Marcel Trudel (1917-2011): le maître historien

L'historien Marcel Trudel, photographié lors de sa réception... (Archives Le Soleil)

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L'historien Marcel Trudel, photographié lors de sa réception du prix Léon-Gérin en 2001

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(Québec) L'historien Marcel Trudel, décédé mardi à l'âge de 93 ans, laisse derrière lui une oeuvre considérable, qui fait de lui un des plus grands historiens du Québec. Par sa rigueur scientifique, sa liberté de pensée et ses sujets novateurs, il est considéré par plusieurs comme un maître, témoigne Jacques Mathieu, un de ses anciens étudiants de l'Université Laval.

Auteur d'une cinquantaine d'ouvrages, Marcel Trudel se démarque d'abord par l'ampleur de sa contribution scientifique, note M. Mathieu, aujourd'hui professeur émérite au département d'histoire de l'Université Laval.

Le dernier grand projet de Marcel Trudel restera toutefois inachevé : il a consacré la dernière partie de sa vie à «réécrire» l'histoire de la Nouvelle-France, sa grande spécialité. Les cinq premiers tomes de Mythes et réalités dans l'histoire du Québec lui ont permis de nuancer certaines prises de position antérieures et de faire un pied de nez à une vision patriotique et pieuse de l'histoire, telle qu'on la présentait souvent au début du XXe siècle.

«Il est devenu une référence incontournable, affirme M. Mathieu. Il avait développé une dimension révisionniste, mais avec beaucoup d'humour. Ce n'était pas quelqu'un qui était agressif scientifiquement parlant.»

Marcel Trudel a été le premier professeur d'histoire de l'Université Laval, où il est entré en 1947. Jacques Mathieu a bénéficié de ses enseignements pendant trois ans, de 1962 à 1965, réalisant ses premières recherches dans les archives sous sa direction. «Marcel Trudel a introduit une démarche scientifique très rigoureuse», explique-t-il, à une époque où l'histoire comportait son lot de biais idéologiques. Pour un volume de 600 pages, il pouvait compiler environ 2500 références, souligne M. Mathieu. «Il nous a enseigné l'importance de toujours retourner aux sources et de se garder d'interprétations trop faciles.»

Chercheur novateur

Cet historien de renom s'est aussi démarqué par le caractère novateur des sujets abordés, ajoute-t-il. «Il a ouvert toute une série de pistes de recherche nouvelles», souligne M. Mathieu, en s'intéressant notamment au régime militaire en Nouvelle-France ou aux liens entre le Canada et les États-Unis lors de la guerre d'indépendance américaine. Un de ses ouvrages sur l'esclavage au Canada français avait d'ailleurs suscité la controverse au moment de sa parution, en 1960.

À cette époque, Marcel Trudel affiche clairement son engagement en faveur de la laïcité et devient président du Mouvement laïc de langue française, en 1962, à une époque où l'Université Laval était encore très cléricale. Ses prises de position déplaisent d'ailleurs aux autorités universitaires, qui le forcent à quitter l'institution en 1965. L'historien enseigne ensuite à l'Université d'Ottawa jusqu'en 1982. Au cours de la dernière décennie, il a reçu la plus haute distinction honorifique au pays, étant désormais décoré de l'Ordre du Québec et du Canada. «Encore aujourd'hui, personne ne peut aborder l'histoire du Canada et en particulier celle de la Nouvelle-France sans consulter les ouvrages de Marcel Trudel», conclut M. Mathieu.

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