Le Nobel de chimie récompense la découverte des «machines moléculaires»

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Le professeur Olof Ramstrom (à droite), membre du comité de sélection du prix Nobel de chimie, présente le vainqueur 2016, à l'Académie royale des sciences de Suède, à Stockholm, mercredi.

AFP, Jonathan Nackstrand

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Camille Bas-Wohlert
Agence France-Presse
Stockholm

Le prix Nobel de chimie a été conjointement attribué mercredi au Français Jean-Pierre Sauvage, au Britannique Fraser Stoddart et au Néerlandais Bernard Feringa, pères des minuscules «machines moléculaires» préfigurant les nanorobots du futur.

Les trois chercheurs à l'honneur «ont amené les systèmes moléculaires vers des états où, remplis d'énergie, leurs mouvements peuvent être contrôlés», a expliqué le jury Nobel.

«Le moteur moléculaire se trouve aujourd'hui au même stade que le moteur électrique dans les années 1830, lorsque les scientifiques exposaient des manivelles et des roues, sans savoir que cela mènerait aux trains électriques, au lave-linge, aux ventilateurs et aux mixeurs», a-t-il ajouté.

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Lauréats du prix Nobel de chimie 2016: Jean-Pierre Sauvage, J. Fraser Stoddart et Bernard L. Feringa

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Jean-Pierre Sauvage, 71 ans, professeur à l'Université de Strasbourg, est le premier à penser ces nanomachines, qu'il présente comme un «assemblage moléculaire capable de se mettre en mouvement de manière contrôlée en réponse à divers signaux : lumière, changement de température, etc».

«De tels systèmes existent en grand nombre dans les cellules vivantes, et interviennent dans tous les processus biologiques importants», avait-il expliqué en 2008.

À la base de sa découverte, il a lié deux molécules en forme d'anneau pour former une chaîne, appelée «catenane».

Interrogé mercredi par l'AFP, il s'est dit «très surpris» par cette distinction et «éprouver une grande joie».

Une expérience développée ensuite par Fraser Stoddart, 74 ans professeur à la Northwestern University (États-Unis), qui a créé un «rotaxane»: il a enfilé une bague moléculaire sur un axe moléculaire fin et a démontré que la bague a été en mesure de se déplacer le long de l'axe.

Cette découverte lui a permis de créer un ascenseur et un muscle moléculaires.

Enfant, Fraser Stoddart, a grandi dans la ferme parentale en Écosse. «Il n'avait ni télévision, ni ordinateur. Il s'occupait en faisant des puzzles, développant ainsi une qualité essentielle pour un chimiste: reconnaître les formes et s'exercer à les assembler», rappelle l'Académie royale des sciences qui décerne le prix.

Stoddart se rêvait alors «artiste moléculaire», souligne-t-elle.

Bernard «Ben» Feringa, 65 ans professeur à l'Université de Groningue (Pays-Bas), est le premier à avoir développé un «moteur moléculaire» ce qui lui a permis de créer une nanovoiture avec quatre roues motrices.

Des possibilités «infinies»

Interrogé en direct par l'Académie suédoise, il a dit «avoir l'impression d'être un peu comme les frères Wright, qui ont volé (en avion) pour la première fois il y a 100 ans. Les gens ont dit : pourquoi aurions-nous besoin de machines volantes? Et maintenant, nous avons le Boeing 747 et Airbus».

«Si vous pensez aux matériaux que nous pouvons créer de nos jours grâce à la chimie, à notre capacité à introduire des fonctions dynamiques et construire des machines, ou produire des matériaux qui peuvent changer de fonction, les possibilités sont infinies», a-t-il ajouté.

Selon le jury, à terme, ces machines miniatures «seront très probablement utilisées dans le développement d'objets comme les nouveaux matériaux, les capteurs et les systèmes de stockage d'énergie».

La création d'ordinateurs moléculaires qui permettraient de stocker et traiter l'information au niveau moléculaire, ou des robots microscopiques, capables de remplir une grande variété de fonctions dans la médecine ou la vie quotidienne, comptent parmi les applications potentielles de ces machines.

Le prix s'accompagne d'une récompense de huit millions de couronnes (832.000 euros).

La chimie est le dernier des Nobel en sciences naturelles à être décerné. L'an dernier, il était allé à Aziz Sancar (Turquie/États-Unis), Paul Modrich (États-Unis) et Tomas Lindahl (Suède) pour leurs travaux sur la réparation de l'ADN.

Le Nobel de médecine a récompensé lundi le Japonais Yoshinori Ohsumi, qui a éclairé un aspect de la régénération cellulaire, l'autophagie, tandis que celui de physique mardi est allé à trois Britanniques, David Thouless, Duncan Haldane et Michael Kosterlitz, pour leurs travaux théoriques sur les états «exotiques» de la matière dans des univers bi- ou unidimensionnels.

Suivront la paix vendredi, seul prix Nobel remis à Oslo, le prix d'économie lundi et la littérature le 13 octobre.

Lauréats des 10 dernières années

2016: Jean-Pierre Sauvage (France), Fraser Stoddart (Grande-Bretagne) et Bernard Feringa (Pays-Bas), pères des minuscules «machines moléculaires» préfigurant les nanorobots du futur

2015: Aziz Sancar (Turquie/États-Unis), Paul Modrich (États-Unis) et Tomas Lindahl (Suède) pour leurs travaux sur la réparation de l'ADN

2014: Eric Betzig et William Moerner (États-Unis), et Stefan Hell (Allemagne) pour l'amélioration du microscope, lui permettant de voir l'infiniment petit

2013: Martin Karplus (États-Unis/Autriche), Michael Levitt (États-Unis/Grande-Bretagne) et Arieh Warshel (États-Unis/Israël), pour la mise au point de modèles pour les systèmes chimiques complexes permettant d'optimiser les catalyseurs, les médicaments et les cellules photovoltaïques

2012: Robert Lefkowitz et Brian Kobilka (États-Unis), pour leurs travaux sur des récepteurs qui permettent aux cellules de comprendre leur environnement, une percée essentielle pour l'industrie pharmaceutique

2011: Daniel Shechtman (Israël), pour avoir découvert l'existence d'un nouveau type de matériau, un «quasi-cristal»

2010: Richard Heck (États-Unis), Ei-ichi Negishi et Akira Suzuki (Japon), pour avoir créé l'un des outils les plus sophistiqués de la chimie ouvrant la voie à des traitements du cancer et à des produits électroniques et plastiques révolutionnaires

2009: Venkatraman Ramakrishnan, Thomas Steitz (États-Unis) et Ada Yonath (Israël), pour leurs travaux sur les ribosomes qui ouvrent la voie à de nouveaux antibiotiques

2008: Roger Tsien, Martin Chalfie (États-Unis) et Osamu Shimomura (Japon) pour leurs recherches sur les protéines fluorescentes dont les applications permettent de détecter des tumeurs cancéreuses

2007: Gerhard Ertl (Allemagne) pour ses travaux sur les catalyseurs qui ont connu des applications industrielles allant des fertilisants aux pots catalytiques

2006: Roger Kornberg (États-Unis), pour ses travaux fondamentaux sur la transcription des gènes

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