Parcs Canada abolit 45 postes à Québec

Réginald Auger, responsable du laboratoire d'archéologie historique, et... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Réginald Auger, responsable du laboratoire d'archéologie historique, et Marcel Moussette, professeur à la retraite du Département d'archéologie de l'Université Laval, déplorent la perte d'expertise à Québec, surtout que la ville est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO.

Le Soleil, Erick Labbé

Annie Mathieu
Le Soleil

(Québec) Alors qu'elle est inscrite au Patrimoine mondial de l'UNESCO, la ville de Québec perdra une importante équipe de spécialistes en patrimoine culturel composée d'archéologues, d'historiens et de conservateurs. Dans la foulée des coupes annoncées dans la fonction publique fédérale, Parcs Canada abolit 45 des 85 postes du Centre de services de Québec et en transfère six autres dans l'Outaouais.

Pour deux archéologues de l'Université Laval, cette décision a d'importantes conséquences pour la transmission des connaissances aux visiteurs des parcs et des lieux historiques nationaux comme celui des Forts et châteaux Saint-Louis dans le Vieux-Québec.

«Est-ce que vous iriez visiter un musée pendant 30 ans en voyant les mêmes pièces? Ce qu'on croyait être vrai en 1982 ne l'est plus aujourd'hui. Ça, c'est à cause des recherches que l'on a continué à faire», fait valoir le responsable du laboratoire d'archéologie historique, Réginald Auger.

«On va gérer les sites que l'on a, mais jusqu'à quel point on va pouvoir les enrichir et les développer?» renchérit Marcel Moussette. Le professeur à la retraite du Département d'archéologie de l'Université Laval a entamé sa carrière chez Parcs Canada et a assisté à la mise sur pied du bureau régional de Québec dans le milieu des années 70.

En raison des compressions de 29,2 millions $ prévues dans le dernier budget du gouvernement de Stephen Harper, Parcs Canada a notamment décidé de regrouper et de rationaliser ses centres de services et son bureau national à Ottawa.

Vague de compressions

En plus des 45 postes abolis et des six transférés d'ici le 30 août, 13 autres fonctionnaires fédéraux ont accepté de prendre leur retraite. Si bien qu'au bureau de Québec, l'équipe sera réduite à 34 employés. M. Auger souligne qu'il s'agit d'une deuxième vague de compressions cette année puisque l'équipe d'archéologues était déjà passée en février de 12 à 5 employés.

«Il ne restera plus qu'un seul archéologue et un conservateur de collection», s'exclame-t-il, rappelant que ceux-ci doivent s'occuper de tous les sites et des artefacts de la province.

L'équipe de professionnels du Centre avait notamment collaboré avec le ministère de la Défense pour surveiller les travaux effectués à la Citadelle de Québec de 2003 à 2005. Elle était aussi à l'origine des importantes fouilles effectuées sous la terrasse Dufferin à l'occasion du 400e anniversaire de la ville qui se sont terminées en 2011.

Les deux spécialistes croient que Québec peut perdre de la crédibilité aux yeux de l'UNESCO en tant que ville inscrite au Patrimoine mondial. «Elle ne peut pas faire autrement que d'être affaiblie», soutient M. Moussette.

«Avec une coupe aussi drastique, il est illusoire de croire que les mêmes services pourraient être maintenus», lance un employé du Centre qui préfère garder l'anonymat. «C'est une perte d'emplois de professionnels spécialisés pour la région», déplore-t-il, ajoutant que Québec perd ainsi 40 ans d'expertise dans le domaine patrimonial. Le président local de l'Alliance de la fonction publique du Canada, Yvon Beaudoin, abonde dans le même sens. «C'est une perte de connaissances immense!» souligne-t-il.

Le directeur exécutif pour le Québec chez Parcs Canada, Michel Boivin, reconnaît que les suppressions auront des conséquences mais affirme que des mesures seront prises pour les minimiser. «Les services seront offerts sur une base différente», explique-t-il, citant en exemple des contrats en archéologie qui pourraient être attribués à des universités ou à des firmes privées. «Ce sont des décisions qui visent à utiliser à meilleur escient les fonds publics», répète M. Boivin.

À la Ville de Québec, la porte-parole Mireille Plamondon explique qu'il est encore trop tôt pour évaluer les effets des coupes fédérales. La députée néo-démocrate de Québec, Annick Papillon, déplore quant à elle la décision de Parcs Canada et entend questionner les conservateurs à ce sujet à la Chambre des communes.

Des milliers d'artéfacts quitteront Québec

Des collections patrimoniales de Parcs Canada hébergées à Québec, qui comptent environ cinq millions d'artéfacts, déménageront. Ce transfert était d'abord prévu vers Ottawa, mais le tollé soulevé à la suite de cette annonce a forcé le gouvernement fédéral à revenir sur sa décision.

Le directeur général pour le Québec chez Parcs Canada, Michel Boivin, assure dorénavant que les précieux objets, dont certains datent de la Nouvelle-France, demeureront au Québec. Il refuse cependant de confirmer qu'ils pourraient prendre la route vers Gatineau.

Le déménagement se fera progressivement, soit d'ici trois ans, a-t-il expliqué. «Nous allons prendre le temps qu'il faut pour procéder de la façon la plus responsable possible pour assurer de respecter les objets», a assuré M. Boivin.

Des millions d'artéfacts, 53 000 proviennent de la province de Québec. Le président local de l'Alliance de la fonction publique du Canada, Yvon Beaudoin, déplore que les trésors patrimoniaux croupiront très probablement dans un bureau quelconque, alors qu'à Québec, une équipe complète était chargée de s'en occuper.

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