Résilience à l'indienne: le Mumbai post-attentat revit

Au lendemain de l'attaque des mi­litants islamis­tes, des... (Photo AFP)

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Au lendemain de l'attaque des mi­litants islamis­tes, des Indiens forment une chai­ne humaine pour démontrer leur solidarité et leur résilience face à ces évènements.

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Andrée-Marie Dussault
Le Soleil

La scène est inhabituelle. Normalement grouillante de vendeurs d'arachides, de ballons géants, de barbe à papa, de cerfs-volants et de haschisch, de polisseurs de souliers, de diseuses de bonne aventure, d'hommes saints allant pieds nus et d'enfants mendiant, la grande place de la Gateway of India de Mumbai est vide.

C'est que l'espace public qui fait face à l'hôtel Taj Mahal Palace, donnant sur la mer d'Arabie, est interdit d'accès depuis

les attentats des 26, 27 et 28 novembre.

Mais en dépit de ce triste spectacle, quelques semaines après le traumatisme des attaques terroristes qui ont officiellement coûté la vie à au moins 173 personnes, qui en ont blessé plus de 300 autres et qui ont causé des dégâts matériels estimés à plusieurs centaines de milliers de roupies, la capitale financière de l'Inde se remet du choc. Doucement, mais sûrement. Mumbai n'en est pas à sa première expérience en la matière.

Impact sans précédent

Une série d'attentats à la bombe avaient secoué la ville en 1993 et plus récemment, en juillet 2006, des bombes avaient explosé dans des trains de banlieue. Mais l'ampleur et l'impact des attaques de novembre 2008 sont sans précédent.

«De mémoire d'Indienne, depuis l'Indépendance, il s'agit de l'événement le plus déstabilisant qui nous soit arrivé», estime Rajni, une quinquagénaire attablée avec son époux devant une bière et un curry aux légumes au café culte Leopold.

Le bistrot qui a la réputation de servir depuis des décennies tant les touristes, les travailleurs du coin, les petits revendeurs que les gros bonnets de la mafia locale est devenu plus mythique encore depuis le 26 novembre. C'est ici, sur la rue Principale de Colaba, le sympathique quartier touristique qui borde la mer que des jihadi pakistanais, arrivés par voie maritime de Karachi, sont entrés à 21h40 et ont tiré dans le tas. Le célèbre café a perdu deux serveurs et huit clients.

Dans la même foulée meurtrière, à une centaine de mètres de là, deux des plus prestigieux hôtels cinq étoiles de la capitale financière, le Taj Mahal Palace et le Oberoi Trident, étaient le théâtre de prises d'otages spectaculaires qui ont duré plus de 70 heures avant que l'ordre ne soit complètement rétabli. Au même moment, sept autres endroits dans la ville, dont un terminus de train, un hôpital, un cinéma et un centre juif orthodoxe, étaient pris d'assaut par d'autres terroristes en possession d'armes automatiques et de grenades.

Depuis, la ville a repris son rythme effréné. Le 21 décembre, le gratin du monde des affaires s'est donné rendez-vous dans les deux hôtels assaillis pour manifester sa solidarité avec l'Inde corporative. Même Karambir Kang, le gérant du Taj, était fidèle au poste, malgré la perte de son épouse et de ses deux enfants lors du siège de l'hôtel. L'ancien édifice du Taj, qui a encaissé le plus gros des coups, rouvrira ses portes plus tard en 2009, le temps de remplacer les tapis tissés à la main, les chandeliers anciens et les autres objets de valeur endommagés par le feu.

Snobée par les touristes?

Des 278 chambres du Taj, 65 % étaient occupées le soir du 21 décembre et les restaurants des deux hôtels affichaient complet. Mais plusieurs cinq étoiles de Mumbai, lesquels ont tous resserré leur sécurité à l'aide de scanners, de chiens et de fouilles méticuleuses, ont annulé leurs fêtes de fin d'année, habituellement le moment le plus lucratif de la saison, obligeant les stars bollywoodiennes à revoir leur prestation dansée du Nouvel An en dehors de la capitale du divertissement.

Reste à voir ce qu'il adviendra des touristes d'affaires qui séjournent dans les grands hôtels de la capitale financière et y organisent leurs réunions. «Les firmes internationales n'arrêteront pas de tenir des évènements à Mumbai; d'ici quelques mois, tout redeviendra comme avant. Cependant, à titre personnel, je n'ai pas envie de fréquenter le Taj ni l'Oberoi; je ressens une mauvaise énergie», confie un industriel indien habitué des lieux qui connaissait plusieurs personnes décédées lors du drame.

Cela dit, au café Leopold, l'ambiance festive est bel et bien de retour, la bière coule à flots et il faut attendre un bon quart d'heure avant qu'une table se libère. Eddy Anthony, le gérant du bistrot, fait savoir qu'ils ont rouvert quatre jours après le drame, le temps d'incinérer leurs morts et de réparer les pots cassés. «Les affaires ont repris comme avant; c'est business as usual», assure-t-il. Seuls quelques trous de balles ici et là témoignent de l'histoire tragique récente du restaurant culte de Mumbai.

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