Audiences sur l'euthanasie: des termes créent déjà une divergence

En définissant l'agonie, Ghislain Leblond (à droite) a... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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En définissant l'agonie, Ghislain Leblond (à droite) a été explicite : «elle représente le début d'un déclin qui peut être court ou très long dépendamment de la personne».

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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Nadia Ross
Le Soleil

(Québec) L'euthanasie est-elle pratiquée ou non dans les hôpitaux québécois? La Commission sur le droit de mourir dignement vient à peine de débuter que déjà cette question divise les fédérations de médecins qui sont venus présenter leur mémoire au Parlement lundi. D'un côté la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) estime que la sédation palliative est une forme d'euthanasie alors que les omnipraticiens, eux, ne sont pas cet avis.

«Le but premier de la sédation est de soulager le patient et cela peut avoir l'effet secondaire de le tuer», lance derechef le Dr Louis Godin, président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ). «L'euthanasie, c'est un acte dont le but principal est d'anticiper ou de provoquer la mort», nuance-t-il. Dans cette optique, cette pratique n'existe que très peu ici, contrairement à ce que soutiennent, depuis cet automne, les médecins spécialistes.

«Il y a un problème de sémantique au Québec!» lance le Dr Gaétan Barrette au nom de la FMSQ. Pour lui, le fait d'augmenter la dose de sédatif donnée à un patient en fin de vie tout en sachant que cela peut accélérer sa mort est une forme d'euthanasie. Cette perception expliquerait le fait que 81 % des médecins spécialistes disent avoir eu connaissance que l'euthanasie se pratiquait déjà au Québec et ce, à des degrés variables.

Le Dr Barrette est d'ailleurs d'avis qu'il est grand temps que les gouvernements cessent de faire l'autruche et qu'ils créent des balises claires pour permettre à un médecin d'accélérer la mort d'un patient sans craindre d'être poursuivi.

Du côté du Collège des médecins, c'est le débat lui-même qui est remis en question. «Dans la nature de son travail, le médecin est là pour éliminer la souffrance et non pour donner la mort», dit son président, le Dr Yves Lamontagne. Le Collège ne dit pas non d'emblée à l'idée d'écourter l'agonie d'un patient, mais celui-ci préfère parler de «soins appropriés en fin de vie» plutôt que d'euthanasie.

Le Collège annonce sa position en ajoutant que le Barreau aura un rôle important à jouer dans la suite des événements et des suggestions qui viendront de son organisation. «Ils [les gens du Barreau] ont d'ailleurs décidé de s'engager dans la réflexion» et vont créer un groupe de travail à cet effet, a-t-il ajouté lundi lors d'une entrevue au Soleil.

Ainsi, une grande partie du travail de la Commission sera d'obtenir un consensus quant aux définitions des divers éléments inclus dans le débat sur le droit à mourir dignement. Qu'est-ce qui différencie l'euthanasie du suicide assisté, du refus de traitement ou de la sédation palliative? De prime abord, l'euthanasie est vue comme «un acte positif causant la mort d'une personne pour des raisons humanitaires». Et cette action n'est envisageable que si la mort est imminente et irréversible.

Mais, encore une fois, le terme «imminent» est vaste, tout comme le concept d'agonie, prévient Ghislain Leblond, du Collectif Mourir digne et libre. «Ce que je crains, c'est qu'on accole à l'agonie une notion temporelle», dit celui qui est lui-même atteint d'une maladie dégénérative. À la douleur, il ajoute la notion de fierté qu'il faut respecter dans les options de fin de vie.

Le débat sur la question de l'euthanasie vient de franchir une nouvelle étape en passant le seuil du Parlement. Collège des médecins, Fédérations des médecins spécialistes et omnipraticiens et le Collectif Mourir digne et libre ont ouvert le bal lundi et les auditions se poursuivent aujourd'hui et cette semaine. Une trentaine d'experts et organismes seront entendus. La Commission planchera ensuite sur la rédaction d'un document de réflexion pour réaliser une consultation sur la question auprès de la population québécoise à la fin de l'été.

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