«Il m'appelle et me dit : "Pouvez-vous lui envoyer 500 $ pour acheter des couches? Et, surtout, assurez-vous de ne pas lui souffler un mot sur mon identité. Ça me fait plaisir de le faire."»
«C'est vrai que ça lui faisait plaisir», explique Mme Rae, qui ne compte plus les anecdotes semblables. «Après son appel, il devait être heureux. Il savait, dans son coeur, qu'il venait de faire du bien à quelqu'un.»
Sans tambour ni trompette. Ni vu ni connu. Juste pour la satisfaction d'aider.
«De nature, les gens d'affaires sont discrets. Vous ne les verrez pas étaler leurs affaires sur la place publique. Pas plus que vous allez connaître les investissements qu'ils vont réaliser dans d'autres entreprises», témoigne Alain Kirouac, qui, à titre de vice-président directeur et directeur général de la Chambre de commerce et d'industrie de Québec, côtoie les patrons d'entreprise depuis un quart de siècle. «Leurs élans de générosité, ils les gardent pour eux. Peut-être ne veulent-ils pas se faire achaler de tous bords, tous côtés?»
Actifs de 20,5 millions $
La création de fondations est à la hausse dans la région de Québec. D'à peine une centaine, il y a huit ans, on en dénombre aujourd'hui exactement 515 - sans compter les grandes fondations privées comme celles de Maurice Tanguay ou de la famille Jules Dallaire -, a recensé la Fondation communautaire du grand Québec, dont la mission est de promouvoir la philanthropie par la création de fondations. Leurs actifs s'élèvent à 20,5 millions $. En 2011, plus de 1 million$ ont été remis en aide financière à près de 230 organismes, dont plus de la moitié oeuvrent dans le développement social, le soutien à l'action communautaire et la santé.
Selon Nataly Rae, 70 % des nouvelles fondations sont créées par des individus ou par des familles. «Et, dans la plupart des cas, ces nouveaux créateurs de fonds sont des entrepreneurs. C'est souvent le cas d'une personne qui vient de vendre ou de transférer son entreprise, qui a de l'argent et qui veut consacrer du temps au financement d'une cause qui lui tient à coeur.»
Pour elle, la recherche d'avantages fiscaux n'est pas la priorité d'un créateur d'une fondation. «Parce qu'il croit profondément à sa cause, il veut d'abord et avant tout, par la création d'une fondation, que sa volonté d'aider telle ou telle cause puisse lui survivre.»
En dépit de l'accroissement du nombre de fondations, il y a lieu de promouvoir davantage la philanthropie dans le milieu des affaires à Québec, estime Alain Kirouac.
«À la Chambre, nous voulons créer un groupe de travail qui se penchera sur la promotion du mécénat dans le milieu de la culture. À force d'étudier la question, nous nous demandons si nous ne devrions pas élargir la réflexion à d'autres secteurs.»
Président de la Fondation Le Petit Blanchon, Guy Boutin a constaté, à regret, que tous les gens riches de Québec ne sont pas nécessairement généreux.
«Il faut tordre des bras à bien du monde. J'ai des amis qui font 5 à 10 fois plus d'argent que moi et pour lesquels je n'arrive pas à leur faire sortir 500 $ pour ma fondation!»