Polytechnique 20 ans après: les antiféministes toujours bien présents­

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Le 6 décembre 1989, Marc Lépine a ouvert le feu à Polytechnique. Quatorze femmes sont tombées sous ses balles.

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(Québec) Ils tiennent le mouvement féministe responsable de tous les maux de la société, jugent que l'homme québécois est opprimé et qualifient les chiffres sur la violence conjugale au Québec de «mensonge». Vingt ans après la tuerie de Polytechnique, les anti­féministes sont bien présents.

«Les organisations féministes avaleuses de fonds publics utilisent la tragédie de Polytechnique pour mousser leur lucrative propagande. Une question de gros sous, rien d'autre. Et rien à voir avec l'émancipation des fem­mes.» Voilà ce qu'écrit le mouvement L'après-rupture dans une lettre ouverte datée du 30 novembre.

«Gros sous», «féministes radicales qui veulent du cash», «subventions données pour des victimes inventées» : l'argent est partout dans le discours du président de L'après-rupture, Jean-Claude Boucher. Selon lui, 90  % des organismes communautaires au Québec sont pour les femmes. Un budget de 600 millions  $, soutient M.  Boucher dans un long entretien accordé au Soleil jeudi. «Il n'y a rien pour les hommes, tout est fait pour les femmes. Ces groupes vivent dans l'opulence», croit-il.

«Égalitariste»

Fondé en 1998 pour «venir en aide aux pères en situation de rupture familiale», L'après-rupture, un organisme «100  % indépendant» qui compte de «500 à 600» membres, a aussi un volet farouchement militant. À coups de lettres ouvertes, de courriels, de statistiques ou de demandes d'accès à l'information, ses membres traquent et contestent systématiquement toutes les décisions relatives à l'aide aux groupes de femmes.

Masculiniste? Antiféministe? M.  Boucher rejette ces étiquettes. «Dans le fond, il faudrait parler “d'égalitariste” parce que nous sommes contre les privilèges accordés aux femmes.»

Et des privilèges, ce conseiller en gestion de la Montérégie en voit partout. Dans le système judiciaire, scolaire, gouvernemental, toujours du bord des femmes, dit-il.

Autre cheval de bataille  : les chiffres sur la violence conjugale, faux, selon lui. «On a longtemps fait croire qu'il y avait 300  000 femmes battues au Québec», dit Jean-Claude Boucher. Citant des études, il soutient qu'il y aurait autant d'hommes que de femmes battus au Québec. Dans ce contexte, toute subvention donnée à des groupes d'aide pour femmes est inutile, dit en substance L'après-rupture.

Dans son site Internet, l'organisme fait une large place aux statistiques, aussi utilisées sur les sites de Fathers 4 Justice ou de Content d'être un gars, par exemple. À l'heure du Web, les antiféministes se sont résolument trouvé un médium.

Marginaux, mais...

Ces arguments et cette guerre de chiffres, Louise Langevin, professeure de droit et titulaire de la Chaire d'étude Claire-Bonenfant sur la condition des femmes à l'Université Laval, les connaît par coeur.

«Ce sont des hommes écoeurés de payer une pension alimentaire», lance celle qui participe en fin de semaine au colloque La tuerie de Polytechnique 20 ans plus tard : les violences masculines contre les femmes et les féministes.

Ce discours, dit-elle, est le fait de quelques individus, mais il arrive tout de même à percer.

«On pourrait dire qu'on les ignore, mais des gens commencent à leur donner de la crédibilité, dit Mme Langevin. Il faut être là sur la place publique. Si on n'est pas là, ce sont eux qui prendront la place.»

Manon Monastesse, directrice de la Fédération de ressources d'hébergement pour femmes violentées et en difficulté du Québec, partage le même point de vue.

«Je sens la montée, le discours finit par faire son chemin. Je suis dans les médias environ 50 fois par an et là, cette année, je constate que la première question des journalistes portent sur des courriels reçus de ces groupes», relate-t-elle en entrevue.

Sur le terrain, les recours incessants de ces groupes dérangent et grugent temps et énergie. Présentement, huit maisons d'hébergement font l'objet d'une demande devant la commission d'accès à l'information. «Ils demandent une panoplie d'informations. On n'a rien à cacher, mais la façon dont ils utilisent les chiffres, c'est une atteinte à notre réputation et à notre image. Ils sont en train de défaire le travail qu'on fait depuis 30 ans.»

Le pire, selon Mme Monastesse, c'est lorsque ce discours sème le doute dans l'esprit des gens. «Ils disent que les hommes n'ont pas de service. Pourtant, il y a des organismes comme À coeur d'hommes, un regroupement provincial.»

Cette idée que les hommes sont aussi victimes de violence que les femmes est partie intégrante du discours antiféministe, avance Louise Langevin. «On ne dit pas que les hommes ne sont jamais victimes de violence, mais on dit qu'il n'y a pas de commune mesure.»

Globalement, elle note dans ce discours le dénigrement d'une  image de la mère et de la femme. «Pour eux, c'était mieux avant, quand la mère restait à la maison. Maintenant, c'est comme si certains hommes n'ont pas été capables de se redéfinir par rapport aux avancées du mouvement féministe.»

Mouvance

Professeur à l'École de service social de l'Université Laval et spécialiste des réalités masculines, Jocelyn Lindsay préfère pour sa part opter pour la nuance, loin de «la guerre des mouvancesexes», que les plus radicaux semblent vouloir entretenir, dit-il. «Pour moi, ces groupes sont très minoritaires dans ce que j'appellerais une certaine mouvance dans la condition masculine».

Il donne en exemple un con­grès de l'organisme AutonHommie qui a réuni 200 personnes, hommes et femmes. «On était loin d'un discours radical. On était devant un discours où on comprenait très bien des dimensions de l'oppression des femmes tout en voyant qu'il y a des situations où des hommes ont des améliorations à faire. Quant on voit qu'à plus de 80  % des suicides sont des hommes, la délinquance, le décrochage... Il y a de quoi se relever les manches. Et ça, ce sont les aspects qui nous intéressent.»

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