Du micro-ondes au Viagra, trouver ce qu'on ne cherchait pas

L'histoire des prix Nobel est riche de grandes découvertes... (123RF/ bowie15)

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L'histoire des prix Nobel est riche de grandes découvertes dues au hasard.

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Gaël BRANCHEREAU
Agence France-Presse
STOCKHOLM

Trouver ce qu'on ne cherchait pas, ou alors sans le faire exprès: de l'Amérique au Viagra, l'histoire est riche de grandes découvertes dues au hasard, comme en témoigne plus d'un siècle de palmarès des prix Nobel. Alors que commence lundi la saison de ces qui récompensent depuis 1901 des hommes, des femmes et des organisations ayant oeuvré pour le progrès de l'humanité, survol de quelques-unes de ces heureuses découvertes.

Rayons X (physique 1901), pénicilline (médecine 1945), fullerènes ouvrant la voie aux nanotechnologies (chimie 1996), polymères conducteurs d'électricité (chimie 2000), bactéries responsables des ulcères (médecine 2005) sont au nombre de ces «découvertes heureuses» récompensées par le prestigieux Nobel.

Si en amour le hasard fait parfois bien les choses, «dans les sciences expérimentales il ne favorise que des esprits préparés», prévenait toutefois Louis Pasteur en 1854, en évoquant la mise en évidence de la relation entre électricité et magnétisme par le Danois Hans Christian Orsted.

De même que M. Jourdain faisait de la prose sans le savoir, Orsted jouait innocemment avec son fil de cuivre et sa pile de Volta quand il a vu osciller une aiguille sur son pivot - ignorant que cette triviale trinité annonçait le télégraphe d'André-Marie Ampère.

Comme Pasteur, le scientifique néerlandais Pek Van Andel croit à l'imprévu. Mais celui-ci, assure-t-il, ne va pas sans une quête obstinée, et souvent une intuition rare. «Dans la plupart des cas, je ne crois pas aux découvertes accidentelles, mais aux observations accidentelles. J'utilise souvent la métaphore du promeneur parti cueillir un certain type de fleurs et qui en déniche de plus intéressantes», explique-t-il.

Spécialiste de ce qu'il appelle en français ces «trouvailles» réalisées dans des circonstances iconoclastes, il en a recensé un millier depuis la préhistoire.

Philosophes et artistes se sont intéressés à ce phénomène derrière lequel certains voudraient voir la main de Dieu. La mythologie livre un récit classique: sommé de retrouver Cérès terrée dans une grotte, Pan, incorrigible chasseur, préfère courir les forêts d'Arcadie afin d'y tuer du gibier, mais tombe quand même, pendant la traque, sur Cérès...

En 1754, le philosophe anglais Horace Walpole propose d'appeler «sérendipité» «l'art de trouver, par accident et avec sagacité, ce qu'on ne cherchait pas». Le mot vient d'un conte oriental sur le roi de Serendip (nom du Sri Lanka en vieux-perse) qui envoya ses fils explorer (chercher, découvrir) le monde.

Alchimiste étourdi

Au chapitre des découvertes fortuites qui ont changé la face du monde, le débarquement de Christophe Colomb en Amérique, alors qu'il croyait avoir trouvé le chemin des Indes par l'Ouest, en constitue sans doute l'exemple le plus universellement connu.

D'autres «trouvailles» dignes de l'alchimiste étourdi (certains parlent de «négligence contrôlée») remplissent les encyclopédies savantes.

En 1895, l'Allemand Wilhelm Röntgen découvre, de son propre aveu «par hasard», «des rayons qui pénètrent le papier noir». Comme il en ignore la nature précise, il les baptise rayons X, lesquels lui vaudront le premier prix Nobel de physique en 1901.

En 1928 à Londres, affairé à nettoyer des boîtes dans lesquelles prospèrent des colonies de staphylocoque, Alexander Fleming s'aperçoit en rentrant de vacances qu'une partie des bactéries a été tuée par l'invasion de spores - probablement un champignon cultivé par son voisin de laboratoire. Il identifie le tueur, et le nomme: pénicilline. Il partagera le Nobel de médecine en 1945 avec deux codécouvreurs.

Et ainsi de suite pour le four à micro-ondes, la structure de l'ADN, le Viagra (mis au point lors de recherches contre l'angine de poitrine), le Post-it, etc.

Pek Van Andel établit trois catégories de sérendipité: la pseudosérendipité (Fleming trouve ce qu'il cherche), la sérendipité positive (Röntgen trouve ce qu'il ne cherche pas), la sérendipité négative (Colomb trouve ce qu'il ne cherche pas et ne s'aperçoit pas de son erreur).

