Anciens combattants: la longue bataille des Arial

Maurice Arial, photographié en novembre 1940 avec son... (Photo fournie par la famille Arial)

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Maurice Arial, photographié en novembre 1940 avec son neveu, a eu la santé fragile dès son entrée dans la marine.

Photo fournie par la famille Arial

Pierre Asselin
Le Soleil

(Québec) Maurice Arial a traversé l'Atlantique plus de 30 fois entre 1940 et 1945. Après avoir survécu aux U-Boats allemands, il n'aurait jamais cru, 50 ans plus tard, devoir se battre de nouveau, cette fois contre le ministère des Anciens Combattants (MAC) du Canada.

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Sonia Arial tente d'obtenir pour sa mère les prestations dues à son père par le ministère des Anciens Combattants.

Le Soleil, Steve Deschênes

Le 7 mars 1996, Maurice et sa femme Madeleine Arial se présentaient aux bureaux du MAC. C'était la première fois depuis la guerre que cet homme, affaibli, malade, demandait l'aide du gouvernement. Il lui faudra attendre neuf ans avant de recevoir, en juin 2005, son premier chèque de pension.

Il n'en profitera guère. Il meurt trois mois plus tard, le 25 septembre 2005.

La bataille n'est pas finie pour autant. Sa fille, Sonia, a pris la défense de ses parents et elle tente d'obtenir, pour sa mère, les prestations auxquelles elle aurait dû avoir droit depuis 1996.

Dans une décision rendue en 2008, le Tribunal des anciens combattants reconnaissait qu'«avec le moindre approfondissement de son entrevue en 1996, alors qu'il était déjà affaibli, hémiplégique, ayant de la difficulté à s'exprimer et marchant avec une canne, il [M. Arial] aurait eu dès lors accès aux services et aux droits qui lui étaient dus».

Le Tribunal accorde alors, au bénéfice de la veuve, une rétroactivité allant jusqu'à 2002 pour un diagnostic de problèmes auditifs et jusqu'à 2004 pour une cyrrhose dorsale.

Que s'est-il donc passé, neuf ans plus tôt, en 1996, lors de cette première rencontre avec les agents de pension du ministère des Anciens Combattants?

«Une intervenante a d'abord conclu que leur revenu était trop élevé pour qu'ils reçoivent une allocation. Je peux vous dire que les revenus de mes parents étaient modestes. Mon père avait 70 ans quand il a acheté une maison mobile, sa première maison.»

M. et Mme Arial insistent malgré tout pour rencontrer un agent. Selon la documentation du Ministère, le rôle d'un agent est d'aider à préparer les demandes et à commander les documents de service et médicaux de la Défense nationale pour trouver des éléments de preuve.

Rien de tout cela n'est arrivé en 1996, même si M. Arial écrit dans sa demande qu'il a commencé à souffrir d'un ulcère duodénal, diagnostiqué pendant son service. L'ex-marin a été laissé à lui-même pour monter son dossier, qui n'a pas abouti. De même en 1999, quand Sonia Arial présente une nouvelle demande, pour obtenir une pension d'invalidité pour son père.

«Une analyse de ses documents de service ne révèle aucune affection ni condition consécutives au service militaire ni aucune blessure résultant d'un accident attribuable au service», lui répond le Ministère.

Pourtant, cinq ans plus tard, en 2004, la fille de Maurice Arial met enfin la main sur le dossier de son père, et sur des notes médicales datant de 1944 et de 1945. Ce qu'elle y découvre la bouleverse : «Depuis son entrée dans la marine, sa santé a toujours été en déclin...» «Douleur au dos sur la crête iliaque depuis une blessure sur le navire voilà deux ans...» «Faites-le réexaminer s'il vous plaît et libérez-le dès que possible parce qu'il semble inapte au service militaire...»

Elle réalise d'abord ce qu'a dû endurer son père, lui qui faisait tout juste 1,5 mètre et 50 kilos, à travailler pendant cinq ans dans les salles de machine des navires traqués par les Allemands.

«Mais j'ai surtout réalisé que cette information était là depuis le début, que mes parents avaient été floués par le système...» dit-elle, incapable encore aujourd'hui de retenir ses larmes.

Elle se bat depuis afin que sa mère obtienne les pensions qui auraient dû être versées depuis 1996, une demande jusqu'ici rejetée en comité d'appel. Mais en février dernier, la juge Danièle Tremblay-

Lamer, de la Cour fédérale, a conclu que le comité d'appel «a erré en concluant qu'il n'avait pas le pouvoir d'accorder la rétroactivité», et ordonner la formation d'un nouveau comité d'appel. Celui-ci doit entendre la cause jeudi.

Inspirée par l'ombudsman

Sonia Arial a décidé de rendre son histoire publique, inspirée par les récentes dénonciations faites par l'ombudsman des vétérans, Pat Stogran. «C'est une mentalité que j'ai dû aussi confronter. Ou bien vous abdiquez vos droits ou bien vous hypothéquez neuf ans de votre vie pour vous défendre, comme je l'ai fait.» Elle encourage d'ailleurs le public à intervenir pour que le mandat de M. Stogran soit renouvelé.

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