La FFQ s'excuse: c'est trop peu trop tard, considère la mère d'un soldat

Alexa Conradi, présidente de la FFQ, soutient que... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Alexa Conradi, présidente de la FFQ, soutient que le débat de fond doit se faire, maintenant que la vidéo a été modifiée.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

(Québec) La Marche mondiale des femmes s'excuse auprès des mères de militaires blessées par sa récente campagne publicitaire pacifiste et espère maintenant que le débat de fond sur la militarisation du Canada pourra avoir lieu.

Céline Lizotte, du secteur Loretteville, a perdu son fils caporal en Afghanistan il y a tout juste un an. Elle est sur toutes les tribunes, depuis deux jours, pour dénoncer la vidéo diffusée dans le cyberespace par la Fédération des femmes du Québec (FFQ). Une comédienne y devient une mère, bouleversée par la mort de son enfant militaire, qui critique la mission afghane et le recrutement d'adolescents par les Forces armées. Surtout, le personnage s'interrogeait sur l'enfantement : «Avoir su qu'en donnant la vie, j'allais fournir de la chair à canon, je n'aurais peut-être pas eu d'enfants.» Mme Lizotte a été heurtée.

Hier, la FFQ - qui représente la coalition d'organismes regroupés au sein de la Marche mondiale des femmes - a retiré la phrase au coeur de la controverse de la publicité toujours accessible dans Internet. Trop peu trop tard pour Mme Lizotte. «J'ai demandé le retrait de la vidéo, pas la correction de la vidéo.» Elle accuse la FFQ d'utiliser les mères de soldats pour mousser ses visées antimilitaristes.

Visiblement émue au cours de notre entretien, Mme Lizotte fait valoir qu'aucune comédienne ne peut exprimer le malheur des femmes déchirées par la perte d'un proche au combat. La vidéo ne fait qu'attiser l'affliction qui les ronge, insiste-t-elle : «Il n'y a aucune expression du visage [d'une actrice] qui peut vraiment refléter le désarroi et la peine d'une mère.»

Enjeux majeurs

«On n'a pas cherché à blesser quiconque», répète à tout vent la présidente de la FFQ et porte-parole pour la Marche mondiale des femmes, Alexa Conradi. «La partie où on s'excuse, c'est d'avoir blessé des femmes par notre propos sur la chair à canon. Le reste, c'est une réflexion légitime dans un débat public qui est difficile à faire, mais qui mérite d'être fait parce qu'il y a des enjeux majeurs.»

Pourquoi la Fédération des femmes du Québec, pourquoi la Marche mondiale des femmes exigent l'arrêt du recrutement de mineurs par la Défense nationale et la fin de la mission militaire canadienne en Afghanistan? «Il y a un lien à faire entre la militarisation et les conditions de vie des femmes, explique Alexa Conradi. On fait un lien entre une culture de la militarisation, de la guerre et l'enjeu de la violence faite aux femmes.»

Lors de conflits armés, les femmes servent souvent de butin, enchaîne-t-elle. Le viol est parfois carrément utilisé comme arme pour déstabiliser l'ennemi. Aussi, la présence de bases militaires dans une ville serait directement liée à la hausse de la prostitution, selon elle. Sans compter que la violence conjugale augmenterait dans les pays en guerre.

Le Canada dépense de plus en plus pour armer ses militaires qui sont déployés dans des missions de plus en plus offensives, remarque Alexa Conradi. Est-ce vraiment ce que la population veut? «Maintenant qu'on a enlevé la partie blessante de la vidéo, c'est le temps de faire le débat sur le fond, réclame-t-elle. Toutes les personnes et tous les points de vue sont bienvenus.»

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