Pour Mark de Rond, ethnographe à l'université de Cambridge, la «sérendipité n'est pas synonyme de hasard, chance ou providence, mais renvoie à la capacité de combiner des événements» favorables. «L'agent humain, et non la probabilité, est au coeur» du mécanisme.

Le point commun entre les chercheurs souvent cités sur le sujet est qu'ils «ont vu des ponts là où les autres n'auraient vu que du vide», dit-il dans un article.

Cinq choses à savoir sur les Nobel au fil du temps

Les prix Nobel récompensent depuis 1901 des hommes, des femmes et des organisations ayant oeuvré pour le progrès de l'humanité, selon le voeu de leur créateur, l'inventeur suédois Alfred Nobel. Voici cinq choses à savoir sur leur histoire.

Nobel, le poète

Féru de poésie anglaise, grand amateur de Shelley et Byron, Alfred Nobel est resté dans l'histoire comme l'inventeur de la dynamite, mais il ne cessa de versifier, en suédois ou dans la langue de Shakespeare. Dans une lettre à un ami, il écrit: «Je n'ai pas la moindre prétention de qualifier mes vers de poésie. J'écris de temps à autres à la seule fin de soulager la dépression, ou d'améliorer mon anglais». En 1862, le jeune homme de 29 ans, doutant de son talent, écrit à une jeune femme, en français: «La Physique est mon domaine, non la plume». L'année de sa mort (1896), il écrit une tragédie scandaleuse, Némésis, inspirée de la pièce Les Cenci de Shelley, sur l'exécution au XVIe siècle à Rome d'une femme ayant assassiné son beau-père incestueux. Némésis paraît mais tous les exemplaires sont brûlés après sa mort. Sauf trois.

En famille

L'histoire de la famille française Curie se confond avec celle des prix Nobel. En 1903 le couple Pierre et Marie Curie est récompensé en physique; en 1911 Marie Curie (née Sklodowska) reçoit le prix de chimie, ce qui fait d'elle la seule femme double lauréate; en 1935, sa fille Irène Joliot-Curie et son mari Frédéric Joliot reçoivent à leur tour le prix de chimie. La soeur cadette d'Irène, Eve Curie épousera Henry Richardson Labouisse qui, en tant que directeur de l'Unicef, recevra le Nobel de la Paix 1965. D'autres couples ont été récompensés. En 1974, le Suédois Gunnar Myrdal reçoit ainsi le prix d'économie, et huit ans plus tard son épouse Alva celui de la paix. Pères et fils ont également inscrit leur nom dans l'Histoire du Nobel, à l'image des Bohr: Niels, le père, reçut le prix de physique en 1922, et Aage Niels, le fils, en 1975.

In absentia

Depuis 1901, cinq lauréats de la paix n'ont pu assister à la cérémonie de remise du prix à Oslo. En 1936, le journaliste et pacifiste allemand Carl Von Ossietzky croupit dans un camp de concentration nazi. En 2010, le dissident chinois Liu Xiaobo est emprisonné. Sa chaise, sur laquelle le prix est déposé, est symboliquement laissée vide. En 1975, le physicien et dissident soviétique Andreï Sakharov est remplacé par son épouse Elena Bonner. En 1983, le syndicaliste polonais Lech Walesa renonce à se rendre à Oslo de crainte de ne plus pouvoir rentrer dans son pays. En résidence surveillée, l'opposante birmane Aung San Suu Kyi, récompensée en 1991, est autorisée par la junte militaire à se rendre à Oslo, mais s'abstient pour les mêmes raisons.

Bas les maths!

Pourquoi n'existe-il pas de Nobel pour les mathématiques? Des chercheurs ont entretenu dans les années 1980 à une légende tenace: Alfred se serait vengé de l'amant de sa maîtresse, le mathématicien Magnus Gösta Mittag-Leffler. Rien n'étaye cette hypothèse. L'explication la plus plausible à cette absence est double: en 1895, lorsque Nobel rédige son testament, une récompense existe déjà en Suède pour les maths et il ne voit pas l'intérêt d'en instituer une seconde. Par ailleurs, au début du XXe siècle, les disciplines appliquées ont les faveurs des élites et de l'opinion: que doit l'humanité aux mathématiques?

Posthumes

Depuis 1974, les statuts de la Fondation Nobel stipulent qu'un prix ne peut être attribué à titre posthume, sauf si la mort survient après l'annonce du nom du lauréat. Avant 1974, seules deux personnalités disparues, des Suédois, avaient été récompensées: le diplomate Dag Hammarskjöld (prix de la paix en 1961) et le poète Erik Axel Karlfeldt (littérature en 1931). En 2011, stupeur: après l'attribution du prix de médecine, l'Assemblée Nobel de l'institut Karolinska apprend la mort trois jours auparavant d'un lauréat, le Canadien Ralph Steinman. La fondation décide de néanmoins graver son nom dans son prestigieux palmarès.

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