Qui a peur des résidus de pesticides?

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Mathieu Valcke, toxicologue à l'Institut national de la santé publique, explique qu'à l'échelle de la population du Québec, il y a à peu près 50 000 nouveaux cas de cancer par année, dont 39 ou 40 seraient dû aux résidus de pesticides sur les fruits et légumes.

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(Québec) Les résidus de pesticides, ces quantités infimes qui restent sur les fruits et légumes non bios à l'épicerie, ont fait couler énormément d'encre au cours des dernières années. Plusieurs y voient un danger pour la santé humaine et le signe qu'il faut absolument abandonner l'agriculture «industrielle». Mais Mathieu Valcke, toxicologue à l'Institut national de la santé publique, s'est penché sur la question dans un rapport paru tout récemment. Et sans clore le débat pour toujours, on ne peut pas dire qu'il a trouvé de Bonhomme Sept Heures. Entrevue.

Q Vous êtes parti de données sur la consommation de fruits et légumes au Québec et des quantités moyennes de pesticides qu'on y trouve pour calculer une dose de pesticides ingérée par le Québécois moyen. À partir de là, qu'avez-vous fait?

R On a fait deux choses. La première, c'est qu'on a regardé quelles sont les valeurs toxicologiques de référence (VTR, des «normes nationales», si l'on veut) un peu partout dans le monde, parce que ce ne sont pas toutes les agences de santé qui ont les mêmes critères. Sur 169 pesticides détectés, on a trouvé au moins une VTR dans 135 cas. Quand il y en avait plus qu'une, on ne retenait que la plus sévère, puis on les a comparés à la dose du 95e centile, soit les 5 % les plus exposés. On a donc fait un scénario du pire, si l'on veut. Et la deuxième chose qu'on a faite, c'est d'évaluer un risque de cancer pour les 28 pesticides pour lesquels on avait des données qui permettaient de le calculer.

Q Et malgré ce scénario du pire, vous n'avez trouvé que 7 pesticides sur 135 dont la consommation dépassait les normes les plus sévères, et que l'exposition toute la vie durant aux 28 pesticides potentiellement cancérigènes ajoutait 3 cas de cancer par 10 000 personnes. Or sur un tel groupe, on devrait voir autour de 3500 à 4000 cas de cancer de toute manière, non?

R Oui, on parle d'un risque de cancer d'environ 40 % sur toute une vie, donc on a trouvé que sur les 3500-4000, il y en aurait trois qui seraient causés par les résidus de pesticides. À l'échelle de la population du Québec, il y a à peu près 50 000 nouveaux cas de cancer par année, dont 39 ou 40 seraient dus aux pesticides, selon nos calculs. Et ça aussi, ce sont des estimations qui viennent d'un scénario du pire.

Q Dans votre rapport, vous avez aussi tenu compte du fait que la consommation de fruits et légumes prévient le cancer. D'après vos calculs, pour chaque cancer causé par les résidus de pesticides, il y en aurait 88 de prévenus grâce aux vertus des fruits et légumes. Donc quand je mange une pomme ou une carotte, je diminue mon risque de cancer. Peut-être pas autant que s'il n'y avait pas de pesticides dessus, mais la différence est minime, autour de 1/88e, c'est bien cela?

R Oui, on peut le voir comme ça. Mais il y a une nuance à faire, ici : les cancers causés par les pesticides ne sont pas les mêmes que ceux qui sont prévenus par la consommation de fruits et légumes. Les premiers causent des cancers du type lymphome, la «famille» des leucémies. Les seconds préviennent des tumeurs dans l'estomac, les poumons, la cavité orale et l'oesophage. La sévérité de tous ces cancers différents n'est pas évidente à comparer non plus. [...]

Et il faut dire aussi qu'à 3 pour 10 000, on est quand même pas mal au-dessus du seuil qui est considéré comme un «risque négligeable» en toxicologie, qui est de 1 sur 1 million. [...] Et il ne faut pas perdre de vue qu'on est toujours un peu prisonnier des connaissances actuelles. Dans les années 60, les médecins disaient aux femmes enceintes qu'elles pouvaient fumer jusqu'à 10 cigarettes par jour sans problème. Alors il est toujours possible que de nouvelles connaissances viennent changer le portrait d'ici 10 ou 15 ans.

Q Avez-vous tenu compte des fameux «effets synergiques», qui font que deux substances peuvent ne pas avoir d'effet notable lorsqu'elles sont prises séparément, mais que leur toxicité devient exponentielle quand elles sont ensemble?

R On ne l'a pas considéré, non. C'est une limite qu'on reconnaît parce que pour en tenir compte, il aurait fallu savoir quelles combinaisons de pesticides et en quelles doses chaque individu a été exposé. Deuxièmement, les VTR sont définies pour des substances uniques seulement. Et une autre limite, c'est qu'on s'est intéressé aux substances actives seulement (NDLR : Celle qui tue les mauvaises herbes dans un herbicide, par exemple), alors que les pesticides sont toujours des mélanges de plusieurs ingrédients différents.

Q N'empêche, vos résultats apparaissent dans l'ensemble très rassurants. Or ces résidus inquiètent pas mal de gens depuis longtemps, et il y a fort à parier qu'ils continueront de faire peur. Ça nous fait une drôle de relation au risque, non?

R C'est vrai. Je pense qu'on a peur de ce qu'on connaît mal et peur des risques qu'on n'arrive pas à bien évaluer. C'est une partie de la réponse. Mais l'autre partie, c'est que même si notre rapport est relativement rassurant, on fait quand même des recommandations. Parce que même si c'est vrai que 1 cancer causé pour 88 évités, c'est bien, il reste que 1 pour 88 000, ce serait bien mieux. [...] Alors le message qu'on veut passer, ici, c'est qu'il ne faut surtout pas s'empêcher de manger des fruits et légumes à cause des résidus de pesticides qui sont dessus, il ne faudrait pas, par exemple, choisir de ne manger que des fruits et légumes bio, mais d'en manger moins parce que c'est plus cher. Mais ça ne veut pas dire non plus qu'il n'y a pas de raison d'essayer de diminuer l'exposition aux pesticides et leur usage, de manière générale.

Note : les réponses à certaines questions ont été éditées pour des questions de longueur et de clarté, ainsi que pour mieux cadrer dans un format questions-réponses.




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