Les commerçants préféreraient une St-Jean-Baptiste plus familiale

(Québec) Sans le souhaiter ouvertement, la plupart des commerçants de la Grande Allée ne verseraient pas une larme si les festivités de la Saint-Jean-Baptiste quittaient les plaines d'Abraham pour être relocalisées à ExpoCité, comme le propose l'un des scénarios étudiés par la Ville de Québec et la Société nationale des Québécois de la Capitale (SNQC).

«Il y a une croyance populaire à l'effet que les commerçants de la Grande Allée fassent de bonnes affaires le soir de la Saint-Jean, mais c'est totalement faux. Les restaurants ferment pour la plupart à 20h ou 20h30 et attendent le lendemain pour voir quel genre de dommages auront été causés à leur établissement. Il y a toujours des dommages même si les policiers font un excellent travail», explique André Verreault, secrétaire général d'Action Promotion Grande Allée.

Après avoir fait le tour de ses membres, M. Verreault assure que l'opinion est unanime. «Nos commerçants préféreraient une fête différente avec une clientèle familiale qui n'apporte pas sa boisson avec elle. Un peu comme le 31 décembre.»

Il ajoute que la plupart des établissements doivent poster plusieurs agents de sécurité sur leur terrasse le soir du 23 juin pour empêcher les fêtards d'entrer avec leurs caisses de bière et pour éviter que les terrasses ne deviennent des toilettes à ciel ouvert.

«Non seulement nos commerçants ne font pas d'argent, mais ils en dépensent plus! Personne ne fera d'insomnie si la Saint-Jean déménage, à part peut-être la tabagie, qui vend beaucoup de bière ce soir-là, le McDonald's et le Ashton», ajoute M. Verreault.

Peu de clientèle

Le propriétaire du bar Le Maurice, Denis Pelletier, abonde dans le même sens. «Ça ne nous dérangerait pas du tout si ça déménageait ailleurs. Pour nous, ce n'est pas une fête intéressante. Nos réguliers ne veulent pas venir avec leur automobile en raison de la circulation trop lourde, des problèmes de vandalisme et du fait qu'il y a des bouteilles cassées partout.»

Côté clientèle, le soir du 23 juin serait même l'un des moins achalandés de l'année au Maurice. «Notre compétition est dans la rue! Il y a des spectacles gratuits sur les Plaines et les gens ont leur caisse de 24 avec eux, alors ils ne se bousculent pas dans les bars», illustre M. Pelletier.

Il avoue aussi être aux aguets pour éviter que des dégâts ne soient causés à son établissement. «Nous n'utilisons que des verres en plastique et nous avons même diminué l'animation sur les terrasses pour éviter les attroupements», poursuit-il.

James Monti, propriétaire du restaurant Savini, a passé en 2010 sa première Saint-Jean sur la Grande Allée après avoir vécu dans les années 90, comme propriétaire du Portofino, les violentes émeutes où des fêtards éméchés vandalisaient des commerces du Vieux-Québec.

«J'étais nerveux, je suis resté très tard. Et j'ai eu des gardiens toute la nuit pour veiller sur l'équipement et le mobilier de ma terrasse. C'est une activité où on est toujours sur le qui-vive. Je suis en faveur de toutes les festivités et grands événements, mais malheureusement, plusieurs confondent la fête nationale avec une beuverie», poursuit-il.

D'autres points de vue

Denis Martin, cofranchisé du restaurant St-Hubert situé sur la Grande Allée, croit pour sa part qu'un déménagement des festivités n'aurait aucun effet sur sa clientèle. «La Saint-Jean est un jour férié, alors c'est toujours très bon pour tous nos restaurants, pas juste celui de Grande Allée, car il y a beaucoup de monde en ville.»

Quant aux commerçants de l'avenue Cartier, ils ne voient pas du tout d'un bon oeil l'idée de déménager la Saint-Jean-Baptiste des plaines d'Abraham. «Voir un événement de grande envergure quitter le secteur présentement, ce serait un dur coup», déplore Marc-André Pâlin, directeur général d'Espace Cartier.

«Il n'y a pas juste des personnes de Québec qui viennent, mais de partout dans la province. Ils viennent manger au restaurant, dorment dans les auberges à proximité. S'il y a transfert, on va les perdre, ces clients. Je serais favorable à ce que ça reste. Si c'est pour régler un problème de sécurité, on aurait avantage à améliorer ça plutôt», poursuit M. Pâlin.

Contrairement aux commerçants de la Grande Allée, ceux de Cartier sont juste assez près de l'épicentre des festivités pour profiter des retombées et juste assez loin pour en éviter les inconvénients. À part quelques fleurs arrachées et quelques bouteilles de bière cassées sur la chaussée, le secteur s'en tire indemne.

Avec la collaboration de Pierre-André Normandin

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