dans un triathlon, puis dans un Ironman. Un quoi? Un Ironman, un triathlon à la puissance 10. Un truc de fou. Plus tard, il se retrouve au championnat du monde de triathlon Ironman d'Hawaii, rien de moins. Et il le remporte, au fait.

Un jour, l'athlète est devenu un porteur de cause. Une cause nommée Laurie. Sa fille, décédée d'une maladie orpheline. Une cause aussi nommée Raphaël. Emporté, lui aussi, par la maladie. Le Défi Pierre Lavoie est né en 1999 de ces deux drames. En quelques années, le Défi prend son envol. Il fait fureur auprès des jeunes. Toute la marmaille scolaire du coin veut rouler avec le grand Pierre.

Le Défi a gran­­di. Ce matin, 1000 cyclistes, dont l'auteur de ces lignes, prennent le départ de La Baie, di­rection Montréal. Le 1000 km du Grand défi Pierre Lavoie, catalyseur national de ce mouvement hybride visant la recherche sur les maladies orphelines et les saines habitudes de vie.

Mais ce marathon cycliste, aussi éreintant soit-il, n'est qu'un prétexte. Un symbole, un vecteur. Quelque chose pour frapper l'imaginaire et capter l'attention. Pour inspirer, aussi. «Mille kilomètres, c'est unique. Ça envoie un message», dit le cycliste.

La prévention d'abord

Mais le vrai marathon, il se déroule dans les corridors de nos écoles, estime Pierre Lavoie. «Je crois énormément à la prévention dans notre système de santé, et tout passe par l'éducation. On ne peut pas demander au gouvernement de tout faire à notre place, de nous prendre en charge. Il faut prendre nos responsabilités en matière de santé, et ça s'enseigne dans les écoles.»

Donner les outils donc aux jeunes pour apprendre à bouger. Sa trouvaille : les cubes d'énergie. Un jeune enfourche son vélo? Il gagne des cubes. Une course dans son quartier? Encore des cubes. Ses parents emboîtent le pas? Une pluie de cubes.

En 2009, les jeunes du Québec ont ainsi généré 15 millions de cubes. Cette an­­née? 71 mil­lions... «On a su captiver les jeunes avec ça, raconte l'athlète. Et on a lancé un mouvement collectif. On est en train de contaminer tout le monde.» Seulement dans la région de Québec, 95 des 141 écoles primaires sautent et courent au rythme des cubes d'énergie.

Pierre Lavoie n'est pas seul dans sa croisade pour rendre notre jeunesse plus active. À Québec, Luc Richer se bat en parallèle depuis des années pour insuffler un peu de sport dans les écoles défavorisées. Depuis quelques années, il a implanté «des mini Pierre-Lavoie» - son expression - dans les écoles de la basse ville de Québec.

«Dans la basse ville, c'est là qu'on trouve le plus de sédentarité chez les jeunes. Il y a da­vantage d'immigrants et de pauvreté, deux milieux où la pratique du sport est moins répandue. On est là pour donner le goût du sport à ces jeunes», explique Luc Richer, directeur général chez Motivaction Jeunesse.

Son travail porte ses fruits. En mai, les jeunes défavorisés de Québec ont épaté tout le monde lors du Défi des escaliers. Personne n'avait gravi plus de marches qu'eux dans le monstrueux escalier du Cap-Blanc. Dans quelques semaines, une autre bande de jeunes avalera du bitume lors du Challenge de l'Espoir, une randonnée cycliste de 150 km. Dans le peloton, des anciens sédentaires nouvellement convertis au vélo.

«On croit beaucoup à la réalisation, montrer au jeune qu'il peut atteindre un objectif», soutient Luc Richer. Motivaction dit ainsi lutter contre la délinquance et le décrochage scolaire, un coup de pédale à la fois.

Et le bilan est porteur d'espoir, assure Luc Richer. «Il se passe quelque chose au Québec depuis cinq ans. On le voit, on le sent dans les écoles. Le Grand défi Pierre Lavoie est devenu la grande manifestation nationale de ça, mais on le voit localement. Les jeunes bougent beaucoup plus qu'il y a cinq ans.»

>> LE GRAND DÉFI EN CHIFFRES

- 1000 cyclistes

- 1000 kilomètres à relais

- 60 heures

- 400 kilomètres en moyenne par cycliste

- 290 000 jeunes du primaire en action grâce au Défi

- 500 000 élèves du primaire au Québec

- 8000 maladies rares ou orphelines avec peu de traitements

- 80 % sont d'origine génétique

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