La propension de l'humain à tuer son prochain serait d'origine génétique

L'espèce humaine tue ses congénères environ sept fois plus souvent que la... (Archives AFP, Mandel Ngan)

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(Québec) L'espèce humaine tue ses congénères environ sept fois plus souvent que la moyenne des mammifères, calcule une étude qui vient de paraître dans la revue savante Nature, mais ce n'est peut-être pas entièrement de sa faute. En fait, cette vilaine habitude de tapocher son prochain jusqu'à ce qu'il cesse de bouger semble être partagée par l'ensemble des primates, ce qui suggère qu'elle serait inscrite quelque part dans nos gènes depuis très longtemps. Mais heureusement, la société moderne semble nous avoir plus ou moins «domestiqués»...

Quatre chercheurs espagnols menés par José Mari Gomez, de la Station expérimentale des zones arides, à Alméria, ont épluché une impressionnante masse d'articles scientifiques à la recherche des causes de mortalité de plus de 1000 espèces de mammifères. Ils ont ensuite fait le même exercice pour 600 populations humaines actuelles et passées - plusieurs études ont produit des statistiques sur les causes de décès présumées des squelettes trouvés dans des cimetières, notamment -, cumulant un échantillon total de 4 millions de trépas, toutes causes confondues. Puis ils ont calculé, pour chaque espèce, la proportion des morts qui sont le fait d'une agression par un ou des individus de la même espèce.

L'espèce humaine tue ses congénères environ sept fois... (Infographie, Le Soleil) - image 2.0

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Infographie, Le Soleil

Au total, environ 0,3 % des mammifères meurent sous les coups de leurs congénères, mais cela inclut de grands groupes particulièrement «pacifiques» qui font baisser la moyenne.

«Nous avons trouvé, écrivent en effet M. Gomez et ses collègues, un signal phylogénétique significatif pour la violence létale, même en tenant compte des différents motifs pour les agressions intraspécifiques (ndlr : combats entre mâles, compétition pour les ressources, cannibalisme, élimination des jeunes pour s'accoupler avec la femelle, etc.)», ce qui signifie que le «meurtre», si un tel terme convient, est en grande partie une histoire de famille.

Les chauves-souris, par exemple, ne s'en prennent à peu près jamais à leurs semblables au point de les tuer. Pareil dans l'ordre des lagomorphes (lapins, lièvres et pikas), chez les cétacés et pour plusieurs groupes d'antilopes, qui ne s'entretuent tout simplement pas au sein d'une même espèce.

Sans grande surprise, l'humanité, elle, s'égorge, s'éviscère, se décapite et se transperce beaucoup plus souvent : au cours des 50 000 dernières années, 2,1 % des décès humains ont été le fait d'agressions par d'autres humains. Une partie de la différence tient au fait que nous sommes une espèce à la fois sociale et territoriale - deux caractéristiques qui accroissent les risques d'accrochage chez tous les mammifères -, mais Homo sapiens est très, très loin d'être le plus meurtrier des mammifères.

En fait, bien que certains comme le bonobo (0,7 % des décès) et le gorille commun (0,1 %) soient relativement pacifiques, les quatre chercheurs espagnols ont trouvé que les primates dans leur ensemble sont une fratrie particulièrement brutale. Les chimpanzés s'entretuent deux fois plus que nous (4,5 %), les gorilles de l'Est encore plus (5 %), certains singes-araignées et sapajous d'Amérique du Sud dépassent les 10 %, quelques espèces de babouins feraient passer des psychopathes pour des enfants de choeur (11-13 %) et il existe des cercopithèques, petits singes d'Afrique, qui n'ont manifestement pas besoin de prédateurs pour mourir violemment (17-18 %).

En outre, plusieurs carnivores comme le lion et le loup (13 % chacun) mènent des vies beaucoup plus brutales que l'humain, même archaïque.

L'homme «domestiqué»

Fait intéressant, les auteurs ont également examiné l'évolution de la violence au fil de l'histoire humaine, en portant une attention particulière au mode d'organisation politique des quelque 600 populations étudiées. «Il est bien établi que la monopolisation de l'usage de la force, dans les États modernes, diminue grandement la violence dans ces sociétés», écrivent les auteurs, et c'est effectivement ce qu'ils ont trouvé.

Chez les sociétés organisées en «bandes» de chasseurs-cueilleurs ou en «tribus» regroupant plusieurs bandes, environ 3 à 4 % des décès étaient dû à des attaques entre humains, révèlent les sources archéologiques. Ce qui est à peu près ce que l'on aurait pu prévoir à partir de notre place dans l'arbre généalogique des primates.

La période la plus meurtrière de l'histoire fut le Moyen Âge (12,1 %), en partie parce que le «fief» (chiefdom) s'est avéré le mode d'organisation sociopolitique qui conduit le plus à la violence.

D'après les données de Gomez et al., c'est de loin l'État, avec sa police et sa société plus stratifiée, qui est le plus sûr. Même en tenant compte des guerres, ce sont les populations qui vivent dans des États qui s'entretuent le moins (entre 0,24 et 1,33 % des décès dus à des agressions entre humains), et ce tant pour les États «historiques», comme l'Égypte des pharaons, la Rome antique, certains empires médiévaux, etc, que pour les États actuels.

Ces résultats n'étonnent guère la criminologue de l'Université de Montréal Isabelle Ouellet-Morin, qui étudie les racines génétiques des comportements antisociaux et violents. Sans se prononcer sur le fond phylogénétique de l'affaire, n'étant pas biologiste, elle signale tout de même que «chez l'humain, c'est assez clair que les sources d'influence des comportements violents sont à la fois génétiques et environnementaux, à peu près à 50-50».

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