Pesticides: l'eau des villes compromise?

Il fait peu de doute que si des... (Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé)

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Il fait peu de doute que si des traces d'atrazine ont été détectées dans l'eau potable de Toronto et de Montréal, le pesticide est aussi présent dans celle de Québec.

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(Québec) VÉRIFICATION FAITE / L'affirmation : «Un pesticide dangereux détecté dans l'eau potable de millions de Canadiens», annonçait lundi un communiqué de presse du groupe environnemental Équiterre. Celui-ci a en effet rendu publiques des analyses d'eau potable de Montréal et de Toronto dans lesquels les concentrations d'un herbicide, l'atrazine, dépassaient régulièrement les normes européennes. Le communiqué décrit l'atrazine comme un perturbateur endocrinien et affirme qu'il pourrait compromettre le développement des foetus. «Il est alarmant que les Canadiens boivent de l'eau qui contient des pesticides, à des niveaux jugés dangereux par d'autres pays», a dénoncé le dg d'Équiterre, Sidney Ribaux, qui demande l'interdiction de l'herbicide au Canada.

Les faits

Une cinquantaine d'échantillons d'eau de ces deux grandes villes ont bel et bien été analysés en 2015 et 2016 par Sébastien Sauvé, professeur de chimie environnementale à l'Université de Montréal, et un certain nombre d'entre eux recélaient bel et bien plus d'atrazine que la norme européenne de 0,1 microgramme par litre (µg/l). À Montréal, M. Sauvé a mesuré 0,25 µg/l à l'été 2016 et 0,15 µg/l entre juillet et décembre 2015.

Il est incontestable que l'atrazine, comme pratiquement tous les pesticides, est un produit toxique, tant pour la faune que pour l'humain. En outre, c'est un herbicide qui a le vilain défaut de persister assez longtemps dans l'environnement avant de se dégrader. Mais toute la question est de savoir si les concentrations mesurées à Montréal et à Toronto - et il fait peu de doute qu'on en trouverait aussi dans l'eau de Québec, au moins dans celle qui vient du fleuve - sont suffisantes pour empoisonner la faune et la population.

Dans le cas de la faune aquatique, le niveau de preuve est «très convaincant, surtout pour les amphibiens», nous a indiqué M. Sauvé lors d'un échange de courriels. Les études sur cette question abondent et Le Soleil a trouvé quelques cas documentés d'effets de l'atrazine sur le comportement et la reproduction des poissons et des grenouilles à des concentrations de moins de 1 µg/l.

Quand on sait que la norme canadienne pour l'atrazine dans l'eau potable est de 5 µg/l, cela peut sembler très inquiétant. Mais les grenouilles sont des «bibittes» trop différentes de l'être humain pour qu'on déduise qu'il y a vraiment un danger pour nous. Il faut de meilleures preuves que cela.

Or sur la santé humaine, dit M. Sauvé, «les évidences sont plus ténues», en partie parce que les études sont plus difficiles à réaliser - on ne peut pas empoisonner des êtres humains en laboratoire «juste pour voir».

Nous avons demandé à Équiterre de nous envoyer les études appuyant ses dires. L'organisme nous en a fait parvenir huit qui suggèrent bel et bien que l'atrazine dans l'eau potable peut causer des problèmes de développement des foetus, mais leurs résultats ne sont pas particulièrement clairs. Les malformations et problèmes trouvés (petit poids, faible circonférence de la tête, naissance prématurée, etc.) varient d'une étude à l'autre, certaines trouvent un effet pour les bébés conçus en été, quand l'atrazine est vaporisé dans les champs, d'autres concluent que ce sont les bébés conçus en hiver qui courent le plus de risque, les effets mesurés sont souvent faibles, etc. En outre, la plupart de ces travaux comparent de grands ensembles (un État agricole et un État urbain, par exemple) sans avoir d'informations plus fines, ce qui n'est pas idéal.

Les revues de littérature que nous avons consultées mentionnent quant à elles que l'atrazine a des effets toxiques pour l'humain, mais les doses mentionnées sont des milliers de fois plus élevées que les 0,25 µg/l mesurés par M. Sauvé. En 2015, l'Agence française de sécurité sanitaire, de l'environnement et de l'alimentation (ANSES) concluait que «les études épidémiologiques chez l'Homme recherchant d'éventuelles associations entre une exposition environnementale à l'atrazine et la survenue d'effets indésirables à la naissance montrent occasionnellement une faible association, mais l'évaluation de l'exposition apparaît souvent peu robuste».

Ajoutons que Santé Canada et l'Environnement américain (EPA) mènent actuellement des révisions sur l'atrazine, mais leurs révisions antérieures ne les ont pas convaincu d'abaisser leurs normes pour l'eau potable - à 5 et 3 µg/l présentement. Et l'Organisation mondiale de la santé place son seuil à pas moins de 100 µg/l...

M. Sauvé estime tout de même, il faut le mentionner, qu'«il y a pas mal de tests avec des mammifères comme modèle animal qui sont assez troublants pour soulever des questions».

Le verdict

À moitié vrai. La faune aquatique semble clairement affectée par l'atrazine, même en très faibles quantités - ce qui pourrait, en soi, justifier une interdiction, mais c'est une autre question. Cependant, les dangers pour la santé humaine à des concentrations inférieures aux normes actuelles ne sont pas aussi bien démontrés qu'Équiterre le laisse entendre.

Autres sources :

• Michel Joyeux et al., Avis relatif à la détermination de valeurs sanitaires maximales (VMAX) de pesticides ou métabolites de pesticides dans les eaux destinées à la consommation humaine, ANSES, 2015, goo.gl/X8a1eD

• Jason R. Rohr et Krista A. McCoy, A Qualitative Meta-Analysis Reveals Consistent Effects of Atrazine on Freshwater Fish and Amphibians, Environmental Health Perspective, 2010, goo.gl/fL4qxe




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