Affaire Mugesera: malaise dans la communauté

Léon Mugesera... (Photothèque Le Soleil, Erick Labbé)

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Léon Mugesera

Photothèque Le Soleil, Erick Labbé

(Québec) De retour dans l'actualité, le dossier de l'ex-politicien rwandais Léon Mugesera, qui réside à Québec depuis près de 20 ans, crée toujours un malaise parmi les résidants de la capitale originaires du Rwanda et du Burundi, le pays voisin où plusieurs sont allés se réfugier lors du génocide de 1994.

La Cour fédérale entendra aujourd'hui une nouvelle requête déposée par l'avocate de Mugesera visant à suspendre l'expulsion vers le Rwanda de celui qui est soupçonné d'incitation au génocide. L'expulsion est prévue pour jeudi, mais l'avocate souhaite faire une demande de révision judiciaire.

«Mugesera? Je préfère ne rien dire à ce sujet, d'accord?», a déclaré François, un Burundais installé à Québec depuis sept ans rencontré lors de la Fête familiale et interculturelle de l'Église de Québec. «Je ne connais rien de lui», a quant à lui déclaré son compatriote Barnabé, qui a tout de même suivi l'affaire dans les médias.

Leila Butoyi, une Rwandaise qui a habité au Burundi et en Belgique avant d'immigrer au Québec, avait pour sa part un point de vue particulier sur le dossier. «J'ai fait un travail sur Mugesera quand j'étudiais en science politique, mais à l'époque, je ne savais pas du tout qu'il était ici à Québec», explique celle qui fait partie de l'ethnie tutsie, la minorité ciblée par le génocide.

«En étudiant son histoire, je me suis rendu compte que, oui, même les coupables ont des droits. C'est un paradoxe et c'est dur à comprendre qu'ils puissent continuer à vivre librement quand on parle de personnes qui ont contribué à enlever la vie d'autres personnes», poursuit celle qui n'a pas vécu directement le génocide puisqu'elle habitait au Burundi en 1994.

«Par contre, ma mère en a subi les conséquences directes. Elle est la seule survivante de sa famille. Je n'ai plus aucune parenté du côté de ma mère», indique Leila, qui signale que le sujet demeure très conflictuel chez elle.

«À cause de ce qu'ils ont vécu, mes parents sont beaucoup plus radicaux que moi. Par exemple, moi, j'ai des amis de l'ethnie hutue, qui était au pouvoir lors du génocide, mais mes parents ne pourraient jamais envisager que j'épouse un Hutu», explique celle qui estime tout de même que Léon Mugesera devrait être expulsé vers le Rwanda.

«Par respect pour les victimes du génocide, je crois qu'il doit être expatrié. Je peux comprendre qu'il ait certaines craintes, mais le Rwanda n'applique plus la peine de mort maintenant et il faudrait qu'il réponde de ses actes», poursuit-elle.

Leila ajoute qu'elle trouve dommage de constater que, souvent, ce sont surtout les jeunes qui agissaient comme «soldats» lors du génocide et massacraient les Tutsis à coups de machette qui sont derrière les barreaux.

«Je trouve ça dommage de voir les têtes pensantes du génocide en liberté, car ce sont eux qui ont incité les autres à la haine et qui transmettent souvent cette haine à leurs enfants», conclut-elle.

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